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L’UE présente sa première stratégie de lutte contre l’antisémitisme

Neuf Juifs sur 10 estiment que l'antisémitisme a augmenté dans leur pays, et 38 % ont envisagé d'émigrer parce qu'ils ne se sentent plus en sécurité dans l'Union européenne

Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne, au Parlement européen à Bruxelles, le jeudi 3 octobre 2019. (Crédit : AP / Francisco Seco)
Margaritis Schinas, vice-président de la Commission européenne, au Parlement européen à Bruxelles, le jeudi 3 octobre 2019. (Crédit : AP / Francisco Seco)

La Commission européenne a présenté mardi sa première stratégie de lutte contre l’antisémitisme qui connaît une « hausse inquiétante », afin de mieux combattre la haine en ligne, renforcer la protection des synagogues et promouvoir la transmission de l’histoire de la Shoah.

« Nous avons vu pendant la pandémie et les confinements successifs une résurgence de vieux mythes conspirationnistes » et « une explosion des contenus antisémites en ligne », a déclaré le vice-président de la Commission Margaritis Schinas, chargé de « la promotion du mode de vie européen », lors d’une conférence de presse.

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a déclaré à ce sujet : «Nous nous engageons aujourd’hui à soutenir la vie juive en Europe dans toute sa diversité. Nous voulons voir la vie juive s’épanouir à nouveau au cœur de nos communautés. C’est ainsi que les choses devraient être. La stratégie que nous présentons aujourd’hui constitue un changement radical dans la manière dont nous réagissons à l’antisémitisme. L’Europe ne peut prospérer que lorsque ses communautés juives se sentent en sécurité et prospèrent.»

Les publications antisémites en français ont été multipliées par sept entre les deux premiers mois de 2020 (pré-pandémie) et ceux de 2021, et celles en langue allemande ont été multipliées par 13, selon une étude de la Commission.

« L’antisémitisme continue à être non seulement un fardeau du passé mais aussi une terrible menace dans l’Europe d’aujourd’hui », a poursuivi le responsable grec. Il a notamment cité les attentats qui ont visé la synagogue de Halle en Allemagne en 2019, l’Hypercacher à Vincennes en 2015 et le musée juif à Bruxelles en 2014.

Neuf Juifs sur 10 estiment que l’antisémitisme a augmenté dans leur pays, et 38 % ont envisagé d’émigrer parce qu’ils ne se sentent plus en sécurité dans l’Union européenne, selon l’Agence des droits fondamentaux de l’UE.

Ces facteurs ont poussé la Commission européenne à présenter pour la première fois une stratégie dédiée spécifiquement à la lutte contre l’antisémitisme, qui depuis 20 ans était comprise dans la lutte contre le racisme.

Pour contrer la haine antisémite en ligne, la Commission va soutenir la mise en place d’un réseau européen d’experts et de fact-checkers incluant des organisations juives, afin d’accroître le retrait des contenus illégaux. Elle va aussi coopérer avec les entreprises du net pour empêcher la vente de symboles ou de propagande nazis.

L’exécutif européen prévoit de mettre à disposition 24 millions d’euros en 2022 pour des projets destinés à mieux protéger les lieux de prière. Il veut aussi soutenir la mise en place d’un réseau de « jeunes ambassadeurs » pour promouvoir la connaissance de la Shoah, un réseau de lieux liés à la mémoire de la Shoah, et la création d’un « centre de recherche sur l’antisémitisme et la vie juive ».

L’UE renforcera la coopération UE-Israël dans la lutte contre l’antisémitisme et encouragera la revitalisation du patrimoine juif dans le monde entier.

Pour superviser ces efforts, le groupe de travail de la Commission sur la lutte contre l’antisémitisme sera transformé en un organe permanent.

« Nous devons réaffirmer notre ambition à prendre la tête du combat mondial contre l’antisémitisme », qui est « incompatible avec tout ce que l’Union européenne défend », a ajouté Margaritis Schinas.

La Commission a souligné que la lutte contre l’antisémitisme est avant tout une responsabilité nationale, mais a noté que l’UE peut assurer la coordination entre les pays, fournir des conseils et des fonds, et surveiller les progrès.

La stratégie sera mise en œuvre au cours de la période 2021-2030. La Commission invite le Parlement européen et le Conseil à soutenir la mise en œuvre de la stratégie et publiera des rapports approfondis sur la mise en œuvre en 2024 et 2029.

De 9,5 millions de Juifs avant la Shoah, la population juive d’Europe s’élève aujourd’hui à 1,5 million. Toutefois, ce nombre est en baisse, car les Juifs quittent l’Europe, en grande partie à cause de l’antisémitisme.

Le Congrès juif européen s’est félicité de la publication de ce « document vital et sans précédent » qui « servira de feuille de route pour réduire de manière significative l’antisémitisme en Europe et au-delà ».

« En tant que chef de la représentation politique de toutes les communautés juives d’Europe, je suis heureux que l’UE ait tenu compte de nos préoccupations et de nos recommandations », a déclaré Moshe Kantor, président du CJE.

Le programme a été salué par le président de la Knesset israélienne.

« Je souhaite remercier la Commission européenne pour avoir publié sa stratégie de lutte contre l’antisémitisme. L’antisémitisme est un mal social qui érode les valeurs fondamentales de toute société civile. La lutte contre l’antisémitisme est un intérêt mondial et j’invite tout le monde à nous rejoindre dans cette bataille cruciale et morale », a déclaré le président de la Knesset, Mickey Levy.

Le rabbin Pinchas Goldschmidt, président de la Conférence des rabbins européens, a lui déclaré : « Nous accueillons favorablement la stratégie de la Commission européenne sur la lutte contre l’antisémitisme, en particulier les éléments relatifs à la sécurité de nos communautés. Ces engagements vitaux concernant la sécurité des communautés juives à travers l’Europe et la prévention de l’antisémitisme ne doivent pas être sous-estimés. Nous rendons un hommage particulier à Katarina Von Schneurbein pour nous avoir emmené jusqu’ici, et nous lui adressons nos remerciements. Cependant, les communautés juives ne peuvent prospérer que si elles sont en mesure de pratiquer les traditions et les coutumes de notre foi. Nous sommes attristés par le fait que la Commission semble se décharger de toute responsabilité pour les questions relatives à la pratique juive en les déléguant aux États membres. Cela est profondément inutile. Cette stratégie permet aux États membres de promulguer des lois qui vont à l’encontre de la protection des libertés religieuses prévue par le traité de l’UE, sans aucun recours possible. La Commission européenne est particulièrement bien placée pour protéger nos communautés et nous l’exhortons à faire davantage, et rapidement, pour protéger les traditions, coutumes et pratiques religieuses.”

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