Rechercher
Opinion

Nations unies : Netanyahu, le squelette dans le placard de Bennett

Le premier discours du Premier ministre aux Nations unies a été marqué par deux omissions flagrantes - mais très réfléchies et pas forcément avisées

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett s'exprime lors de la 76è Assemblée générale des Nations unies à New York, le 27 septembre 2021. (Crédit : John Minchillo / POOL / AFP)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett s'exprime lors de la 76è Assemblée générale des Nations unies à New York, le 27 septembre 2021. (Crédit : John Minchillo / POOL / AFP)

Il y a eu deux omissions criantes dans le tout premier discours prononcé par le Premier ministre Naftali Bennett devant l’Assemblée générale des Nations unies, lundi. Dans cette allocution de plus de 2 000 mots, il a fait le choix de ne mentionner ni son prédécesseur, Benjamin Netanyahu, ni le conflit au cœur des préoccupations de la vénérable institution internationale dès lors que sont abordés les sujets d’Israël et de sa
destinée : Le conflit avec les Palestiniens.

L’ombre de Netanyahu, qui se considérait lui-même comme un maître de la tribune de l’Assemblée générale, a pourtant plané en permanence sur la prise de parole de Bennett – un non-dit qui a néanmoins imprégné la grande salle, qui était (très) largement vide. Il est vrai qu’une grande partie de la première moitié du discours du Premier ministre a été consacrée, en effet, à critiquer l’homme devenu dorénavant Celui-dont-on-ne-peut-pas-prononcer-le-nom.

Bennett a voulu démontrer combien la nouvelle coalition formée à partir de multiples formations politiques avait sauvé Israël de la véritable catastrophe vers laquelle le pays se dirigeait sous l’autorité de son prédécesseur, par le biais d’une prise en charge inspirée de la pandémie de COVID-19 et d’un processus de guérison nationale face à un second mal, celui du « clivage politique ».

Orientant cette partie de son allocution en direction du public israélien plutôt qu’en direction des leaders du monde, le Premier ministre a indiqué que son gouvernement avait hérité d’un Israël qui se dirigeait alors tout droit vers l’abysse et que la coalition, héroïque, était parvenue à l’éloigner du gouffre.

« il y a des moments où les dirigeants doivent prendre le volant un instant, avant la chute, affronter les vents contraires et conduire le pays vers la sécurité. Et c’est très exactement ce que nous avons fait », a-t-il dit. « Il y a environ cent jours, mes partenaires et moi avons formé un nouveau gouvernement en Israël. Ce qui a commencé comme un accident politique peut maintenant devenir un objectif. Et cet objectif est l’unité. Et même si nous avons tous des opinions très, très différentes, nous nous rassemblons pour le bien de notre nation ».

En raison du même calendrier malheureux qui avait touché sa rencontre, à la veille de Shabbat, avec le président Joe Biden il y a un mois, il est néanmoins improbable que de nombreux Israéliens aient prêté une oreille attentive à ce message de politique nationale – ce règlement de comptes compréhensible mais quelque peu inapproprié contre le chef de l’opposition qui ne cesse de comploter pour renverser son gouvernement. A ce moment-là, la majorité des Israéliens étaient très certainement en train de préparer les festivités marquant la fin de Souccot, qui devait commencer deux petites heures après l’arrivée du Premier ministre à la tribune des Nations unies.

Évoquant les questions internationales pendant la deuxième moitié de son discours, Bennett a souligné « le bond en avant » réalisé par l’Iran vers l’arme nucléaire, la nouvelle « start-up » malveillante, a-t-il déclaré, de Téhéran, consistant en « des essaims de drones tueurs équipés d’armes létales qui peuvent attaquer n’importe où et n’importe quand », ainsi que l’impératif de déjouer les ambitions des ayatollahs. Et Israël, a-t-il promis, s’assurera que les velléités du régime seront bien entravées.

« Le programme nucléaire iranien a atteint un tournant, tout comme notre tolérance à son égard », a-t-il affirmé, reprenant la rhétorique utilisée par Netanyahu au fil de nombreuses années de présence à la tribune – sans toutefois avoir recours aux mêmes renforts visuels de son prédécesseur. « Les mots n’empêchent pas les centrifugeuses de tourner. Il y a ceux dans le monde qui semblent considérer la course de l’Iran vers l’arme nucléaire comme une réalité inévitable, ou qui en ont juste marre d’en entendre parler. »

« Israël n’a pas ce privilège. Nous ne nous lasserons pas. Nous ne laisserons pas l’Iran acquérir l’arme nucléaire », a prévenu Bennett.

Bennett a aussi salué le principal allié de l’État juif, les États-Unis, qui ont voté, la semaine dernière – malgré un contretemps des « progressistes » – l’allocation d’une enveloppe d’un million de dollars en faveur du système de défense antimissile du Dôme de fer. Et il s’est réjoui des Accords d’Abraham, qui a permis à Israël de normaliser, l’année dernière, ses relations avec les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Maroc, jurant que « ce n’est pas terminé ».

Il a toutefois étonnamment choisi de ne pas parler du conflit avec les Palestiniens – une seconde omission à laquelle il a dû, sans aucun doute, réfléchir de manière considérable, et un choix qui sera à l’évidence remarqué à l’international. Bennett n’a tout simplement pas évoqué le sujet même si le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a utilisé par visioconférence, la semaine dernière, la même tribune pour lancer un ultimatum à l’État juif, exigeant que ce dernier se retire aux frontières pré-1967 d’ici un an.

Si son idéologie politique personnelle régnait dans son gouvernement, Bennett chercherait à annexer de vastes pans de la Cisjordanie. S’il s’agissait des idéologies de ses partenaires, la coalition soutiendrait un État palestinien. Mais dans la mesure où cette alliance improbable de huit partis constituée de formations de gauche, de droite, du centre et d’une formation arabe ne peut gouverner que sur la base du consensus, des positionnements clairs sur la question palestinienne, qui soient acceptables par tous les partenaires de coalition, auraient été difficiles à formuler.

Mais cela ne nécessitait pas pour autant d’ignorer purement et simplement cette problématique sensible et de laisser un vide que seront heureux d’occuper les (nombreux) critiques d’Israël. Pour commencer, Bennett aurait pu invoquer la Déclaration d’indépendance au fondement de l’État d’Israël, avec son engagement à tendre la main de la paix à ses voisins.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’exprime devant la 75è Assemblée générale des Nations unies via un message vidéo, le 29 septembre 2020 (Capture d’écran : UNTV)

Dans son discours prononcé devant l’Assemblée générale de l’ONU, l’année dernière, Netanyahu s’était référé aux Palestiniens dans le contexte des nouveaux Accords d’Abraham. « Le cercle de la paix qui ne cesse de s’élargir ne va pas rendre moins probable un accord entre Israël et les Palestiniens », avait affirmé Netanyahu. « Il va au contraire rendre plus probable la paix entre Israéliens et Palestiniens. Les responsables palestiniens vont comprendre de manière croissante qu’ils n’ont pas de droit de veto face à la paix et au progrès dans notre région et, on peut le souhaiter, ces responsables vont finalement décider de faire la paix avec Israël ».

Son prédécesseur aura constamment trouvé les mots pour exprimer un désir de paix, même lorsqu’il fustigeait les responsables palestiniens pour leur rejet et même lorsque lui-même évitait de soutenir la solution à deux États – et ce, même si ses propos étaient souvent accueillis avec scepticisme.

Mais Bennett, comme l’a démontré très clairement cette toute première allocution à l’ONU, n’a aucune intention de s’inspirer de Netanyahu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...