Mal dormi ? C’est peut-être à cause des « écrans bleus » de vos appareils
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Mal dormi ? C’est peut-être à cause des « écrans bleus » de vos appareils

Une étude menée par l’université de Haïfa et l’hôpital Assuta montre comment et pourquoi l’usage nocturne d’appareils électroniques rend difficile l’endormissement

Illustration. (Crédit : Pixabay)
Illustration. (Crédit : Pixabay)

La lumière bleue qui vous empêche de dormir si vous avez les yeux rivés sur un écran avant d’aller au lit peut-être gérée par un filtre, selon une étude israélienne qui a examiné la façon dont la qualité et la quantité de sommeil sont affectées par la lumière à ondes courtes.

La lumière bleue à onde courte, le type de lumière émise par la plupart des ordinateurs portables, des smartphones, des tablettes et d’autres dispositifs est néfaste pour le sommeil, selon une nouvelle étude menée conjointemnt par l’université de Haïfa et la clinique du sommeil de l’hôpital Assuta à Tel Aviv.

Mais il n’est pas nécessaire de rejoindre les luddistes pour passer une bonne nuit de sommeil, selon les auteurs de l’étude. Si la lumière bleue est à l’origine des dégâts sur le sommeil, un filtre qui diffuserait une lumière rouge pourrait résoudre le problème.

Cet usage abusif des écrans est une problématique qui a déjà été établie dans d’autres études scientifiques, notamment dans une étude de 2015 de Harvard, qui démontre que l’usage des lumières bleues la nuit perturbait le rythme circadien normal du cycle du sommeil (le cycle éveil/sommeil sur une période de 24 heures), ce qui pourrait causer des cancers, du diabète, des pathologies cardiovasculaires et de l’obésité, chez les personnes qui passent beaucoup de temps devant leurs écrans en pleine nuit.

La nouvelle étude, publiée dans le journal Chronobiologye International, a été réalisée par les chercheurs, le professeur Abraham Haim, directeur du centre israélien pour la recherche interdisciplinaire en chronobiologie à l’université de Haïfa, un étudiant en doctorat Amit Shai Green, du Center for Interdisciplinary Chronobiological Research à l’université de Haïfa, et le Sleep and Fatigue Center de l’Assuta Medical Center ; le docteur Merav Cohen-Zion de la School of Behavioral Sciences de l’Academic College de Tel Aviv-Yafo; et du professeur Yaron Dagan du Research Institute for Applied Chronobiology au Tel Hai Academic College.

Les chercheurs ont cherché à comprendre s’il y a des différences entre les cycles de sommeil après une exposition aux lumières bleues des écrans, et les cycles de sommeil après une exposition à la lumière rouge, et à mettre le doigt sur le plus grand facteur des troubles du sommeil, la longueur de l’onde ou l’intensité de la lumière.

De toutes les couleurs visibles sur le spectre, le bleu a la plus courte onde. Plus l’onde est courte, plus l’énergie est élevée. Dans la nature, la lumière bleue à courte onde (Haute Energie Visible ou HEV) se heurte à des molécules d’air, causant ainsi la diffusion d’une lumière bleue dans l’atmosphère (c’est pour cette raison que le ciel semble bleu).

La lumière bleue naturelle contient de nombreux bénéfices pour le corps humain, notamment la régulation des cycles de sommeil. Mais ce n’est pas le cas de la lumière bleue artificielle ; de nombreux appareils ont recours au rétro-éclairage à LED, qui émet une lumière bleue très forte, suffisamment forte pour supprimer la production de mélatonine, une hormone sécrétée la nuit qui joue un rôle dans les cycles normaux du corps et du sommeil, comme l’ont montré d’autres études. En quoi cela affecte le corps ? L’étude de l’université de Haïfa et d’Assuta a cherché à déterminer précisément ce point.

Les chercheurs se sont penchés sur 19 sujets sains, qui ont entré 20 et 29, et qui n’étaient pas au courant de l’objet de l’étude. Dans la première partie de l’étude, les participants ont porté un actigraphe, un appareil qui détermine le moment précis de l’endormissement et du réveil, et ont rempli un journal de sommeil complet et un questionnaire sur leurs habitudes de sommeil et la qualité de leur sommeil.

Dans la seconde partie de l’étude, qui a eu lieu dans les laboratoire d’Assuta, les participants étaient exposés à des écrans d’ordinateur de 21 heures à 23 heures, heures durant lesquelles la glande pinéale commence à produire et à sécréter de la mélatonine. Les participants ont été exposés à quatre types de lumières : de la lumière bleue de haute intensité, de la lumière bleue de faible intensité, de la lumière rouge de haute intensité et de la lumière rouge à faible intensité.

Après l’exposition à ces lumières, les participants ont été reliés à des appareils capables de mesures les ondes cérébrales de déterminer les phases de sommeil qu’un individu traverse au fil de la nuit, notamment les réveils que l’on ne remarque même pas. La température buccale et des échantillons d’urine (pour analyser la présence de mélatonine) ont été prélevés des sujets à plusieurs moments de la nuit. Le matin, les sujets étaient invités à remplir un questionnaire sur leurs sensations.

En moyenne, l’exposition aux lumières pendant ces deux heures ont réduit la durée du sommeil de 16 minutes en moyenne sur l’ensemble des sujets. De plus, l’exposition à la lumière bleue a réduit significativement la production de mélatonine, affectant la qualité du sommeil. Cependant, la production de mélatonine était quasiment inchangée par rapport aux niveaux normaux quand les individus ont été exposés aux lumières rouges en soirée.

De plus, l’exposition aux lumières bleues a empêché le mécanisme naturel qui réduit la température corporelle, un autre facteur dans les troubles du sommeil et la mauvaise qualité de ce dernier.

« Quand le corps passe en sommeil, il baisse sa température, atteignant son point le plus bas autour de 4 heures du matin. Quand le corps revient à sa température normale, on se réveille », a expliqué Haim.

« Après l’exposition à la lumière rouge, le corps a continué à fonctionner normalement, mais l’exposition à la lumière bleue a eu pour conséquence de maintenir la température corporelle normale tout au long de la nuit, ce qui est une preuve supplémentaire des dommages causés à notre horloge biologique naturelle. »

La découverte la plus sérieuse de cette étude est probablement celle qui montre que l’exposition à la lumière bleue perturbe drastiquement la continuité du sommeil. Après l’exposition à la lumière rouge (à haute et faible intensité), les sujets se réveillaient en moyenne 4 fois et demi (réveils non remarqués), mais après l’exposition à la lumière bleue de faible intensité, on note 6,7 réveils en moyenne, et jusqu’à 7,6 après l’exposition à la lumière bleue de forte intensité. Ces résultats correspondaient aux opinions des participants, qui se disaient plus fatigués ou de mauvaise humeur après l’exposition à la lumière bleue.

Le secret réside dans la mélatonine, ou plus spécifiquement, dans une plus grande production, et pour cela, affirme le professeur Haim, il faut réduire le temps passé devant des écrans bleus.

« L’exposition aux écrans durant la journée, de manière générale, et la nuit en particulier, fait partie intégrante de notre monde technologique, et n’ira qu’en s’intensifiant », a-t-il dit.

« Cependant, nos études ont montré que ce n’est pas l’écran lui-même qui perturbe notre horloge biologique, mais la lumière bleue à onde courte qu’elle émet. Heureusement, il existe de nombreuses applications qui permettent de filtrer cette lumière bleue problématique et de la remplacer par une lumière rouge faible, et par conséquent, de réduire les dégâts liés à la suppression de la mélatonine. »

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