Abbas qualifie Israël de « projet colonial » sans lien avec le Judaïsme
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Le chef palestinien fait part de ses pensées sur le sionisme

Abbas qualifie Israël de « projet colonial » sans lien avec le Judaïsme

Pour le chef de l'AP les Juifs européens ont choisi de mourir pendant la Shoah plutôt que d'émigrer en Palestine et Ben Gurion a forcé les Juifs du Moyen-Orient à venir en Israël

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, s'exprime durant une réunion dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018 (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, s'exprime durant une réunion dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018 (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a laissé entendre dimanche soir que les Juifs européens, durant la Shoah, avaient préféré subir « les meurtres et les massacres » à l’émigration au sein de la Palestine sous mandat britannique, et a prétendu que le premier Premier ministre israélien David Ben Gurion avait fait venir des Juifs du Yémen et d’Irak dans le pays contre leur gré.

Le leader palestinien a ensuite estimé que l’Etat d’Israël « a été formé en tant que projet colonial n’ayant rien à voir avec le Judaïsme » pour sauvegarder des intérêts européens.

Le chef de l’AP a fait une mini-conférence sur sa compréhension de l’histoire du sionisme dimanche, affirmant que l’Etat juif a délibérément créé des troubles dans les pays arabes pour faire partir par la force les Juifs moyen-orientaux dans l’Etat naissant à la population alors clairsemée.

Abbas, dans son discours, n’a pas mentionné la présence historique des Juifs et les périodes de souveraineté juive en Terre sainte. Israël est le seul lieu où les Juifs ont été souverains et le seul où ils ont cherché une souveraineté.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, s’exprime durant une réunion dans la ville de Ramallah, en Cisjordanie, le 14 janvier 2018 (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Ces propos ont été tenus au début d’une allocution du chef palestinien qui a duré deux heures et demie lors d’une réunion du conseil central de l’Organisation de libération de la Palestine à Ramallah, qui a été largement consacrée à la réaction à la décision prise par le président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

Evoquant ce discours, le ministre de la Défense israélien Avigdor Liberman a expliqué lundi qu’Abbas avait « perdu la tête ».

« Le colonialisme a créé Israël pour remplir une certaine fonction. C’est un projet colonial qui n’a rien à voir avec le Judaïsme, mais qui a plutôt utilisé les Juifs comme outils sous le slogan de la Terre sainte », a dit Abbas, qui a ajouté qu’il citait le travail de l’intellectuel égyptien Abdel-Wahab El-Messiri. El-Messiri a écrit une encyclopédie des Juifs, du judaïsme et du sionisme en huit volumes.

Une fois que l’Etat d’Israël a été créé, a maintenu Abbas, les leaders israéliens n’ont cessé de pousser les Juifs à immigrer dans ce pays.

Le chef palestinien a suggéré que les Juifs d’Europe – dont six millions ont été tués par les nazis – ont choisi de rester dans les pays dont ils étaient originaires au cours de l’Holocauste plutôt que d’émigrer.

« Les Juifs ne voulaient pas émigrer, même avec les meurtres et les massacres. Même pendant l’Holocauste, ils n’ont pas émigré. En 1948, les Juifs en Palestine n’étaient pas plus de 640 000, la majorité d’entre eux étant originaires d’Europe », a-t-il ajouté.

En fait, de 1939 à 1945, les autorités britanniques de la Palestine mandataire avaient empêché presque toute l’immigration juive en Palestine sur ordre des Etats arabes.

Afin de remplir l’Etat juif naissant, a poursuivi Abbas, Ben Gurion a, de mauvaise grâce, commencé à faire venir des Juifs des terres arabes en Israël par la contrainte.

“Ben Gurion ne voulait pas que les Juifs du Moyen-Orient viennent [en Israël]… mais quand ils ont vu ces terres vastes, il a été obligé de faire venir des Juifs moyen-orientaux… qui ne voulaient pas venir. Du Yémen, ils ont fait venir 50 000 Juifs… Mais 50 000 Juifs ne suffisaient pas. Alors ils sont allés en Irak qui avait des réserves importantes de Juifs », a dit Abbas.

Environ 49 000 Juifs yéménites ont été amenés au sein de l’Etat d’Israël naissant lors de l’opération Tapis volant, dans les années 1949 et 1950.

Juifs d’Aden attendant leur évacuation vers Israël, le 1er novembre 1949. Illustration (Crédit : GPO/domaine public)

Abbas a affirmé que les Israéliens avaient rompu des accords avec les politiciens irakiens pour « faire sauter la citoyenneté des Juifs et les forcer à émigrer ».

« Cela ne leur a pas suffi et ils ont réuni tous les Juifs des pays arabes, du Maroc à l’Algérie et de Tunis, de Libye, d’Egypte et du Liban », a-t-il continué.

L’établissement de l’Etat juif en 1949 avait entraîné des émeutes violentes, des pillages et des attaques contre les populations juives locales dans les pays de tout le Moyen-Orient, notamment au Yémen, en Irak, en Syrie et en Egypte.

Environ 900 000 Juifs avaient fui ou avait été obligés de fuir les pays dont ils étaient originaires suite à la création de l’Etat d’Israël. Par conséquent, la population juive du Moyen-Orient (à l’exception d’Israël) et d’Afrique du nord avait chuté de 856 000 à seulement 4 400 aujourd’hui.

Dans son discours, Abbas a noté que l’OLP s’était rassemblée contre le 100e anniversaire de la déclaration Balfour, une déclaration britannique qui appelait à l’établissement d’un foyer juif dans la Palestine historique.

Célèbre photo de Theodor Herz sur le balcon de l’hôtel Les Trois Rois, à Bâle, en Suisse. (Crédit : CC-PD-Mark, by Wikigamad, Wikimedia Commons)

Et pourtant, selon le dirigeant palestinien, l’histoire judéo-britannique relative à la Palestine remonte en fait à la gouvernance d’Oliver Cromwell en 1653.

« Il avait pensé à déplacer les Juifs d’Europe au Moyen-Orient, dans cette région, parce qu’il voulait que cette dernière soit une frontière permettant de protéger les convois et les intérêts qui venaient de l’Europe vers l’Orient », a dit Abbas de Cromwell, dont le plan ne s’est jamais réalisé.

Abbas a alors fait remonter l’histoire du colonialisme européen en Palestine à Napoléon Bonaparte, qui avait également dit que les Juifs devaient avoir un Etat dans leur berceau historique. Cela a été le cas à travers les tentatives américaines, dans les années 1850, d’établir des colonies, d’abord avec des Juifs palestiniens locaux puis avec des chrétiens américains.

Abordant l’histoire de Theodor Herzl, qui est considéré comme le père du sionisme moderne, Abbas a indiqué que ce dernier s’était intéressé, de prime abord à l’établissement d’un foyer juif pour venir en aide aux Juifs européens. Se focalisant sur l’un des tous premiers slogans sionistes, « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », Abbas a clamé que le père du sionisme avait appelé au génocide des populations arabes locales.

Abbas a prétendu que quand Herzl avait visité la Palestine et qu’il avait vu les gens qui y vivaient, il aurait dit : « Nous devons éliminer les Palestiniens de Palestine pour que la Palestine soit une terre sans peuple pour un peuple sans terre ».

Le leader sioniste n’est guère connu pour avoir prôné le nettoyage ethnique des Palestiniens.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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