L’intrépide archéologue de l’époque biblique Eilat Mazar décède à 64 ans
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L’intrépide archéologue de l’époque biblique Eilat Mazar décède à 64 ans

Chercheuse à l’Université hébraïque, elle a excavé le “palais du roi David” et contribué considérablement à la connaissance archéologique de l’histoire d’Israël et de Jérusalem

Amanda Borschel-Dan édite la rubrique « Le Monde Juif »

L'archéologue Dr Eilat Mazar et plusieurs de ses découvertes importantes. (Université hébraïque / Ouria Tadmor)
L'archéologue Dr Eilat Mazar et plusieurs de ses découvertes importantes. (Université hébraïque / Ouria Tadmor)

L’éminente archéologue de l’époque biblique, le Dr Eilat Mazar, est décédée à 64 ans des suites d’une longue maladie mardi dernier.

Connue pour sa découverte du « palais du roi David » dans la Cité de David et des artefacts et constructions liés à la période biblique, Mazar était l’héritière d’une dynastie d’archéologues israéliens. Elle a mené des fouilles à plusieurs endroits, notamment sur deux sites de la Cité de David : au-dessus de la source Gihon et dans l’ « Ophel » sur le versant inférieur du mont du Temple ou du complexe Al-Aqsa.

Mazar était une archéologue de terrain, chercheuse et chargée de cours à l’Institut d’archéologie de l’Université hébraïque de Jérusalem, où elle a obtenu tous ses diplômes. Parmi ses découvertes, on compte quelques-uns des plus anciens artefacts connus de la ville antique, datant d’une époque aussi ancienne que les XIIe et XIe siècles avant notre ère selon Mazar, qui s’attelait à fournir des preuves scientifiques de la Monarchie unifiée d’Israël et de Judah.

Dans son enfance, Mazar accompagnait son grand-père, le professeur Benjamin Mazar, lors de ses fouilles de la Jérusalem antique, notamment dans la Cité de David et le quartier de l’Arche de Robinson près du mur Occidental, dont elle a supervisé la publication des résultats. Après avoir obtenu sa maîtrise, elle a travaillé sur la campagne de fouilles du Dr Yigal Shiloh de 1981 à 1985, qui a découvert le quartier royal de l’ancienne Jérusalem dans la cité de David. Elle a rapidement été nommée responsable de fouilles.

Eilat Mazar jeune, lors d’une fouille. (Autorisation : Université hébraïque de Jérusalem)

Sa carrière est parsemée de conflits d’interprétation avec ses collègues universitaires. Mais sa découverte la plus controversée est sans nul doute la grande structure qu’elle a excavée en 2005 dans la Cité de David, et qui est envisagée comme le palais du roi David. Son emplacement dans le parc national de la Cité de David, a-t-elle écrit dans un article de la Biblical Archaeological Review en 2006, se fonde sur le travail d’une autre femme archéologue, Kathleen Kenyon, qui a mené des fouilles dans la région dans les années 1960.

Dans cet article, Mazar révèle sa philosophie sur l’historicité du texte biblique comme un guide pour les fouilles archéologiques universitaires. « L’une des nombreuses choses que j’ai apprises de mon grand-père, c’est la façon de se rattacher au texte biblique : revenez-y encore et encore, car il contient des descriptions de la réalité historique authentique. Il n’est pas aisé de distinguer les couches de textes qui se sont superposées les unes sur les autres au fil des générations ; nous n’avons pas toujours les outils pour le faire. Mais il est évident que cachés dans le texte biblique se trouvent des éléments de détails de la vérité historique. »

Cette idée d’utiliser la Bible comme source de vérité historique est devenue de plus en plus controversée dans les couloirs des universités israéliennes. Mazar fut également l’avocate de la nécessité d’une surveillance archéologique sur le mont du Temple et de la souveraineté israélienne sur les plusieurs tonnes de terre qui y ont été illégalement excavées – dont il reste plusieurs monticules qui pourraient révéler des découvertes historiques grâce au projet de tamisage du mont du Temple.

