Rechercher

Mélanie Thierry, poignante en Marguerite Duras dans « Mémoire de guerre »

Dans ce film autobiographique, l'écrivaine donne des détails surprenants sur le Paris occupé par les nazis

Mélanie Thierry joue Marguerite Duras dans «Mémoire de guerre». (Crédit : Music Box Films)
Mélanie Thierry joue Marguerite Duras dans «Mémoire de guerre». (Crédit : Music Box Films)

NEW YORK – L’impact du nazisme sur les citoyens ordinaires reste un sujet fascinant et déchirant.

L’un des derniers films à évoquer le sujet, « Mémoire de guerre » (« La douleur » – titre en français – sorti en janvier 2018), basé sur le livre autobiographique de Marguerite Duras publié en 1985 (mais écrit en partie sous forme de journal au fur et à mesure des événements), est un véritable coup de poing – il est également remarquable par son sens du détail. Les détails de la vie parisienne pendant l’Occupation (et les jours qui suivent la Libération) peuvent être documentés mais pour connaître cette période, il faut l’avoir vécue.

La qualité d’écriture de Duras était déjà bien présente dans les années 1940, et sa sensibilité s’est accrue au moment où elle luttait contre l’arrestation et la disparition de son mari, Robert Antelme. Le film d’Emmanuel Finkiel, qui aborde le sujet de manière esthétique et onirique, se termine avec des visions du retour de Robert.

On ne sait pas si Marguerite (à noter, la performance exceptionnelle de Mélanie Thierry) est en train de rêver ou si le traumatisme l’a amenée à se dépersonnaliser. Mais nous revenons un an en arrière, et cette jeune femme entêtée lutte contre la bureaucratie tout en essayant, dans un premier temps, d’envoyer à son mari un colis contenant des vêtements.

Ce qui est frappant, mais extrêmement important, est de voir comment certains membres de la société française s’adaptent facilement au nouveau régime. Les choses deviennent plus faciles, les gens respirent, une fois que les Allemands ont gagné. Une foule crie « traître ! » à quelqu’un dans la rue, et il est difficile de savoir si le jeune homme ensanglanté est un collaborateur ou un membre de la Résistance.

Duras et son cercle d’intellectuels (dont Benjamin Biolay dans le rôle de Dionys Mascolo) se réunissent dans des appartements pour fumer des cigarettes et parler des « prochaines étapes » tout en échangeant des nouvelles de collègues qui ont été arrêtés comme prisonniers politiques.

Pendant la première heure de « Mémoire de guerre », Duras discute avec un bureaucrate joué par Benoît Magimel. Il aspire à ouvrir une librairie après la guerre, et prétend être un admirateur de Duras. Il lui dit qu’il essayera d’assurer la sécurité de Robert.

Information impossible à vérifier, et comme ils se rencontrent subrepticement dans les cafés, Duras se demande s’il ne cherche pas en fait à la séduire. Le film au début fleurte avec le long-métrage « Proposition indécente », mais au milieu, il change de ton et passe du film d’espionnage au plongeon psychologique dans le désespoir.

La guerre se termine. De Gaulle est un héros. Les prisonniers de guerre reviennent. Mais pas Robert. Et Marguerite est furieuse. Comment les gens autour d’elle peuvent-ils faire la fête au milieu de toute cette tragédie ?

« Personne ne parle des juifs à Paris », peste Duras en regardant un tramway transportant des déportés émaciés, à rayures, dans les rues de Paris.

Dans la scène la plus étrange (une scène si étrange qu’elle ressemble à la réalité), Marguerite et Dionys interrogent des survivants juifs de Buchenwald squelettiques (où Robert a été vu pour la dernière fois) logés, à deux dans un lit d’un hôtel de luxe.

Marguerite hante la Gare de Lyon pendant que les trains ramènent des hommes. Les murs sont couverts de photos des disparus. Elle et une voisine, Mme Katz, dont la fille n’est pas revenue, essayent de ne pas perdre espoir. « Peut-être que ce n’est pas vrai », disent-elles en entendant parler d’exécutions de dernière minute dans les camps avant l’arrivée des Alliés.

Ce n’est pas un film facile à voir. Mais l’esthétique de Finkiel n’est pas brute et misérable. « Mémoire de guerre » prouve que tous les sentiments, même l’anxiété et le chagrin, peuvent être filmés avec une certaine beauté. Il y a beaucoup de longs plans simples où la caméra suit Marguerite dans son quotidien angoissé. Il n’y a pas de technique révolutionnaire pour amener le public à s’identifier à un sujet, mais le film est efficace.

Emmanuel Finkiel réalisateur de La Douleur. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Il y a un détail intéressant dans ce film. J’avoue ne pas être un érudit de Marguerite Duras. Je sais que j’avais un de ses livres à lire à l’université (je l’ai toujours sur mon étagère), mais je ne peux pas dire que je m’en souviens. J’adore le film d’Alain Resnais « Hiroshima, Mon Amour », dont elle a écrit le scénario, et je me souviens de l’adaptation de son livre « The Lover » au début des années 1990. Mais après avoir regardé « Mémoire de guerre », j’ai fait ce que je fais souvent quand je termine quelque chose : je consulte Wikipedia.

Ce film se déroule de 1944 (on ne sait pas exactement quand) à 1946.

Comme dit plus haut, nous voyons Duras rencontrer ses amis de la Résistance. Ce que nous ne voyons pas (ou n’entendons pas), c’est que de 1942 à 1944, Duras a travaillé pour le gouvernement de Vichy dans un bureau qui accordait du papier aux éditeurs, fonctionnant comme un bureau de censure de facto en refusant de distribuer le papier à volonté.

Compte-tenu du fait que ce film est motivé par le ressentiment et la colère envers les Français complaisants ou collaborationnistes, cette circonstance aurait été l’occasion d’entrer en profondeur dans cette thématique.

Je suppose que cette histoire est fidèle aux mémoires de l’auteur, mais on ne peut pas toujours faire confiance au narrateur.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...