L’Opéra fait son grand retour avec le Chef d’orchestre « rock star » Dan Ettinger
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Interview

L’Opéra fait son grand retour avec le Chef d’orchestre « rock star » Dan Ettinger

Après plus d'un an de fermeture pour cause de COVID-19, le maestro israélien dirigera l'opérette burlesque "La Chauve-Souris" jusqu'au 9 mai

Jessica Steinberg est responsable notre rubrique « Culture & Art de vivre »

Le chef d'orchestre Dan Ettinger répète actuellement "La Chauve-Souris" dont la première représentation a eu lieu le 30 avril 2021 et qui est à découvrir jusqu'au 9 mai. (Autorisation : Dan Ettinger)
Le chef d'orchestre Dan Ettinger répète actuellement "La Chauve-Souris" dont la première représentation a eu lieu le 30 avril 2021 et qui est à découvrir jusqu'au 9 mai. (Autorisation : Dan Ettinger)

Le chef d’orchestre Dan Ettinger a gagné le surnom de « chef d’orchestre rock-star » en raison de ses cheveux blond platine et de sa coiffure à la négligence soignée.

La réalité est néanmoins qu’Ettinger – qui est revenu dans sa ville natale pour la première représentation, le 30 avril, de « La Chauve-Souris, » le premier opéra à être joué depuis plus d’un an – n’est pas vraiment rock’n’roll, malgré l’élégant pendentif en cuir qu’il porte autour du cou, l’épaisse bague en argent qu’il arbore au doigt et ses cheveux.

En fait, ses goûts musicaux sont résolument passés de mode, dit-il – il n’apprécie que la musique classique et l’opéra.

« Cela n’a pas toujours aidé ma popularité mais c’est ce que j’aime, et je fais en sorte de ne faire que ce que j’aime », explique Ettinger. « J’échoue quand je tente d’entreprendre autre chose, parce que ce n’est pas moi ».

 

Aujourd’hui âgé de 50 ans, il est le directeur musical de l’Opéra d’Israël et de l’Orchestre symphonique israélien de Rishon LeZion, il est aussi directeur musical et principal chef d’orchestre de l’Orchestre philharmonique de Stuttgart et il a été, dans le passé, directeur musical du Nationaltheater de Mannheim – de 2009 à 2016 – ainsi que principal chef d’orchestre de l’Orchestre symphonique d’Israël et de celui de Tokyo.

C’est la première fois qu’Ettinger revient dans son pays natal, en Israël, depuis plus d’un an, après avoir vécu la crise du coronavirus, l’année dernière, en Allemagne, à Mannheim, la ville où il s’est installé il y a une décennie. Aujourd’hui, après quelques jours passés à Tel Aviv, il n’est pas encore habitué à croiser des visages qui ne portent pas le masque – et il dit qu’il n’a pas encore réalisé qu’il sera en mesure, ici, de répéter avec ses musiciens en présentiel.

Il n’a pas vu les membres israéliens de l’orchestre depuis plus d’un an.

Le temps total de répétition a été amputé d’environ la moitié par rapport à d’habitude – mais ce n’est pas un problème, « tout le monde n’a qu’une seule idée : retourner enfin au travail », explique Ettinger.

Il considère que son ouvrage de chef d’orchestre s’accomplit avant tout pendant les répétitions.

« Il faut du temps pour qu’un orchestre apprenne réellement à vous connaître, à reconnaître la manière dont vous bougez la tête, dont vous bougez les mains », explique-t-il. Alors qu’il n’a rejoint le Nouvel opéra israélien – où il dirige environ deux opéras chaque saison – au poste de directeur musical qu’en 2018, il n’avait pas vraiment encore eu l’occasion d’apprendre à bien connaître l’orchestre et les musiciens avant que ne frappe la pandémie de COVID-19.

Les chefs d’orchestre ont besoin de temps pour créer un lien avec leurs musiciens, note Ettinger.

Un orchestre est « un monstre très étrange », dit-il. « C’est une micro-société et on apprend beaucoup à devoir gérer constamment les gens, les différentes situations, le stress. Tout cela a entraîné chez moi un changement total ».

C’est aux répétitions que tout cela arrive, explique Ettinger. C’est comme aller au bureau – mais dans une fosse d’orchestre – avec des concertistes qui sont encore des personnalités individuelles et qui doivent trouver à chaque fois leur place dans l’œuvre.

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Posted by ‎Israel Symphony Rishon LeZion – הסימפונית הישראלית ראשון לציון‎ on Tuesday, April 27, 2021

« Pendant les répétitions, nous sommes encore des êtres humains qui nous investissons dans le processus de création d’un spectacle ou d’un concert », précise-t-il. « Pendant les répétitions, je travaille, je crée. C’est là que l’orchestre est en mesure d’observer les changements qui peuvent être effectués ».

