Liberman : la loi qui permet de déclarer rapidement la guerre est nécessaire
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Liberman : la loi qui permet de déclarer rapidement la guerre est nécessaire

Pour le ministre de la Défense, chercher l'aval du gouvernement pour des opérations militaires serait "traîner les pieds"; Gabbay appelle la coalition à annuler ce projet "absurde"

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de faction de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 12 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)
Le ministre de la Défense Avigdor Liberman dirige une réunion de faction de son parti Yisrael Beytenu à la Knesset, le 12 mars 2018. (Miriam Alster/Flash90)

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman a clamé lundi qu’une nouvelle loi controversée lui accordant à lui ainsi qu’au Premier ministre l’autorité de décider d’une guerre sans approbation préalable du gouvernement est nécessaire dans la mesure où les ennemis du pays n’ont pas, de leur côté, de limites légales lors du lancement d’une offensive.

Défendant la mesure, Liberman a fait allusion aux tensions accrues dans le nord, où Israël redoute que l’Iran ou l’un de ses groupes mandataires puisse lancer une attaque contre l’Etat juif en représailles aux frappes aériennes israéliennes présumées en Syrie.

« [Le leader du Hezbollah Hassan] Nasrallah et les Gardiens de la Révolution [iraniens] n’ont pas besoin d’un conseiller juridique et d’une cour suprême. Nous devons maintenir la possibilité de répondre immédiatement et en temps réel », a-t-il déclaré dans des commentaires à la presse avant la réunion de sa faction Yisrael Beytenu à la Knesset.

« Nous devons être prêts n’importe quand. Pas de temps de traîner les pieds », a-t-il dit. « Cette loi nous aidera à gérer les nombreuses menaces contre le pays. »

Lors d’une victoire surprenante et d’une grande ampleur potentielle pour le Premier ministre Benjamin Netanyahu, la Knesset, lundi dernier dans la soirée, lui a donné l’autorité nécessaire pour déclarer une guerre ou commander une opération militaire majeure en ne consultant que le ministre de la Défense exclusivement et en évitant donc un vote entier du cabinet, comme la législation l’exigeait auparavant.

Suite à des critiques et à des inquiétudes qu’une telle décision puisse toucher la Haute-cour, le gouvernement aurait décidé de réévaluer la loi moins d’une semaine après son adoption.

Dimanche, des responsables de la Défense ont averti que l’Iran programmait des attaques en représailles aux frappes aériennes récentes et meurtrières en Syrie qui ont été attribuées par l’Etat juif, et que des missiles pourraient être tirés par des groupes mandataires de la république islamique visant des cibles dans le nord du pays dans un avenir proche.

Le ministre de la Défense a néanmoins cherché à temporiser les craintes d’une guerre imminente en disant : « Une hystérie nationale n’a pas lieu d’être. Oui, il y a des menaces, ce n’est pas une situation simple mais nous savons gérer le problème et nous sommes prêts à tout incident ».

Selon la nouvelle loi qui a été approuvée la semaine dernière, « dans des circonstances extrêmes », des opérations militaires pourront être autorisées par le Premier ministre et le ministre de la Défense seulement et ne nécessiteront pas un vote des ministres du cabinet.

La loi ne précise pas exactement quelles seront ces circonstances ou qui en déterminera la nature, disant simplement que cette éventualité ne sera appliquée « si nécessaire et en cas d’urgence ».

Soixante-deux membres de la Knesset ont voté ce projet de loi spectaculaire, l’emportant face à 41 députés issus de l’opposition qui l’ont rejeté, estimant que la formulation de la loi donnera en pratique libre cours au Premier ministre en supprimant toute supervision.

S’exprimant lors de sa propre réunion de faction de l’Union sioniste, le président de la formation Avi Gabbay a critiqué ce texte et appelé les partenaires de la coalition à soutenir un amendement qui est présenté cette semaine et qui l’abrogerait.

« Comprenez-vous à quel point c’est absurde ? Pour un tout petit changement intervenant dans les lois normales, nous avons besoin de la majorité de la Knesset. Mais pour ça ? La guerre ? Seulement de Liberman et de Netanyahu », a-t-il dit.

Le chef de l’Union sioniste Avi Gabbay à Jérusalem, le 19 février 2018 (Yonatan Sindel/Flash90).

Le projet de loi – soumis par Netanyahu depuis l’année dernière – avait été rejetée en début de journée par des membres de deux commissions de la Knesset : Celle du droit et de la justice et celle des Affaires étrangères et de la Défense. Elle a été soumise encore une fois, toutefois, par le membre du Likud et président de la commission des Affaires étrangères et de la Défense Avi Dichter durant la deuxième et troisième lecture d’un amendement plus large et a été adoptée dans le cadre de cette plus vaste législation.

Cet amendement plus large permet au gouvernement de déléguer son autorité pour déclarer la guerre dans des circonstances normales, ou de lancer une mobilisation en vue d’une opération militaire majeure, à un forum constitué « d’au moins la moitié » de tous les ministres du cabinet.

« Qu’ont à dire les partenaires de la coalition à ce sujet ? Concernant la prochaine guerre, la vie de nos enfants ? Rien. « Cette fois-ci, votre silence est dangereux. Au cours de la prochaine guerre, vous ne pourrez pas dire : ‘Nous ne savions pas’, » a accusé Gabbay. « Le peuple d’Israël n’oubliera pas. Vous avez une opportunité de réparer cela ».

Mercredi, Omer Bar Lev de l’Union sioniste, officier de réserve au sein de l’armée au grade de colonel et ancien commandant de l’unité d’élite Sayeret Matkal et Ofer Shelah issu de Yesh Atid et ancien commandant de la brigade de réserve des Parachutistes devenu borgne au cours de la guerre du Liban, présenteront un projet de loi à la Knesset visant à faire revenir la législation à son texte d’origine.

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