Lituanie : L’année 2021 consacrée à l’auteur présumé d’un pogrom en 1941 ?
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Lituanie : L’année 2021 consacrée à l’auteur présumé d’un pogrom en 1941 ?

Les députés cherchent à honorer Juozas Luksa-Daumantas, accusé d'avoir pris part au massacre du garage Lietukis au cours duquel des douzaines de Juifs avaient été tués

Un mémorial sur le site du massacre du garage de Lietukis à Kaunas, pendant la Shoah, au cours duquel des douzaines de Juifs avaient été assassinés (Crédit :  Flickr/Adam Jones)
Un mémorial sur le site du massacre du garage de Lietukis à Kaunas, pendant la Shoah, au cours duquel des douzaines de Juifs avaient été assassinés (Crédit : Flickr/Adam Jones)

JTA — Les députés lituaniens veulent dédier l’année 2021 à Juozas Luksa-Daumantas — un nationaliste accusé d’avoir pris part à un massacre de Juifs pendant la Shoah.

C’est la commission de l’Education et des sciences qui a soumis cette proposition au Parlement en date du 23 juin, dans une résolution intitulée « l’Annonce de l’Année 2021 en tant qu’année dédiée à Juozas Luksa-Daumantas. »

Selon les témoins de l’époque, Luksa-Daumantas, leader de la milice du Front activiste lituanien pro-nazi pendant la Seconde Guerre mondiale, avait participé au massacre du garage Lietukis à Kaunas, en 1941, au cours duquel des locaux avaient torturé et frappé à mort des douzaines de Juifs. Certains agresseurs avaient posé pour des photographies, portant les barres de fer qu’ils avaient utilisées comme arme.

Des victimes avaient été immobilisées à terre, leurs bourreaux leur introduisant des jets d’eau à haute pression dans la gorge, entraînant leur noyade ou leur mort d’une hémorragie interne.

Un survivant du massacre, Aleks Faitelson, avait affirmé dans un livre paru en 2006 que de nombreux témoins avaient aperçu Luksa-Daumantas prendre part aux meurtres. Un autre homme, ancien président de l’Association des Juifs lituaniens en Israël, Joseph Melamed, avait pour sa part écrit dans un ouvrage publié en 1999 que ses recherches lui avaient permis d’identifier Luksa-Daumantas sur un cliché pris sur les lieux du massacre. Melamed est mort en 2017.

Juozas Luksa-Daumantas à Tubingen, en Lituanie, en 1950 (Crédit : Domaine public/Wikimedia)

Des accusations qui sont rejetées avec vigueur par les partisans de Luksa-Daumantas, tué en 1951 par les services de sécurité soviétiques. Selon eux, c’était un patriote qui avait combattu l’occupation soviétique.

« Le partisan Juozas Luksa-Daumantas a été l’un des combattants pour la liberté les plus importants en Lituanie », dit le projet de résolution présenté au Parlement, en raison de ses efforts visant à « défendre l’indépendance de la Lituanie dans la lutte pour la liberté et ses activités pour briser le rideau de fer ».

La résolution réclame l’allocation de fonds pour enseigner aux enfants, dans les écoles, ce qu’elle dépeint comme étant « l’héroïsme » de Luksa-Daumantas.

Dovid Katz, critique de la vénération portée aux anciens collaborateurs en Lituanie, a appelé le Parlement à renoncer cette résolution.

Il n’y a « aucune bonne raison justifiant de faire un tel choix dans une démocratie solide de l’Union européenne », a-t-il écrit sur le site Defending History, un journal en ligne qu’il a fondé et qui est consacré à la commémoration de la Shoah en Europe.

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