Mazar a également exprimé la nécessité de préserver l’archéologie dans le parc archéologique de l’Arche de Robinson, qui avait été menacé lors des négociations gouvernementales sur la construction d’une zone de prière mixte.

Illustration : deux des monticules de terre ancienne déterrés illégalement sur le mont du Temple / l’esplanade des mosquées, le 18 juin 2018. (Crédit : Amanda Borschel-Dan / Times of Israel)

Malgré leurs perspectives divergentes persistantes, les pairs de Mazar s’en souviennent comme d’une bonne amie et une collègue passionnée.

Le professeur Israel Finkelstein de l’Université de Tel Aviv a déclaré au Times of Israel que « malgré nos différences d’interprétation, je respectais son travail ; nous étions de bons amis et partagions une passion pour le passé de la Terre d’Israël. »

Mazar, selon Finkelstein, était « l’une des archéologues israéliens les plus éminents et les plus influents, bien connue et respectée à la fois dans son pays et sur la scène internationale. Elle a grandement contribué à notre compréhension de l’archéologie et de l’histoire ancienne d’Israël, en particulier en ce qui concerne la Jérusalem de l’époque biblique. Les résultats de ses projets ont permis de reconstituer le tracé de la ville, sa culture matérielle et son impact sur la Judée et au-delà.

Le professeur Aren Maeir, directeur de l’Institut d’archéologie de l’Université de Bar-Ilan, a déclaré : « Elle était sans aucun doute l’un des chercheurs les plus importants de l’ancienne Jérusalem, et elle a largement contribué à notre compréhension de la ville à diverses époques. Bien que certaines de ses interprétations ne soient pas admises par tous, sa contribution est très substantielle. »

Devant les fouilles d’Ophel, de gauche à droite : Suzanne Singer, ancienne rédactrice en chef du BAR, l’archéologue israélien Dr Gabriel Barkay, Hershel Shanks, rédacteur émérite du BAR décédé récemment, et l’archéologue israélienne Dr Eilat Mazar. (Eilat Mazar)

Lorsqu’il y a plusieurs années, le Times of Israel a rencontré Mazar dans son bureau bondé de l’Université hébraïque, situé dans le magnifique bâtiment en pierre de l’Institut sur le mont Scopus, son soutien à ses collègues – et à une nouvelle génération d’archéologues – était évident.

« Les archéologues israéliens sont des chercheurs de renommée internationale, dont beaucoup sont des femmes, soit dit en passant. Dans un domaine considéré comme « macho », il y a de nombreuses femmes archéologues en Israël », a déclaré Mazar.

Dans un domaine considéré comme « macho », il y a de nombreuses femmes archéologues en Israël », a déclaré Mazar.

« Je les vois [les chercheurs israéliens] étudier et identifier des processus dynamiques, des cultures différentes qui se chevauchent – rechercher les diverses influences », avait affirmé Mazar, soulignant les travaux remarquables menés dans le domaine de la préhistoire par une équipe de chercheurs « locaux », souvent des femmes, avait-t-elle souligné, formées au sein de l’institut.

« Bien sûr, nous [le peuple juif] sommes au premier plan de la recherche sur notre culture… Nous [le peuple juif] sommes ici et nous plaçons [la culture juive] au centre [de nos recherches], mais il y a vraiment des chercheurs dans tous les domaines, sur tous les sujets et toutes les époques », avait-elle ajouté.

C’est également l’héritage chrétien

Une autre étape quelque peu controversée de la carrière de Mazar a été sa volonté de s’associer à des alliés et des mécènes chrétiens pour poursuivre son travail. Rien que pour ses fouilles de 2018 à l’Ophel, la Philadelphia Church of God a versé un demi-million de dollars pour financer la reprise des fouilles.

