Israël en guerre - Jour 283

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L’ex-otage « endoctriné » par le Hamas pensait que les soldats venaient le tuer

Ses proches évoquent le "terrorisme psychologique" et les tortures physiques endurées par Andreï Kozlov pendant 8 mois, ainsi que la joie - et les difficultés - des retrouvailles

L'ex-otage Andrey Kozlov regarde son téléphone au centre hospitalier Sheba, le 8 juin 2024. (Armée israélienne)
L'ex-otage Andrey Kozlov regarde son téléphone au centre hospitalier Sheba, le 8 juin 2024. (Armée israélienne)

La mère d’Andreï Kozlov, l’un des quatre otages secourus à Gaza par des commandos israéliens le week-end dernier, a commencé à évoquer ce qu’a vécu son fils lors de ses huit mois de captivité ainsi que des différentes émotions que ses proches et elle-même ressentent depuis l’appel des autorités pour lui dire que son fils était en sécurité.

Dans des interviews accordées à des médias israéliens et internationaux et publiées ce mercredi, elle a déclaré avoir d’abord craint qu’on l’appelle pour lui annoncer que quelque chose était arrivé à son fils.

« Ils m’ont dit qu’ils avaient des nouvelles et qu’il valait mieux que je m’asseye – j’ai jeté mon téléphone parce que je ne voulais pas entendre de mauvaises nouvelles », a-t-elle confié au Telegraph. « J’ai commencé à pleurer : ‘Non, non, non !’ C’est là que je les ai entendu crier dans le téléphone : ‘Nous avons de bonnes nouvelles, répondez s’il vous plaît !’ »

« Pendant quelques minutes, je n’ai pas vraiment su comment réagir. Et puis, d’un coup, j’ai commencé à rire. Et depuis, je n’arrête plus. Je suis on ne peut plus heureuse », a-t-elle indiqué à Reuters.

Kozlov, 27 ans, a fait partie des 251 otages enlevés par les terroristes dirigés par le Hamas lors de l’attaque barbare contre Israël, le 7 octobre dernier, qui a également coûté la vie à 1 200 personnes, essentiellement des civils.

Il a été secouru en même temps qu’un autre jeune homme, lui âgé de 21 ans – Almog Meir Jan -, ainsi que de Shlomi Ziv, 40 ans, lors d’une opération des forces spéciales israéliennes qui ont pris d’assaut, samedi, le camp de réfugiés de Nuseirat, dans le centre de Gaza, après des semaines de préparation méticuleuse.

Une autre otage israélienne, âgée de 26 ans – Noa Argamani -, a été secourue dans un bâtiment voisin lors de cette même opération.

Evgeniia Kozlova a révélé que sa toute première conversation avec son fils, après sa libération, avait été teintée de sentiments antagonistes, reflet de l’angoisse vécue de part et d’autre depuis son enlèvement.

« C’était à la fois difficile et joyeux, merveilleux et terrible, parce qu’il était dans une incroyable tourmente émotionnelle », a-t-elle expliqué à Reuters.

« Une telle énergie »

Selon Kozlova, Andreï lui aurait dit avoir su qu’il reviendrait, malgré l’épreuve au cours de laquelle ses compagnons et lui ont fait l’objet de mauvais traitements.

« Il y avait une telle énergie de son côté ; il pleurait et riait à la fois, et je riais moi aussi. Nous nous sommes réconfortés l’un l’autre », dit-elle.

L’émotion de cette famille est également palpable dans une grande partie de la société israélienne. La nouvelle du sauvetage a été accueillie par une forte exaltation après des mois de mauvaises nouvelles et de guerre à Gaza, qui en est à son neuvième mois.

On estime à 120 le nombre d’otages israéliens encore à Gaza – 43 d’entre eux morts – alors que les négociations en vue d’un cessez-le-feu et de la libération des otages en échange de prisonniers palestiniens détenus en Israël semblent au point mort.

Le père d’Andreï, Mikhail, son frère Dima et sa petite amie Jennifer Master ont eux aussi donné des interviews à d’autres médias pour dire comment on les a informés de son sauvetage et ce qu’il leur a confié à propos de sa captivité.

Les parents d’Andreï vivent en Russie. Dans les heures qui ont suivi son sauvetage, les autorités israéliennes les ont aidés à trouver rapidement un vol pour Israël et ils ont pu retrouver leur fils dimanche matin.

Au micro de la chaîne publique israélienne Kann et à l’aide d’un interprète, le père – Mikhail – a expliqué avoir appris la nouvelle de la bouche de Master, qui l’avait elle-même appris aux informations. Master pensait que Mikhaïl savait déjà. Un instant plus tard, Evgeniia l’appelait pour lui dire que l’armée israélienne venait de l’informer qu’il était libre.

« Je n’arrivais pas à y croire », se souvient Mikhail Kozlov.

