L’Oscar du meilleur court-métrage attribué à « Skin » de l’Israélien Guy Nattiv
Rechercher

L’Oscar du meilleur court-métrage attribué à « Skin » de l’Israélien Guy Nattiv

Le réalisateur a cité ses grands-parents survivants de la Shoah lors de son discours de remerciement, déplorant que l'intolérance qu'ils ont subie est partout aujourd'hui

Guy Nattiv, à droite, et Jaime Ray Newman acceptent l'Oscar du meilleur court-métrage de fiction pour "Skin" lors de la cérémonie des Oscars organisée au théâtre Dolby de Los Angeles, le 24 février 2019 (Crédit :  Chris Pizzello/Invision/AP)
Guy Nattiv, à droite, et Jaime Ray Newman acceptent l'Oscar du meilleur court-métrage de fiction pour "Skin" lors de la cérémonie des Oscars organisée au théâtre Dolby de Los Angeles, le 24 février 2019 (Crédit : Chris Pizzello/Invision/AP)

Le court-métrage du réalisateur israélien Guy Nattiv a remporté dimanche l’Oscar du meilleur court-métrage de fiction. Le réalisateur a déclaré que ce qui l’avait encouragé à faire son film – qui porte sur les relations inter-raciales – avait été ses grands-parents survivants de la Shoah.

« Oh mon Dieu, je suis arrivé ici depuis Israël il y a cinq ans… Laila tov, Yisrael (bonsoir, Israël), bonsoir à vous », a-t-il dit en recevant le prix.

« Mes grands-parents sont des survivants de la Shoah. L’intolérance qu’ils ont subie pendant la Shoah – nous la retrouvons partout aujourd’hui, en Amérique, en Europe. Ce film parle d’éducation, de la manière de mieux enseigner les choses aux enfants », a-t-il expliqué.

Le film concerne une guerre de gangs qui éclate dans une petite ville après qu’un Afro-américain a adressé un sourire à un enfant blanc dans un supermarché.

Nattiv a écrit « Skin » avec Sharon Maymon, qui est également d’Israël. Nattiv a grandi en Israël et vit aujourd’hui à Los Angeles.

Le film de 20 minutes a été développé en un long-métrage du même nom, également mis en scène par Nattiv.

« Skin » était en compétition avec le film « Detainment » de Vincent Lambe, « Fauve », réalisé par Jeremy Comte, « Marguerite » de Marianne Farley et « Mother » de Rodrigo Sorogoyen.

Grâce, notamment, à cette victoire conjointe avec son épouse, l’actrice Jamie Ray Newman, une page d’histoire a été écrite avec 13 Oscars décernés à des femmes, a noté l’académie des Oscars. Selon l’Académie, le record précédent avait été établi en 2007 puis une nouvelle fois en 2015.

Le président israélien Reuven Rivlin a envoyé, lundi dans la matinée, un message de félicitations au lauréat : « Félicitations à Guy Nattiv pour son Oscar du meilleur court-métrage de fiction lors de la cérémonie d’hier soir. Cher Guy, tout le mérite de ‘Skin’ vous revient à vous, à Sharon et à Jaime Ray, mais ce film est aussi un cadeau pour nos enfants et nos petits-enfants et pour l’avenir que nous désirons pour eux. Fier d’être Israélien ! Mazal Tov ! », a écrit le président.

Dans les autres catégories, le biopic « RBG » consacré à la magistrate de la Cour suprême américaine Ruth Bader Ginsburg s’est incliné dans la catégorie du meilleur documentaire au profit de « Free Solo » d’Elizabeth Chai Vasarhelyi et de Jimmy Chin qui raconte l’ascension célèbre et en solitaire de la falaise El Capitan, située dans le parc national du Yosémite, un mur de granit de plus de 900 mètres, sans corde et sans équipement d’escalade.

Les autres nommés Juifs n’ont pas réussi à ramener d’Oscars chez eux – notamment Rachel Weisz, qui concourait dans la catégorie du meilleur second rôle pour son interprétation dans « La favorite » et les frères Coen, dont le script « La Ballade de Buster Scruggs » était nommé pour le prix de la meilleure adaptation.

Mais « BlacKkKlansman » – co-écrit par les scénaristes juifs Charlie Wachtel et David Rabinowitz aux côtés de Kevin Willmott et du réalisateur Spike Lee – a remporté l’Oscar de la meilleur adaptation. Le film raconte l’histoire du tout premier flic afro-américain des forces de police de Colorado Springs qui fait équipe avec un détective juif pour infiltrer le Ku Klux Klan local.

Le film israélien présenté dans la catégorie du meilleur film étranger, « The Cakemaker » avait été éliminé de la compétition l’année dernière.

C’est le magistral « Green Book » qui a remporté l’Oscar du meilleur film.

