Manifs anti-Netanyahu : Y a-t-il eu des violences policières « excessives » ?
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Manifs anti-Netanyahu : Y a-t-il eu des violences policières « excessives » ?

Les députés demandent d'agir après une vidéo montrant un agent bousculer des manifestants à Jérusalem ; la police dit qu'il y a eu trois blessés dans ses rangs

Des policiers israéliens affrontent des manifestants pendant une manifestation antigouvernementale devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 22 août 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)
Des policiers israéliens affrontent des manifestants pendant une manifestation antigouvernementale devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 22 août 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Une vidéo dans laquelle un officier de police semble agresser au moins deux manifestants lors d’un rassemblement organisé samedi soir à Jérusalem a été rapidement dénoncée par les politiciens, entraînant la promesse de l’ouverture d’une enquête. Cela a été l’une des démonstrations de violences les plus intenses entre agents et activistes en presque deux mois de mouvement de protestations hebdomadaires.

La police a expliqué que 30 personnes avaient été arrêtées lors de cette manifestation réclamant le départ du Premier ministre Benjamin Netanyahu de son poste, alors que des échauffourées ont éclaté entre les activistes et les policiers qui tentaient de disperser les personnes rassemblées dans les rues et de faire partir les protestataires les plus bruyants.

Lors d’un incident précis, le super-intendant en chef de Jérusalem, Niso Guetta, a été filmé en train de bousculer et de frapper un participant, poussant des militants sur le côté en tentant de pourchasser un autre. Sur les images, il parvient à rattraper le fuyard, le frappe alors au visage et le fait tomber au sol.

Guetta et d’autres agents le traînent alors dans la rue avant de l’embarquer.

Dans un communiqué, la police a expliqué que le responsable avait été agressé mais qu’une enquête « sur les circonstances de l’incident sera ouverte ».

« Il affirme avoir été attaqué par deux manifestants », a commenté devant les journalistes le chef de la police adjoint de Jérusalem, Ofer Shomer. « L’un d’entre eux l’a frappé au visage, l’a griffé et lui a ôté son masque. Il a été arrêté et une enquête sera ouverte sur les circonstances de l’incident ».

Dans la vidéo, une main apparaît, la personne restant hors-champ, et semble enlever le masque de Guetta alors que ce dernier bouscule le premier manifestant.

Plusieurs députés ont répondu à la vidéo en demandant une enquête pour violences policières présumées. Cela a été notamment le cas de la ministre des Renseignements issue du parti Kakhol lavan, Orit Farkash-Hacohen.

« Le pouvoir, c’est le sens de la responsabilité, ce n’est pas l’anarchie ! », a-t-elle écrit sur Twitter.

« Les manifestants, dans les manifestations les plus justes de toute l’Histoire du pays, ne sauraient souffrir des violences policières. On ne doit pas tolérer qu’elles puissent se produire et nous allons demander à ce qu’une enquête rapide et décisive sur les événements qui ont eu lieu ce soir à Jérusalem soit réalisée », a écrit sur Twitter le chef de l’opposition Yair Lapid, à la tête du parti Yesh Atid.

La police a noté que les agents avaient dû répondre à des agressions de la part des protestataires. Selon un communiqué de la police, trois agents ont été blessés au cours des manifestations. La police a fait savoir qu’un officier avait été frappé par une pierre.

« Il y a eu des comportements très durs vis-à-vis de la police », a dit Shomer, qualifiant les informations portant sur des violences policières de « Fake news ».

« Les participants au rassemblement nous ont menacés et ils ont émis des incitations à la violence à notre encontre. Un agent a reçu un coup à la tête et un autre a essuyé un jet de pierre. Nous n’avions jamais vu ça auparavant », a-t-il continué.

Des policiers israéliens font partir des manifestants pendant une manifestation antigouvernementale devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 22 août 2020 (Crédit : Menahem Kahana / AFP)

Malgré ces affirmations, les journalistes du Times of Israel n’ont, pour leur part, pas assisté à des événements de ce type lors du rassemblement.

Une partie de la violence exercée par les policiers semble avoir été entraînée par la décision prise par les forces de l’ordre de faire appliquer des directives sur le bruit commis par les participants, et par celle de disperser le regroupement plus tôt que ce n’était le cas auparavant suite à un jugement de la Haute-cour qui a interdit les rassemblements nocturnes bruyants en raison d’une plainte déposée par les résidents du quartier.

Vers 22 heures, un agent prenant la parole depuis une voiture de police a déclaré la manifestation illégale. Dix mille protestataires se trouvaient à ce moment-là encore sur la place de Paris lorsque les agents sont entrés dans la foule pour y confisquer tambours et cornes de brume.

