Mahmoud Abbas : « l’Europe a inventé le sionisme et Israël, ne nous leurrons pas »
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Mahmoud Abbas : « l’Europe a inventé le sionisme et Israël, ne nous leurrons pas »

S'adressant aux ministres de son gouvernement, le président de l'Autorité palestinienne dit douter de l'aide financière des pays arabes

Le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s'adresse aux dirigeants palestiniens à la Muqata, siège de l'AP, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 20 février 2019. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)
Le Président de l'Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, s'adresse aux dirigeants palestiniens à la Muqata, siège de l'AP, dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 20 février 2019. (Crédit : ABBAS MOMANI / AFP)

Le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas a affirmé lundi que l’Europe avait créé le sionisme et Israël.

Abbas s’exprimait lors d’une réunion du cabinet de l’AP à Ramallah, où il a prononcé un court discours, qui portait principalement sur la santé financière des Palestiniens.

« La position européenne – je ne dirais pas à 100 % – mais elle a commencé à [faire preuve] de compréhension. C’est pourquoi Mme [Federica] Mogherini (la cheffe de la diplomatie de l’UE), a déclaré au sommet de la Ligue arabe en Tunisie, ‘nous soutenons la solution à deux Etats et que nous sommes opposés aux transferts [des ambassades] à Jérusalem’, entre autres choses », a-t-il dit.

« Evidemment, tout n’est pas en notre faveur, mais venant de l’Europe, cette position est une bonne chose. C’est pour cela que nous avions pris l’habitude de penser, parce que vous savez tous que l’Europe est celle qui a inventé – et cela embête nos voisins – le sionisme et Israël. Elle est celle qui l’a inventé. Ne nous leurrons pas, c’est ce que dit l’Histoire. Quiconque a quelque chose qui réfute l’Histoire, allez-y. »

Au sommet de la Ligue arabe en Tunisie fin mars, Mogherini avait déclaré : « nous devons… revenir aux négociations vers une solution à deux Etats, ce qui est la seule solution viable et réaliste ».

Le président de l’AP a également réitéré son refus de l’initiative diplomatique américaine qui devrait être dévoilée dans quelques semaines.

Mahmoud Abbas a coupé les ponts avec l’administration Trump après la reconnaissance par le président américain de Jérusalem comme capitale d’Israël en décembre 2017. Les Palestiniens espèrent faire de Jérusalem-Est la capitale de l’Etat auquel ils aspirent.

Abbas n’a pas expliqué comment il pense que l’Europe a créé le sionisme et Israël. Le président de l’AP, 84 ans, a fait face à des critiques par le passé après certains de ses propos sur l’histoire d’Israël, des Juifs et du sionisme, le mouvement idéologique à l’origine de la création d’Israël.

Cette photo prise le 11 septembre 2018 montre une réunion des ministres des Affaires étrangères de la Ligue arabe à son siège dans la capitale égyptienne du Caire. (Crédit : AFP / MOHAMED EL-SHAHED)

Dans un discours en janvier 2018, il avait déclaré qu’Israël était « un projet colonial sans lien avec le judaïsme », citant un écrivain égyptien Abdul Wahab al-Messiri, auteur de l’Encyclopédie des Juifs, du judaïsme et du sionisme ».

A l’époque, les responsables politiques israéliens et les groupes juifs avaient vivement condamné Abbas pour ses propos, qui venaient s’ajouter à d’autres commentaires émis dans un discours sur la coexistence israélo-palestinienne.

Abbas a également déclaré avoir demandé 100 millions de dollars (89 millions d’euros) aux pays arabes lors du dernier sommet de la Ligue arabe afin d’éviter une crise financière, mais il a ajouté que les Palestiniens ne pensaient pas que les Etats arabes leur fourniraient la sécurité nécessaire pour surmonter cette crise financière.

« Bien évidemment, nous avons demandé à nos frères [arabes] un filet de sécurité », a-t-il dit. « Si Dieu veut. Je veux dire que nous n’avons pas beaucoup d’espoir, mais si Dieu veut, cela arrivera. Nous avons demandé 100 millions de dollars par mois. Nous leur avons dit que nous les prendrons comme une dette… donnez-nous [cet argent] et nous vous le rendrons… Même sur une demande de créance, nous n’avons pas reçu de réponse. Mais nous devons en porter la responsabilité et être patients. »

Le président de l’Autorité palestinienne a déclaré lors d’une réunion des ministres des Affaires étrangères arabes et de responsables, au siège de la Ligue arabe au Caire la semaine dernière, qu’un « filet de sécurité [financière] devait être garanti ».

Abbas a par ailleurs réitéré lundi son refus de percevoir des droits de TVA et droits de douane que lui doit Israël tant que l’Etat hébreu maintiendra sa décision d’en geler une partie dédiée aux aides allouées aux terroristes palestiniens.

En février, Israël a fait appliquer une nouvelle loi qui lui permet de défalquer des revenus fiscaux qu’il collecte pour le compte de l’Autorité palestinienne le montant que cette dernière verse aux terroristes palestiniens incarcérés et aux familles de terroristes tués.

Les autorités avaient annoncé le blocage de 500 millions de shekels (122 millions d’euros) sur le montant total reversé à l’Autorité palestinienne au titre de la TVA et des droits de douane prélevés sur les produits importés par les Palestiniens.

Cette sanction a été imposée en réponse au versement par l’Autorité palestinienne d’allocations aux familles de Palestiniens emprisonnés ou tués pour avoir commis des attaques anti-israéliennes.

Les Palestiniens ont protesté contre cette loi et refusé, en réaction, de toucher l’ensemble des revenus fiscaux collectés mensuellement par Israël, tant que le montant total ne leur est pas transféré.

« Nous ne recevrons aucun fonds de la part d’Israël s’ils sont incomplets », a fait savoir le président palestinien Mahmoud Abbas, au début du Conseil des ministres hebdomadaire à Ramallah, en Cisjordanie.

Il avait déjà annoncé en février que l’Autorité palestinienne refuserait de recevoir l’ensemble de ces droits de douanes et TVA si Israël appliquait sa décision.

Lundi, la radio publique israélienne a rapporté qu’un paiement mensuel, dont ont été déduits environ 40 millions de shekels (10 millions d’euros), avait été transféré sur les comptes de l’Autorité palestinienne. Mais deux semaines plus tard, l’argent a été retourné au ministère des Finances israélien, d’après la radio.

Dans le cadre des accords de Paris signés en 1994, Israël, qui contrôle les frontières des Territoires palestiniens, collecte les taxes sur les importations palestiniennes, qui représentent environ 700 millions de shekels (170 millions d’euros) par mois, et les reverse aux Palestiniens.

Ces taxes reversées à Ramallah correspondent à des centaines de millions de shekels chaque mois, sois plus de la moitié de son budget. C’est la plus importante source de revenus de l’Autorité palestinienne.

Le ministère des Finances de l’Autorité palestinienne Shukri Bishara a annoncé que Ramallah avait entrepris une série de mesures d’austérité pour temporiser l’impact de la pénurie de fonds dans les opérations gouvernementales, notamment en réduisant le salaire des fonctionnaires.

En mars, de nombreux employés de l’AP n’ont reçu que la moitié de leurs salaires.

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