Lors d’un gala organisé en 2018 au King David Hotel à Jérusalem, pour le lancement d’une exposition d’artefacts rares de l’époque du Premier Temple et, d’une exposition à l’Auditorium Armstrong d’Edmond, Oklahoma, d’empreintes de sceaux de noms bibliques exceptionnels, elle a souligné les liens durables de sa famille avec la communauté chrétienne.

Des étudiants du Herbert W. Armstrong College participent aux fouilles du Dr Eilat Mazar à Ophel, à Jérusalem. (Autorisation)

« Il y a exactement 50 ans, juste après l’unification de Jérusalem, en février 1968, le professeur Benjamin Mazar, mon grand-père, a commencé des fouilles archéologiques au nom de l’Université hébraïque de Jérusalem, juste au pied des murs de ce complexe du mont du Temple vieux de 2 000 ans. À la fin de cette année, M. Herbert W. Armstrong, le fondateur de l’Ambassador Cultural Foundation, est devenu le plus important soutien financier des fouilles », a expliqué Mazar.

Lors du gala au King David, Mazar a décrit comment Armstrong, après avoir rencontré son grand-père en 1968, a envoyé des centaines d’étudiants de l’Ambassador College, « permettant ainsi aux fouilles d’être menées pendant 10 années consécutives, les plus grandes fouilles en Israël ».

« Mais autre chose, non moins important, s’est produit : un lien d’amitié, d’amour et d’estime miraculeux s’est créé dès le début entre M. Armstrong et le professeur Mazar. Un lien si fort qui a non seulement duré jusqu’à la fin de leur vie, mais qui reste une source d’inspiration pour nous tous », a déclaré Mazar.

Parmi les découvertes de Mazar

Les touristes qui visitent le musée d’Israël peuvent voir l’une des superbes découvertes de Mazar, un trésor exceptionnel d’artefacts d’or et d’argent de l’époque byzantine, dont le plus impressionnant est un médaillon en or massif de 10 centimètres orné d’une menorah et d’autres éléments d’iconographie juive.

Médaillon en or massif avec une menorah, datant de l’époque byzantine, trouvé près du mur sud du mont du Temple lors d’une fouille dirigée par le Dr Eilat Mazar en 2013. (Université hébraïque).

Mais une grande partie de son héritage matériel se trouve dans le parc national des Murs autour de Jérusalem, qui abrite l’Ophel, et dans le parc national de la Cité de David. Cependant, il a fallu près d’une décennie à Mazar pour trouver un mécène et le soutien nécessaire pour ses fouilles décisives de 2005 à la Cité de David.

« Pour être honnête, ça a demandé beaucoup de courage, ainsi que de l’argent, pour soutenir cette fouille. Mon initiative, c’est le moins qu’on puisse dire, n’avait pas reçu un soutien massif de la communauté archéologique », a écrit Mazar dans BAR.

Mon initiative, c’est le moins qu’on puisse dire, n’avait pas reçu un soutien massif de la communauté archéologique

Cependant, après avoir découvert un trésor de constructions très anciennes, de poteries et d’autres trouvailles de l’époque du Premier Temple, son intuition basée sur le travail de Kenyon semblait confirmée. Parmi les objets figurait une bulle inscrite (un sceau d’argile) avec un lien biblique.

Elle en décrit le déchiffrement à sa façon modeste et franche dans l’article de BAR. « Tard dans la nuit, quand les enfants [trois fils et une fille] dormaient et que la maison était calme, j’ai commencé à l’étudier. Lentement, j’ai déchiffré le nom sur la première ligne : Yehuchal. Serait-ce un nom biblique ? Je ne me souvenais d’aucun Yehuchal dans la Bible. Peut-être que ma lecture du nom était erronée. Mais juste pour m’en assurer, j’ai pris sur l’étagère une encyclopédie biblique. Il était là, sous mes yeux – dans le livre du prophète Jérémie : le roi Sédécias envoya Yehuchal (Jehucal en anglais) fils de Shelemiah au prophète Jérémie pour prier pour le peuple (Jérémie 37 : 3).