Evgeniia et Mikhail Kozlov, les parents d’Andreï Kozlov – secouru après huit mois de captivité aux mains du Hamas à Gaza – posent lors d’une interview à Tel Aviv, le 11 juin 2024. (Flash90)

« Terreur psychologique »

Conduits directement à l’hôpital depuis Gaza, les otages secourus la semaine dernière n’ont pas évoqué publiquement leur calvaire.

« Andreï nous a dit : ‘Il y a des choses que je ne vous dirai jamais’. Je ne sais pas ce qu’il ne nous a pas dit et qu’il ne veut pas nous dire », confie Kozlova, mais son fils lui a donné un petit aperçu des conditions dans lesquelles ils vivaient.

Les témoignages des parents corroborent les informations des médias sur la question des violences psychologiques dont les otages ont été victimes. Leurs gardiens leur auraient ainsi dit qu’Israël ne s’occupait pas d’eux et que leurs proches les avaient abandonnés.

« Il nous a dit qu’ils devaient obéir à des ordres pour le moins étranges, comme le fait de ne pas pouvoir s’asseoir les jambes face aux terroristes. De ne pas pouvoir faire ceci ou cela », explique Evgeniia. « Ils étaient parfois punis parce qu’ils n’avaient pas la bonne eau ou qu’ils ne l’avaient pas prise au bon endroit. »

Elle explique que les gardiens les agressaient souvent verbalement. « Ils aimaient leur dire : « Tu es un animal, tu es un âne, tu es un imbécile, tu es sale ». Andreï connaît maintenant tous ces mots en arabe – il connait bien tous les jurons en arabes.

Au New York Times, Evgeniia Kozlova a déclaré que les ravisseurs auraient dit à Andreï : « Ta mère est en vacances en Grèce. Elle ne s’intéresse pas à toi – elle s’en fiche. »

Les terroristes l’avaient également persuadé, lui et les autres otages, que leurs petites amies sortaient avec d’autres hommes, a expliqué la mère d’Andreï Kozlov dans les colonnes du journal britannique The Telegraph.

« Il dit qu’on lui a retourné le cerveau… Ils leur disaient que personne ne voulait d’eux, que personne ne se souciait d’eux », dit-elle. « Ils leur disaient que l’armée israélienne voulait les tuer, que ce serait la solution à la guerre. Donc, au moment où Tsahal est arrivé, Andreï a pensé qu’ils étaient venus les tuer. »

« Il lui a fallu un certain temps pour comprendre que l’armée était venue les sauver et les ramener en Israël. Ce n’est qu’après qu’un soldat leur a dit qu’ils les aimaient et que tout se passerait bien, qu’ils étaient dorénavant en sécurité, ce n’est qu’après ces mots qu’il y a cru », explique-t-elle, ajoutant qu’il voyait en ces soldats des « super-héros ».

Le père – Mikhail – a dit à Kann qu’Andreï avait évoqué un garde particulièrement cruel et déséquilibré, qui un jour leur faisait du mal et, le lendemain, leur disait : « Je vous aime ».

« C’était une forme de terrorisme psychologique destinée à faire souffrir les otages » et « les briser mentalement », explique Mikhail.

Evgeniia, elle aussi par l’intermédiaire d’un interprète, a dit à Kann que, les deux premiers mois, Andreï était ligoté. Au début, il avait les mains attachées dans le dos. Andreï lui a dit qu’ils lui ont fait un « cadeau » en lui attachant les bras devant.

Andrey Kozlov (au centre), libéré de Gaza lors d’une opération militaire israélienne le jour précédent, retrouvant ses parents au centre hospitalier de Sheba, à Ramat Gan, le 9 juin 2024. (Crédit : Forum des familles des otages et disparus)

« Je ne l’ai jamais abandonné »

Interrogée sur son soutien aux mouvements de pression sur l’armée pour obtenir le libération des otages ou un accord avec le Hamas, Master a répondu au nom de la famille qu’ils « croyaient en la nécessité d’un accord sur les otages susceptible de libérer tous les otages ».

En appelant au Premier ministre Benjamin Netanyahu ainsi qu’au gouvernement, elle l’a invité à « prendre les bonnes décisions, et vite. Cela fait beaucoup de mal à Andreï de penser que les otages [de Gaza] vivent chaque jour en pensant que c’est peut-être le dernier. »

Master a expliqué à la Douzième chaine qu’elle avait commencé à sortir avec Andreï peu de temps avant son enlèvement et qu’il se trouvait « dans un état très, très délicat, très fragile », qu’il faisait en sorte de digérer ce qui s’était passé.

Cela faisait trois mois qu’ils sortaient ensemble lorsque les événements du 7 octobre se sont produits, mais les huit mois qui ont suivi, Master a œuvré à sa libération, notamment en donnant des interviews aux médias.