Peter Farrelly, au centre, et l’équipe de « Green Book » acceptent le prix du meilleur film lors des Oscars au théâtre Dolby, à Los Angeles, le 24 février 2019 (Crédit : Chris Pizzello/Invision/AP)

Le premier rôle du film produit par Universal Pictures est interprété par Mahershala Ali. Il y incarne un pianiste de concert afro-américain des années 1960, et Viggo Mortensen, son chauffeur. Il a obtenu trois Oscars dimanche, notamment celui du meilleur second rôle masculin pour Ali et celui du meilleur scénario original. « C’est une histoire incroyable que j’entendais quand j’étais petit. Mon père était tellement en colère après ce qu’il a vu lors de cette tournée avec Shirley », a assuré Nick Vallelonga, fils du chauffeur et co-auteur du scénario.

Sur les rangs également dans cette catégorie phare, le drame romantique « A Star is Born » s’est contenté du prix de la meilleure chanson pour « Shallow ». Il a été reçu par Lady Gaga, qui était également en lice pour son rôle dans le film.

« J’ai travaillé dur pendant longtemps… Il ne s’agit pas de gagner mais de ne pas baisser les bras », a sangloté la diva pop, son Oscar dans les bras.

Alfonso Cuaron a remporté le prix du meilleur réalisateur, sa deuxième victoire dans cette catégorie après « Gravity » en 2014. Son long-métrage « Roma » évoque son enfance à Mexico et la femme qui l’a élevé.

A LIRE : Favori aux Oscars, « Roma » se déroule dans un ancien quartier juif de Mexico

L’œuvre a également gagné l’Oscar du meilleur film étranger – une première pour le Mexique.

L’auteur-réalisateur a dédié son discours aux employés de maison, notant que des dizaines de millions d’entre eux travaillent à travers le monde sans bénéficier d’aucun droit.

Le moment le plus fort de la cérémonie organisée au théâtre Dolby de Los Angeles a été lorsque Spike Lee a reçu son prix du meilleur scénario adapté. Le metteur en scène a été longuement applaudi par un public debout, et le réalisateur s’est jeté dans les bras du remettant du prix, Samuel L. Jackson – une standing ovation à laquelle même la presse, en coulisses, a participé.

Spike Lee, dont le film inclut des séquences montrant le président Donald Trump après les manifestations suprématistes violentes de Charlottesville, en Virginie, a abordé les prochaines élections.

« Les élections de 2020 sont proches. Mobilisons-nous tous. Plaçons-nous du bon côté de l’histoire », a harangué celui qui avait reçu un Oscar d’honneur en 2015. « Faisons ce qui est juste ! Let’s do the right thing! (Faisons ce qui est approprié) Vous saviez qu’il fallait que je la place », s’est-il amusé, reprenant le nom du film qu’il avait réalisé en 1989.

Charlie Wachtel, à gauche, et Spike Lee acceptent le prix du meilleur scénario adapté pour « BlacKkKlansman » lors des Oscars organisés au théâtre Dolby de Los Angeles, le 24 février 2019 (Crédit : Chris Pizzello/Invision/AP)

Le film de super-héros « Black Panther » de Ryan Coogler l’a emporté dans la catégorie des meilleurs costumes grâce à Ruth Carter, ainsi que dans celle du meilleur décor (Hannah Beachler et Jay Hart) et l’Oscar de la meilleure bande-originale pour Ludwig Göransson. Beachler et Carter deviennent les deux premières femmes afro-américaines à remporter un Oscar dans une catégorie autre qu’actrice.

« Cela veut dire que nous avons ouvert la porte », a indiqué Carter, costumière depuis des décennies, en coulisses. « Enfin, la porte est ouverte ».

C’est Queen qui a ouvert le bal de dimanche, avec un medley de tubes qui ont donné une allure de Grammy Awards à la soirée, alors que la prestigieuse cérémonie hollywoodienne tentait de prouver qu’elle était encore « championne du monde » après quelques ratés, l’année dernière. Le lien avec la musique a été évidemment « Bohemian Rhapsody », le biopic de Freddie Mercury, dont le réalisateur Bryan Singer avait été renvoyé au milieu de la production. « Bohemian Rhapsody » a commencé par rafler trois statuettes dans des catégories techniques avant le sacre de Rami Malek, qui a remporté le prix du meilleur acteur.

Une image de Freddie Mercury sur l’écran alors que Brian May, à gauche, et Adam Lambert de Queen jouent lors des Oscars au Théâtre Dolby de Los Angeles, le 24 février 2019 (Crédit : Chris Pizzello/Invision/AP)

Côté film d’animation, « Spider-Man: New Generation » a fait mordre la poussière à la famille des « Indestructibles 2 ».

Pour la première fois depuis 1989, les Oscars se sont passés de maître de cérémonie et ont presque réussi leur pari de ne pas s’étaler sur plus de trois heures.

JTA et l’AFP ont contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...