L’archéologue Eilat Mazar lors des fouilles d’Ophel à Jérusalem en 2018. (Capture d’écran : YouTube)

Le directeur exécutif de la Cité de David et lauréat du prix d’Israël David Beeri, a déclaré mercredi : « Je me souviens de l’appel téléphonique tard dans la nuit, quand elle m’a appelé pour me faire part de sa découverte du sceau de l’un des ministres du roi Sédécias. Elle était très excitée. Elle était tellement heureuse d’avoir le privilège de participer à des découvertes qui correspondent exactement aux versets de la Bible et de voir de ses propres yeux la Bible prendre vie. Eilat restera à jamais dans les mémoires comme une pionnière parmi les plus grands érudits de Jérusalem à travers les âges. Que sa mémoire soit bénie. »

Des années plus tard, à quelques mètres de la bulle Yehuchal, elle a trouvé une empreinte de sceau appartenant à un deuxième homme de haut rang, « Gedaliah, fils de Pashur », qui se trouve également dans le livre de Jérémie.

D’autres empreintes de sceaux ont suivi lors des fouilles ultérieures. Plus récemment en 2018, son équipe a découvert une empreinte de sceau du VIIIe siècle avant notre ère dans les vestiges du Premier Temple près du mont du Temple de Jérusalem. Son interprétation n’a pas non plus été sans controverse : la bulle de forme ovale n’était pas intacte et sur sa partie lisible, il y a une inscription avec les lettres hébraïques du Premier Temple qui semblent épeler le nom de « l’Yesha’yah[u] » (Appartenant à Isaïe). Sur la ligne au-dessous, il y a le mot partiel « nvy », qui pourrait potentiellement être un morceau du mot « prophète ».

La bulle du roi Ezéchiel montrée à l’Armstrong Auditorium à Edmond, dans l’Oklahoma, au mois de juin 2018. (Autorisation : Autorité israélienne des antiquités, Photo : Reese Zoellner/Watch Jerusalem)

Il a été trouvé à quelques mètres seulement de l’endroit où, en 2009, l’équipe de Mazar avait découvert une bulle unique et intacte portant l’inscription « du roi Ezéchias de Judée ». La découverte n’a été publiée qu’en 2015.

Lors du gala 2018 à l’hôtel King David, Mazar a déclaré : « L’identification de l’empreinte de sceau du roi Ézéchias est certaine, sans l’ombre d’un doute, comme vous pouvez le lire par vous-même. « Appartenant au roi Ézéchias, fils d’Achaz, roi de Judée ». Le sceau d’Esaïe, a-t-elle dit, reconnaissant les critiques des érudits, est beaucoup moins certain. Dans sa présentation, Mazar elle-même a présenté la découverte comme « l’empreinte potentielle du sceau du prophète Isaïe ».

Robert Cargill, professeur assistant d’études religieuses à l’Université de l’Iowa et ancien rédacteur en chef de BAR, a salué le « soin prudent et responsable de Mazar ». « Elle ne s’est pas précipitée pour affirmer de manière concluante qu’elle avait trouvé le sceau d’Isaïe… Dans notre article, elle propose de possibles alternatives », a déclaré Cargill.

Isaiah Bulla, une empreinte de sceau d’argile de 2700 ans qui appartenait potentiellement au prophète biblique Isaïe. (Ouria Tadmor / © Eilat Mazar)

Indépendamment de leurs différences d’interprétation persistantes, Finkelstein a déclaré : « Les fouilles à Jérusalem sont une tâche compliquée, qui nécessite des compétences personnelles particulières. Le caractère fort et la détermination d’Eilat Mazar ont été essentiels à son succès sur le terrain. »

« L’impact d’Eilat Mazar sur l’archéologie d’Israël en général et de Jérusalem en particulier figurera pour toujours parmi les pierres angulaires de l’archéologie d’Israël. Elle nous manquera beaucoup », a déclaré Finkelstein.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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