Métula-Eilat : Vous pouvez rejoindre la course des blessés de guerre de Tsahal
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En mémoire de l'attaque du Safari

Métula-Eilat : Vous pouvez rejoindre la course des blessés de guerre de Tsahal

En mémoire des 12 victimes de l'attaque d'un convoi militaire israélien lors de la première guerre du Liban, des survivants, handicapés, traversent Israël à vélo en 12 jours

Journaliste Société-Reportage

Yehuda Cohen, rescapés de l'attaque dite du "désastre du Safari" est à l'initiative du projet de cette traversée d'Israël en mémoire des 12 tués (Crédit: autorisation)
Yehuda Cohen, rescapés de l'attaque dite du "désastre du Safari" est à l'initiative du projet de cette traversée d'Israël en mémoire des 12 tués (Crédit: autorisation)

Elle est dans le digital jusqu’au coude. A 28 ans, Mégane est déjà directrice d’une école pour apprendre le code informatique à Tel Aviv. Lui, est une gueule cassée de la première guerre du Liban. Yehuda Cohen a perdu 12 camarades lors d’une attaque-suicide en mars 1985 aux alentours de Ayun. Lui s’en est sorti, après trois mois de coma, avec les jambes brûlées, quelques doigts en moins, et un corps qui n’a plus jamais été le même. Yehuda a dû subir des greffes de peau et plusieurs chirurgies esthétiques.

Depuis il pédale. Pour se reconstruire physiquement et mentalement.

Et parce que la peine est moins lourde à porter en groupe, il pédale trois fois par semaine avec son groupe des Nahey Tsahal. Les handicapés de Tsahal écument dès l’aube le bitume de Tel Aviv, en arpentant le port de Jaffa jusqu’au parc Yarkon et en parcourant les petites bourgades entourant la Ville Blanche. Le groupe accueille les volontaires avec bonne humeur.

« Ils ont un sens de l’humour exceptionnel, explique Mégane qui entretient des rapports quasi-familiaux avec Yehuda. Si vous n’avez pas le moral, je vous conseille d’aller faire du vélo avec eux, ils ont le pouvoir de vous faire relativiser vos problèmes d’une manière extraordinaire. L’un d’eux, Rani, à qui il manque un œil et une jambe se fait surnommer reva-Rani, « quart de Rani » ! ».

« La nécessité de réhabiliter mon corps, et mon esprit m’a fait découvrir ce désir de monter à vélo, explique Yehuda.

Yehuda Cohen (Crédit: autorisation)

Plus de 30 ans après cette attaque, alors que les cérémonies s’essoufflent, il a voulu redonner vie à la mémoire de ses camarades, pour que leur famille sache qu’ils n’avaient pas sombré dans l’oubli.

Ainsi, dés le dimanche 4 février, et en l’honneur des soldats tombés lors de ce mois de mars 1985, à l’initiative de Yehuda, son groupe pédalera durant 12 jours des confins du nord d’Israël au désert du sud – et vous êtes invités à les rejoindre sur une étape ou plus.

Deux groupes seront constitués : les rapides et le « groupe de base » qui aura pour vitesse de croisière un plus tranquille 15 km/h.

« La caravane part de Metula à l’extrême nord d’Israël, explique Megane, et va rouler jusqu’à Eilat ».

Tatillonne, la directrice d’école a mitonné un site internet fourmillant de détails sur le périple : coût journalier en essence, en nourriture, frais de logement, et, car nous sommes en Israël, dédommagement des deux voitures de policiers qui encadreront la caravane. Les volontaires peuvent s’inscrire pour une étape ou plus.

De façon plus solennelle, elle s’est également penchée sur la vie des soldats morts ce jour-là et a rassemblé des éléments biographiques. « Chaque jour sera dédié à un soldat mort ce jour-là, » explique-t-elle.

Ce jour-là, c’était le dimanche après-midi du 10 mars 1985, un convoi militaire israélien crapahute sur la route menant de Metula, dans « le doigt de la Galilée », à la ville libanaise de Marjayoun. Il est composé de quatre véhicules de transport dit Safari – un camion sur lequel les soldats sont assis dos-à-dos.

Israël occupe alors une large bande de terre au sud du Liban depuis juin 1982, date du début de l’opération Paix en Galilée menée contre l’Organisation de Libération de Palestine (OLP). Allié aux Forces Libanaises, à l’Armée du Liban sud, et à l’Armée du Liban Libre, l’Etat hébreu fait face à d’autres factions libanaises, palestiniennes, syriennes, iraniennes qui s’affrontent parfois entre elles. Entre eux la Finul, la force d’interposition mise en place par l’ONU, fait ce qu’elle peut. Son rôle de gendarme international est mis à mal par la complexité du conflit.

Ce dimanche, une douzaine de soldats israéliens reviennent sur le théâtre des opérations après une courte permission obtenue pour passer Shabbat en famille en Israël.

Une auto-mitrailleuse ouvre la marche, une autre assure les arrières de la caravane. « Alors que le convoi franchit un pont étroit vers Ayun, les passagers de la jeep de tête remarquent une grande camionnette » décrit Mégane qui a recueilli les témoignages des soldats survivants.

« C’était un véhicule rouge », se souvient l’un des soldats de la jeep de tête, décrivant les derniers instants avant l’explosion meurtrière, et encore secoué par le souvenir de la catastrophe.

« C’était une Chevrolet, avec beaucoup de peinture, c’était un taxi peint en rouge. Autant que je me souvienne, il n’y avait qu’un seul conducteur, un jeune homme qui nous souriait, amical. »

Un visage tellement sympathique qu’il était difficile de le soupçonner d’être sur le point de commettre un attentat-suicide. Sur ordre des soldats, le conducteur arrête sa voiture près du pont de Nahal Ayun, laissant passer la première jeep et le premier camion du convoi.

A 13h50 une énorme explosion retentit et secoue les maisons de Metula dont les vitres volent en éclats.

Le pick-up rouge éclate en une énorme boule de feu. Le souffle arrache le lourd camion de safari de sa place et projette les soldats à 300 mètres.

Au total, ce sont 14 soldats qui ont été blessés et 12 qui ont été tués. Parmi eux, Avraham Ben Gal (Buzaglo).

Avraham Ben Gal (Crédit: autorisation)

Dimanche 4 février 2017, après une première étape de 44 kilomètres qui aura débuté au Mémorial des victimes du « désastre du Safari » à Métula, une cérémonie se tiendra le soir en mémoire de Avraham Ben Gal, tué à l’âge de 27 ans.

Ainsi chaque jour sera dédié à une des victimes de cette attaque.

Sur le site consacré à cette course, Mégane a dressé la liste de tous les équipements nécessaires, voitures d’escorte avec galerie sur le toit, ustensiles de cuisine, trousses de premier secours…

Il est possible de faire un don « pour que les blessés de guerre n’aient rien à dépenser, et que ceux qui veulent venir pédaler avec nous et qui n’en ont pas les moyens le puissent ».

Elle a déjà obtenu quelques sponsoring, des tee-shirt de cyclisme, des trousses médicales, pour cette course placée sous le signe de l’effort et de la vie en groupe.

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