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L’Iran dit avoir déjoué une opération de sabotage d’un site nucléaire liée à Israël

Les membres du "réseau" en lien avec cette initiative qui visait l'usine d'enrichissement de Fordo étaient en contact avec des agents israéliens, selon l'agence de presse d'État

Une image satellite de l'installation nucléaire de Fordo en Iran, prise le 15 septembre 2017. (Google Earth)
Une image satellite de l'installation nucléaire de Fordo en Iran, prise le 15 septembre 2017. (Google Earth)

Les autorités iraniennes ont déjoué une opération de sabotage visant une installation nucléaire clé dans le pays, arrêtant plusieurs personnes présentées comme des membres d’un réseau lié à Israël, selon des médias d’Etat.

Cette annonce lundi soir est survenue quelques jours après la suspension des négociations à Vienne entre Téhéran et les grandes puissances pour sauver l’accord nucléaire de 2015, censé empêcher Téhéran de se doter de la bombe atomique en échange de la levée des sanctions qui asphyxient l’économie iranienne.

L’Iran est soupçonné de vouloir développer un programme nucléaire militaire – ce qu’il dément – sous couvert de programme civil, notamment par Israël, ennemi juré de la République islamique, qui estime que l’accord de 2015 n’est pas assez contraignant pour Téhéran.

Il avait déjà par le passé accusé Israël de cibler ses installations nucléaires et ses scientifiques travaillant dans ce domaine. L’Etat hébreu ne fait pas de commentaires en général sur ce type d’allégations iraniennes.

Image satellite du site de l’usine d’enrichissement d’uranium de Fordo, en Iran. (Capture d’écran YouTube/Google earth)

Commandement « nucléaire »

Les suspects, qui « avaient l’intention de saboter l’installation nucléaire de Fordo (…), ont été arrêtés par les services de renseignements des Gardiens de la Révolution (armée idéologique de la République islamique) » qui ont déjoué l’opération, a annoncé lundi soir l’agence officielle Irna.

Cette source ne donne pas de détails sur l’identité et le nombre des individus, ni sur la date de leur arrestation.

Le site de Fordo, situé dans les profondeurs des montagnes à environ 180 km au sud de Téhéran, abrite une usine d’enrichissement d’uranium.

Toujours selon Irna, des agents des services de renseignement israéliens « ont tenté d’approcher un employé » de l’usine de Fordo en « recrutant » un de ses voisins, toujours selon Irna.

Les suspects ont reçu des paiements « en liquide et sous forme de monnaie virtuelle de façon à ne pas laisser de traces », a ajouté Irna.

« Un officier espion (israélien), sous couvert de travailler pour une société de Hong Kong, avec l’aide d’un intermédiaire », est entré en communication avec l’employé de Fordo.

Irna a indiqué que l’opération avait été déjouée par « le centre de commandement consacré au nucléaire au sein des Gardiens » en coopération avec ses services de renseignement.

C’est la « première fois » que l’existence d’une telle structure est officiellement révélée, souligne-t-elle.

Une « nouvelle unité de commandement » a été mise en place « après plusieurs actes de sabotage en (…) 2021 contre des sites nucléaires », avait déclaré il y a quelques mois le chef de la Défense civile, le général Gholamréza Jalali, cité par les médias d’Etat.

Ces derniers ne précisent pas si cette unité fait référence au centre de commandement consacré au nucléaire au sein des Gardiens.

L’Iran avait notamment attribué aux services secrets israéliens le sabotage en avril 2021 de son usine d’enrichissement d’uranium de Natanz ainsi que l’assassinat d’un scientifique iranien près de Téhéran en novembre 2020.

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir-Abdollahian, avant sa rencontre avec son homologue russe à Moscou, le 6 octobre 2021. (Crédit : Kirill Kudryavtsev/Pool/AFP)

Ministre iranien à Moscou

L’annonce iranienne de lundi soir est survenue la veille d’une visite du ministre iranien des Affaires étrangères Hossein Amir-Abdollahian en Russie au sujet des discussions sur le nucléaire avec les grandes puissances.

L’Iran est engagé depuis plusieurs mois dans des pourparlers à Vienne avec la Chine, la Russie, la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne pour relancer l’accord de 2015.

Cet accord s’est délité après le retrait unilatéral en 2018 des Etats-Unis du temps de Donald Trump qui ont rétabli les sanctions contre l’Iran. En réaction, Téhéran s’est progressivement affranchi des limites imposées à son programme nucléaire.

Une fois à la Maison Blanche, Joe Biden a souhaité revenir dans l’accord et les négociations ont été lancées avec une participation indirecte des Etats-Unis.

Il y a une dizaine de jours, les déclarations optimistes avaient fusé sur une accord imminent mais le 5 mars, la Russie, frappée par des sanctions occidentales après l’invasion de l’Ukraine, a réclamé aux Américains la garantie que ces mesures de rétorsion n’affecteraient pas sa coopération économique avec l’Iran.

Des revendications jugées « hors sujet » par les Etats-Unis, mais qui ont stoppé net les discussions à Vienne.

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