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L’UEJF dénonce une tentative de réhabilitation de Dieudonné sur le plateau d’Hanouna

Le polémiste, condamné à de maintes reprises pour antisémitisme, a publié une lettre d'excuses à la communauté juive, et son avocat a été invité sur TPMP

Dieudonné M'Bala M'Bala, portant un masque représentant un ananas en référence à son expression négationniste "shoahananas", fait le geste controversé de la "quenelle" à son arrivée au palais de justice de Paris, le 26 mars 2019, devant un public amusé. (Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP)
Dieudonné M'Bala M'Bala, portant un masque représentant un ananas en référence à son expression négationniste "shoahananas", fait le geste controversé de la "quenelle" à son arrivée au palais de justice de Paris, le 26 mars 2019, devant un public amusé. (Crédit : KENZO TRIBOUILLARD / AFP)

Ce mardi soir, Me Emmanuel Ludot, avocat du polémiste Dieudonné M’Bala M’Bala, était invité dans l’émission « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna sur C8 suite à la publication par son client d’une « Lettre d’excuses à la communauté juive » sur le site Israel Magazine. Le débat s’intitulait « Peut-on lui pardonner ? ».

Dans la foulée, l’Union des étudiants juifs de France a dénoncé dans un communiqué cette « tentative de réhabilitation d’un multirécidiviste de la haine, qui a été condamné à de multiples reprises pour ses propos racistes, antisémites et négationnistes », il y a encore quelques mois seulement.

« Depuis qu’il a fait monter le négationniste Faurisson sur scène, qu’il s’est présenté à des élections sous l’étiquette ‘antisioniste’ et qu’il est devenu un prêcheur de haine sur les réseaux sociaux, Dieudonné a cessé d’être un humoriste », a écrit l’association.

Pour l’UEJF, cette soi-disant lettre d’excuses est ainsi une supercherie, comme en est coutumier le polémiste.

« Mais en lui donnant un écho en direct, ‘TPMP’ et son animateur Cyril Hanouna, passent un nouveau cap dans la provocation, l’indécence et la banalisation de la haine. En surfant sur le nom de Dieudonné M’Bala M’Bala pour faire de l’audience, en lisant sa lettre en direct et en posant des questions volontairement provocatrices, Cyril Hanouna ne fait qu’une seule chose : se placer dans le sillage d’un professionnel de l’antisémitisme. »

« Personne n’attend d’excuses de la part de Dieudonné M’Bala M’Bala, ni les Juifs, ni les rescapés de la Shoah, ni la République qu’il a piétinée », a indiqué Samuel Lejoyeux, président de l’UEJF. « La seule chose qu’on peut attendre de Dieudonné après une carrière prolixe dans l’antisémitisme, c’est l’oubli. Ne soyons pas dupes, Cyril Hanouna, présentateur de ‘TPMP’, ne participe à aucune mission d’information ni de divertissement : il trahit des années de lutte contre l’antisémitisme. »

La lettre publiée par Israel Magazine (dont le directeur de publication, André Darmon, était présent sur le plateau de « TPMP » mardi), a notamment été relayée par Le Parisien.

« À sa demande et à celle de Francis Lalanne, un ami d’Israël,  il était envisagé une rencontre avec Dieudonné à Paris ce jour », avait écrit André Darmon sur son média en préambule de la lettre. « Apres réflexion, j’ai préféré que l’humoriste écrive ce qu’il avait à dire à ceux qu’il avait tant maltraités, les Juifs, et auxquels il voulait demander pardon. Je vous laisse simplement juges, vous, lecteurs. »

Dans cette lettre, le polémiste revient sur son parcours et sa « profession d’humoriste », une « véritable passion, un sacerdoce pour lesquels j’ai consacré l’essentiel de mon existence et de mon énergie, au détriment souvent de mon entourage le plus proche, et notamment de mes sept enfants, que je n’ai quasiment pas vus grandir ».

« Je saisis l’occasion qui m’est donnée ici pour leur demander pardon et de leur redire à quel point je les aime. Je tiens également à demander pardon à toutes celles et ceux que j’ai pu heurter, choquer, blesser au travers de certaines de mes gesticulations artistiques. Je pense notamment à mes compatriotes de la communauté juive, avec lesquels je reconnais humblement m’être laissé aller au jeu de la surenchère », écrit-il.