En réponse, la foule s’est dirigée vers le barrage routier qui avait été établi par la police, sur la rue King George. Alors que de nombreux instruments bruyants avaient été saisis par les forces de l’ordre, les manifestants ont attrapé la barrière métallique qui avait été installée par les agents, la frappant au sol, faisant un bruit assourdissant. Les agents ont alors commencé à bousculer avec violence les manifestants après être passés de l’autre côté de la barricade, parfois en les repoussant à bras-le-corps.

A 23 heures, les forces de l’ordre ont déclaré, une nouvelle fois, le mouvement de protestation illégal, et ils ont menacé d’utiliser la force. Plusieurs minutes plus tard, des policiers à cheval sont entrés dans la foule formée de milliers de protestataires, ouvrant la voie aux membres de l’unité anti-émeutes Yassam. Les manifestants se sont retirés vers la place de Paris où 30 personnes ont été placées en détention. Ils auraient été davantage encore à être embarqués par la force par les agents, avant d’être libérés.

Au moins une personne a été blessée du côté des manifestants et a dû être hospitalisée, selon Haaretz.

La patience des policiers a pu également être mise à l’épreuve par la décision des manifestants de défiler dans la capitale, en violation des directives des forces de l’ordre, ce qui a mené à des affrontements mineurs entre les deux parties.

Cette recrudescence marquée des violences a lieu après plusieurs semaines qui n’ont été marquées que par des confrontations sporadiques entre manifestants et policiers. Ces derniers avaient semblé s’adoucir suite à l’indignation qui avait été suscitée par des violences commises lorsque les rassemblements avaient commencé à prendre de l’ampleur, fin juin. Entre autres choses, les forces de l’ordre avaient abandonné l’usage des canons à eau, attendant que la majorité des personnes aient quitté la place de Paris de leur propre gré avant de disperser, un à un, les récalcitrants.

La police a noté que la gestion des regroupements était « compliquée » en raison des règles de distanciation sociale, de la localisation des manifestations – elles ont lieu à l’un des carrefours les plus fréquentés de Jérusalem – et des pressions politiques, entre autres.

Des policiers israéliens affrontent des manifestants pendant une manifestation antigouvernementale devant la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 22 août 2020 (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

« Malgré tous les efforts et les ressources nombreuses investies par la police israélienne pour garantir une manifestation en toute sécurité ainsi que le droit à la liberté d’expression pour tous les citoyens, il est clair que des groupes divers et variés ont choisi la provocation – et notamment les violences verbales et physiques contre des agents dont le rôle est de maintenir la sécurité et l’ordre, et notamment de la part de gens qui sont eux-mêmes des manifestants », a fait savoir la police dans un communiqué paru dans la matinée de dimanche.

Mais les protestataires et d’autres ont accusé la police d’utiliser des tactiques violentes et d’arrêter sans raison des participants au rassemblement.

Meir Moskovich porte un panneau sur lequel est écrit « Nous ne croyons plus la police » aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, le 22 août 2020 (Crédit : Anat Peled/Times of Israel)

« J’ai perdu confiance en la police parce que les agents mentent sur ce qu’il se passe, ils arrêtent les gens de manière injustifiée, ils agissent avec violence », s’est exclamé Meir Moskovich, âgé de 62 ans, qui portait en bandoulière un panneau disant « Nous ne croyons plus la police » lors du regroupement.

« Si la police était intelligente et qu’elle pouvait vraiment contenir la manifestation, elle se serait dispersée il y a longtemps. L’une des raisons qui fait venir les gens ici, la raison principale, c’est le comportement de la police », a expliqué ce résident de Kiryat Ono.

Il a par ailleurs cité l’arrestation du leader du mouvement, l’ancien général Amir Haskel, au début de l’été ainsi que le démontage d’une tente de protestation qui avait été dressée, jeudi, en amont d’un rassemblement pro-Netanyahu, disant qu’à ses yeux, ces deux événements n’avaient eu pour conséquence que de mobiliser davantage les Israéliens, les poussant à descendre dans les rues.

Cela fait plusieurs mois que les manifestants se rassemblent régulièrement aux abords de la résidence du Premier ministre à Jérusalem, mais aussi à Tel Aviv et dans d’autres secteurs, pour appeler le Premier ministre à démissionner en raison de ses mises en examen pour corruption présumée.

Les manifestations de samedi soir auraient été les plus importantes et elles ont été le théâtre d’affrontements entre participants et forces de l’ordre.

Environ 10 000 personnes s’étaient regroupées à Jérusalem dans la soirée de samedi.

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