Cela fait vingt ans qu’Ettinger est chef d’orchestre. Jeune, il avait étudié le piano puis il avait envisagé de devenir chanteur d’opéra et s’était formé dans cet objectif. Il affirme que le travail qu’il a finalement choisi est idéal pour lui.

« Nous, les chefs d’orchestre, nous ne produisons aucune musique – nous ne pouvons le faire que parce que ce sont des autres qui produisent une musique telle que nous, nous l’entendons », dit-il. « Nous sommes une source d’inspiration pour les autres musiciens et nous leur donnons les outils dont ils ont besoin pour produire la musique, avec notre sensibilité propre ».

Dans cette production de « La Chauve-Souris » de l’Opéra israélien – c’est une opérette qui a été écrite par Johann Strauss II qui s’appelle également « Die Fledermaus » ou « La Revanche de la Chauve-Souris » – Ettinger dit s’être senti privilégié de pouvoir choisir ses chanteurs israéliens. Ce qui est plutôt quelque peu inhabituel dans le monde de l’opéra au sein de l’État juif en raison du manque de ténors ou de voix masculines.

« C’est une opérette joyeuse et c’est exactement ce dont nous avons besoin en ce moment », ajoute Ettinger. « Nous devons retourner dans les théâtres et nous extraire de la réalité pour rejoindre un monde d’illusion ».

L’année qui vient de se terminer a été dure et éprouvante pour Ettinger. « Mon pire cauchemar s’est transformé en réalité », s’exclame-t-il.

Malgré certains plaisirs – il a pu dormir dans son propre lit pendant de nombreuses nuits d’affilée et parcourir virtuellement des kilomètres sur un vélo elliptique, acheté pour l’occasion, pour éviter de passer des heures et des heures sur son canapé à regarder la télévision – Ettinger a trouvé difficile de vivre si longtemps sans son travail, qui est aussi son activité préférée et sa passion la plus profonde.

Son dernier concert avait eu lieu le 11 mars devant une salle vide, à Paris.

Au printemps dernier, Ettinger avait donné des concerts via Zoom en compagnie de ses musiciens de Stuttgart qui s’étaient filmés depuis chez eux, et l’orchestre s’était également produit devant un public fortement réduit. Il avait enregistré des CD avec l’orchestre de Stuttgart et il avait même réuni virtuellement ses musiciens de l’orchestre de Rishon Lezion – quelque chose qui aurait été beaucoup plus difficile au cours d’une année habituelle.

« Je n’ai jamais gagné un centime de quelque chose de non-lié à la musique et soudainement, le cauchemar est devenu réalité – et cela vous apprend beaucoup », déclare-t-il. « C’est arrivé, qu’on l’ait voulu ou non ».

Ettinger, qui avait fait un burn-out il y a cinq ans et qui avait commencé à tenter de rééquilibrer sa vie avant la pandémie, a découvert, au cours de l’année passée, que les changements qu’il avait mis en place dans son existence correspondaient exactement à ses besoins.

Cela fait plusieurs années qu’il passe beaucoup moins de temps au sein de l’État juif mais il a accepté le poste qui lui était proposé à l’Opéra d’Israël pour retrouver un nouvel équilibre.

« Après des années où j’ai été de moins en moins là, j’ai commencé à revenir de plus en plus », précise-t-il. Dorénavant, il dirige deux opéras, chaque saison, en Israël, et il passe en moyenne trois mois et demi dans son pays natal.

C’est l’une des raisons pour laquelle il a accepté de devenir directeur musical de l’opéra, ce qui lui permet d’être dans le pays et de retrouver sa famille, ses amis et ses collègues tout en menant sa carrière musicale, essentielle à son épanouissement.

« Ainsi, j’ai littéralement réalisé mon rêve », s’exclame Ettinger.

Alors que la pandémie de coronavirus lui a volé beaucoup de temps au sein de l’Opéra israélien, Ettinger a signé un nouveau contrat à la direction musicale de trois ans qui lui permettra d’enfin récolter les fruits de son travail au sein de l’institution.

Il est heureux de pouvoir continuer à faire découvrir au public israélien la magie de l’opéra, ce genre musical passé de mode mais encore bien vivant malgré le temps qui passe.

« C’est cette magie que nous devons vendre », dit-il. « Nous proposons ici de bonnes œuvres, de grandes œuvres qui ont été écrites par des compositeurs de génie. Parvenir à promouvoir cela, c’est déjà une réussite en soi ».

Les billets pour « La Chauve-Souris », à découvrir jusqu’au 9 mai à l’Opéra d’Israël à Tel Aviv, sont en vente sur le site internet de l’Opéra d’Israël.

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