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Malgré la crise, le high-tech israélien lève près de 10 milliards de dollars en 2022

Baisse de 30 % par rapport au second semestre de 2021, une année record ; les levées de plus de 50 millions de dollars en baisse aussi, mais les early stage sont en hausse

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Ligne d'horizon du quartier financier de Tel Aviv. Illustration (Crédit : Elijah Lovkoff via iStock by Getty Images)
Ligne d'horizon du quartier financier de Tel Aviv. Illustration (Crédit : Elijah Lovkoff via iStock by Getty Images)

Les startups et les entreprises israéliennes ont levé près de 10 milliards de dollars d’investissements au cours du premier semestre 2022, une réussite notable compte tenu de la forte baisse du marché qui a entraîné le licenciement de milliers de travailleurs et effrayé les investisseurs, selon le dernier rapport IVC Israeli Tech Review pour le premier semestre 2022 établi par le centre de recherche IVC et LeumiTech, une branche bancaire de Leumi spécialisée dans les services bancaires pour les sociétés high-tech.

Ce chiffre marque une baisse de 30 % par rapport au second semestre 2021 (S2 2021) – une année de financement exceptionnelle au cours de laquelle les entreprises israéliennes ont obtenu 25,6 milliards de dollars d’investissements privés au total – mais les sociétés sont en passe de terminer l’année 2022 avec des chiffres d’investissement supérieurs à ceux de 2020, où les sociétés du secteur tech ont levé 10,3 milliards de dollars, le record précédent.

L’année 2021 a été une année record pour l’industrie tech mondiale, avec environ 643 milliards de dollars de financement privé. Ce flux de fonds a entraîné des évaluations élevées des sociétés, et même, parfois, des surévaluations de sociétés qui étaient loin d’être rentables. Près de la moitié de l’ensemble des licornes existantes (entreprises privées valorisées à un milliard de dollars ou plus) aujourd’hui sont « nées » en 2021.

2021 a également été une année record pour les introductions en bourse (IPO) et les fusions et acquisitions (M & A) dans le secteur des technologies.

En Israël toujours, les exits des sociétés de haute technologie ont fait un bond étonnant de 520 % en 2021 pour atteindre une valeur sans précédent de 81,2 milliards de dollars. (Les exits sont définis comme des opérations de fusion et d’acquisition ou des offres publiques initiales d’actions).

Mais en 2022, le marché a commencé à se retourner, et les valorisations et les actions en bourse en ont pris un coup.

D’après les données du journal financier le Calcalist, plus de 1 000 travailleurs du secteur high-tech ont été ou sont en train d’être licenciés, car les entreprises cherchent à conserver leurs liquidités, même celles qui ont levé des « mega-rounds » (de 100 millions de dollars ou plus) il y a quelques mois à peine.

Les sociétés d’investissement et les institutions financières ont mis en garde contre les difficultés à venir en 2022, avec la hausse de l’inflation et des taux d’intérêt, l’impact de la guerre russe en Ukraine sur les chaînes d’approvisionnement et l’économie mondiale, ainsi que la réticence des investisseurs.

Guy Holzman, PDG d’IVC, a déclaré dans un communiqué que le secteur technologique israélien s’était trouvé, au cours des six premiers mois de 2022, « à un point d’inflexion entre des valorisations exagérées et la forte possibilité d’une crise économique mondiale ».

Mais l’économie high-tech qui est résiliente a très bien fait au cours du dernier trimestre, Q2 2022, avec 4,12 milliards de dollars d’investissements à travers 182 transactions, a noté Holzman.

« Le nombre et le montant des transactions n’ont pas beaucoup changé par rapport aux niveaux historiques, et les évaluations contractées par les entreprises à forte croissance ont été bien ajustées à la tendance de Wall Street. Il reste encore à voir comment la situation actuelle affectera les jeunes entreprises dans les mois à venir », a-t-il déclaré.

Entre janvier et juin 2022, les entreprises israéliennes ont levé 9,8 milliards de dollars pour 395 accords, et l’industrie technologique a connu 66 « exits » avec neuf introductions en bourse (dont deux SPAC) et 56 fusions et acquisitions (M&A), selon le rapport IVC-LeumiTech.

Parmi les M & A les plus remarquables, il y a le projet d’Intel d’acquérir la société israélienne Tower Semiconductor pour 5,4 milliards de dollars. Intel est également sur le point d’acheter la startup israélienne Granulate pour environ 650 millions de dollars.