« Je ne l’ai jamais abandonné : chaque jour, je me disais qu’il était vivant et qu’il reviendrait vivant », dit-elle.

Evgeniia Kozlova avec une photo de son fils âgé de 27 ans, l’otage Andreï Kozlov, avec la petite amie de ce dernier, Jenifer Master, chez eux à Rishon Lezion, le 26 octobre 2023. (Crédit : AP Photo/Ohad Zwigenberg)

Andreï tenait un journal de bord quotidien, écrivant jour après jour « un jour de plus, un jour de plus », et « se promettant de rentrer vivant », explique-t-elle. Ce journal est resté à Gaza.

Le fait qu’il soit de nationalité russe n’a pas impressionné ses ravisseurs, précise Master. Au contraire, ils lui demandaient pourquoi il était allé vivre dans un pays qui était « un occupant ».

Master dit qu’Andreï a surtout souffert d’avoir été séparé de ses proches. Ses ravisseurs l’ont forcé à dessiner sa mère « alors qu’il ne voulait pas. C’était très dur pour lui, il ne voulait pas la dessiner. »

Sa mère, explique-t-elle, « est son point faible. Chaque fois qu’il pensait à elle [en captivité], cela le minait » à cause du « cauchemar » qu’il faisait involontairement vivre à ses parents.

« Il se reproche son enlèvement », explique-t-elle. « Il est différent aujourd’hui. Il est fragile, différent. »

Le Hamas nie avoir infligé de mauvais traitements aux otages, mais, mercredi, le Wall Street Journal a dressé la liste des sévices physiques et psychologiques infligés aux otages tout au long de ces huit mois passés à Gaza, en se basant sur les témoignages des proches d’otages et de membres des services israéliens de sécurité et de santé.

Les otages israéliens secourus des geôles du Hamas par l’armée israélienne, le 8 juin 2024. De gauche à droite : Shlomi Ziv, Andrey Kozlov, Almog Meir Jan, et Noa Argamani. (Crédit : Armée israélienne/Avshalom Sassoni/Flash90/Autorisation)

Selon le journal, Jan, Ziv et Kozlov ont été détenus dans la même pièce privée de lumière pendant six mois et n’ont eu aucun contact avec le monde extérieur, si ce n’est leurs ravisseurs.

Lorsque leurs ravisseurs les punissaient pour avoir enfreint les ordres stricts qu’ils leur donnaient, ils les enfermaient dans les toilettes ou les recouvraient de couvertures, pour qu’ils aient affreusement chaud, détaille le journal. Les gardiens leur infligeaient également des mauvais traitements psychologiques, en les menaçant de les tuer ou leur disant que personne ne s’occupait d’eux ou viendrait les chercher.

En début de semaine, le médecin israélien qui a pris en charge les quatre ex-otages à leur retour a indiqué qu’ils avaient été battus et maltraités « presque chaque jour » lors de leur captivité.

Le Dr Itai Pessach, du centre hospitalier Sheba, dans les environs de Tel Aviv, a déclaré à CNN que les otages avaient vécu « des moments très durs ».

Non seulement ont-ils subi des mauvais traitements physiques mais ils ont également été mal nourris lors de ces huit mois de captivité, ce qui « se voit clairement sur leur état de santé ».

Selon l’armée, samedi dernier, des membres de l’unité d’élite antiterroriste de la police Yamam ont, avec des agents du Shin Bet, pris d’assaut les deux bâtiments de plusieurs étages situés en plein cœur de Nuseirat, dans lesquels les quatre otages se trouvaient détenus par des familles affiliées au Hamas et des gardiens de l’organisation terroriste.

Les quatre otages israéliens secourus réunis avec leur famille après leur libération de la captivité du Hamas à Gaza, le 8 juin 2024. En haut à gauche : Almog Meïr Jan avec ses parents, Noa Argamani avec son père ; en bas, de gauche à droite : Shlomo Ziv retrouvant sa sœur et sa cousine, Andrey Kozlov rencontrant le Premier ministre Benjamin Netanyahu. (Crédit : Forum des familles des otages et disparus ; Maayan Toaf/Bureau du Premier ministre)

Le service de presse du gouvernement du Hamas estime à 274 le nombre de personnes tuées lors de cette opération, chiffre impossible à vérifier à ce stade et qui ne fait pas le distinguo entre hommes armés et civils.

L’armée israélienne reconnait avoir tué des civils palestiniens lors des combats, mais elle reproche au Hamas d’avoir détenu les otages et donc attiré les combats dans des zones densément peuplées de civils. « Nous avonc connaissance d’une centaine de victimes [palestiniennes]. J’ignore combien d’entre elles sont des terroristes », a déclaré samedi le porte-parole de Tsahal, Daniel Hagari.

Reuters a contribué à cet article.

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