« C’est vrai, j’ai parfois été trop loin et fais preuves d’outrances, de provocations déplacées. Pour toutes ces fautes et excès, je demande pardon. Mon ambition était de faire rire tout le monde, et la communauté juive fait partie de mon monde. »

« Je n’ai pas réussi à la faire rire, et je le regrette. Bref, mon âge, ma santé m’invitent aujourd’hui à préparer ma retraite au Cameroun, sur la terre de mes ancêtres. Aussi, j’aspire à quitter la scène en paix : en paix avec moi-même, en paix avec les autres, dans un respect réciproque et sincère. Je veux apporter ma pierre à l’édifice de la réconciliation dans un contexte de tensions générales exacerbées. »

« Plus que jamais, je suis persuadé que le rire et la dérision auront un rôle à jouer dans la restauration du lien de la fraternité qui s’est rompu. Je suis un être imparfait mais sincère qui cherche à réparer ses erreurs et ses fautes. »

Dieudonné conclut en expliquant qu’il ne se « cherche aucune excuse, aucune circonstance atténuante car nul n’en a lorsqu’il peut constater qu’il a nui à son prochain ». Il écrit ainsi « demander tout simplement pardon pour le mal [qu’il a] pu faire même sans le vouloir ».

André Darmon a expliqué au Parisien que la publication de la lettre faisait suite à une démarche « ressemblant à une véritable volonté de faire contrition ». « J’ai trouvé prématuré de rencontrer Dieudonné, avec qui j’ai eu maille à partir dans le passé. J’ai donc opté pour une déclaration que j’ai soumise à nos lecteurs. Je ne suis ni juge, ni commissaire, à eux de juger », a indiqué l’homme, qui a indiqué au Parisien que son magazine défendait « les valeurs de l’État d’Israël, le sionisme et le judaïsme ».

« Sur un plan spirituel, il faut donner sa chance à quelqu’un qui veut se repentir. Mais surtout, le temps nous dira si Dieudonné était sincère. Tout dépend désormais de lui », a-t-il ajouté, disant ne pas craindre des réactions négatives suite à sa décision de publier la lettre. « Je ne dois rien à personne, ni à Dieudonné, ni à quiconque. Je suis un homme libre », a-t-il déclaré.

Me Emmanuel Ludot, avocat de Dieudonné présent dans « TPMP » mardi, a par le passé était l’avocat de Youssouf Fofana, chef du « gang des barbares », responsable de la mort d’Ilan Halimi en 2006, tué parce que Juif. En 2010, Dieudonné avait, dans une vidéo – une énième provocation –, appelé à la libération de Youssouf Fofana et créé son « comité de soutien ». Poursuivi, il avait été relaxé en première instance puis en appel – l’enquête n’avait pas démontré que Dieudonné ait été à l’origine de la diffusion de la vidéo.

Sur C8, l’avocat a expliqué « qu’il y a une prise de conscience [de Dieudonné] qui date non pas d’aujourd’hui, mais de plusieurs années. C’est la certitude qu’il a qu’on ne peut pas rire de tout. Que le sujet de l’antisémitisme est un sujet extrêmement sérieux et d’une gravité absolue. Il a pris conscience que, voulant fait rire, il a fait souffrir. Voulant cicatriser, il a blessé. Et, lorsque je l’ai rencontré il y a quelques mois – je le connais depuis longtemps –, et qu’il a mis sur la table ce qu’il voulait faire, je lui ai dit que ça ne pouvait pas prendre la forme d’une demande de pardon, comme ça, à la volée, au cours d’un spectacle. C’était un sujet tellement sérieux qu’il fallait que ça soit préparé de manière minutieuse. »

Dans l’émission, l’avocat a ainsi expliqué avoir prévenu de la démarche de Dieudonné le grand rabbin de France, Haïm Korsia, et l’ambassade d’Israël en France. « Sur le plan religieux et politique, tout le monde est au courant depuis plusieurs semaines », a-t-il ajouté.

Me Ludot a également déclaré qu’il avait indiqué à Dieudonné que, « s’il y avait la publication d’une demande de pardon, ça ne pouvait être que dans un journal israélien, et à partir du territoire israélien. Je considère que c’est tellement douloureux et grave, que c’est à partir d’Israël qu’il fallait matérialiser ce pardon, le pays où on a voulu mettre fin à 2 000 ans d’errance et de souffrances. »

La lettre de Dieudonné et le débat dans « TPMP » ont été vivement commentés sur les réseaux sociaux.

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