Google a acheté l’entreprise israélienne de détection des menaces Siemplify (officiellement Cyarx Technologies) pour 500 millions de dollars au début de l’année, et Qualcomm, une grande entreprise technologique américaine, a acquis Cellwize Wireless Technologies, un fabricant israélien de logiciels basés sur le cloud et l’intelligence artificielle qui peuvent accélérer le déploiement des réseaux 5G, pour environ 350 millions de dollars.

Parmi les opérations d’investissement notables réalisées depuis le début de l’année, citons les tours de table de la plateforme d’actifs numériques Fireblocks, avec un investissement de 550 millions de dollars en janvier, de la société technologique de construction Veev, avec un investissement de 400 millions de dollars également en janvier, et de la société de cybersécurité Axionus, avec un tour de table de 200 millions de dollars en mars.

En juin, Coralogix, une société qui développe des analyses avancées de journaux par apprentissage automatique, a annoncé un tour de table de série D de 142 millions de dollars ; l’entreprise israélienne de semi-conducteurs Vayyar, qui développe des radars d’imagerie 4D, a obtenu 108 millions de dollars ; et Aidoc, un fabricant de logiciels basés sur l’IA qui aident les radiologues à lire les scans, a obtenu 110 millions de dollars.

Comme dans les précédents rapports concernant le secteur de la haute technologie, ce sont les sociétés dans le domaine de la cybersécurité qui ont généré le plus de fonds (environ 2,5 milliards de dollars) au premier semestre 2022, suivies par les startups de la fintech (environ 1,5 milliard de dollars), les entreprises de l’IoT (internet des objets) (environ 700 millions de dollars) et les sociétés de la food tech (450 millions de dollars d’investissements, dont 135 millions pour la startup Redefine Meat, spécialisée dans la viande d’origine végétale).

Timor Arbel-Sadras, PDG de LeumiTech, a déclaré qu’une majorité de la baisse des niveaux d’investissement au premier semestre 2022 concernait les tours de table supérieurs à 50 millions de dollars (61 opérations de ce type au premier semestre 2022, contre 79 au premier semestre 2021), et que les financements inférieurs à ce niveau sont restés stables, tandis que les investissements early stage (ou initiaux) ont augmenté.

« Les tours de financement inférieurs à 50 millions de dollars restent relativement stables. Ce chiffre prouve qu’il existe de bonnes entreprises qui parviennent à continuer à lever des fonds en fonction de leur valeur réelle. En même temps, la réalité les oblige à opérer des changements rapides. Ces changements peuvent inclure des restructurations, afin de maintenir leur trésorerie pendant une période plus longue », a-t-elle expliqué.

Selon Mme Arbel-Sadras, le secteur est soumis à des « processus qui finiront par aboutir à une conduite économique saine de l’industrie de la haute technologie », en termes d’accent mis sur la croissance, l’efficacité opérationnelle et les modèles commerciaux établis. « Les entreprises établies qui agissent conformément à ces principes surmonteront les difficultés et réussiront à obtenir des financements », a-t-elle déclaré.

Mme Arbel-Sadras a également expliqué que « la demande de produits technologiques reste stable dans tous les secteurs. Les données montrent que les investisseurs continuent de rechercher de jeunes entreprises, à des niveaux d’investissement similaires. »

Les tours de table en phase initiale se sont élevés à plus de 2 milliards de dollars au premier semestre 2022, selon le rapport.

« L’importance des premiers tours de table pourrait (…) signaler un déplacement de l’intérêt des investisseurs vers des investissements plus potentiellement lucratifs que les entreprises en hyper croissance, qui sont aujourd’hui considérées comme surévaluées », indique le rapport.

Mme Arbel-Sadras a déclaré que pour les entrepreneurs en phase initiale, « il s’agit sans aucun doute d’une opportunité. Ils ont de bonnes chances de lever des fonds en fonction de leur valeur réelle, s’ils peuvent créer des entreprises attrayantes basées sur des produits, ainsi qu’un modèle économique durable. »

« Les chiffres pour le premier semestre [2022] sont impressionnants mais montrent encore des signes clairs d’un ralentissement dans des parties spécifiques de l’économie technologique israélienne », peut-on lire dans le rapport.

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