Netanyahu affirme son « soutien total » aux frappes contre la Syrie
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Une "punition" qui n'arrête pas le régime et ses alliés

Netanyahu affirme son « soutien total » aux frappes contre la Syrie

Une extrême tension règne entre Israël et l'Iran sur le front syrien ; Trois ennemis d'Israël opèrent sur le théâtre syrien : le régime lui-même, l'Iran et le Hezbollah libanais

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet dans la ville méridionale de Dimona, le 20 mars 2018. (Menahem Kahana/AFP)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu préside la réunion hebdomadaire du cabinet dans la ville méridionale de Dimona, le 20 mars 2018. (Menahem Kahana/AFP)

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a exprimé samedi soir son « soutien total » aux frappes américaines, françaises et britanniques contre plusieurs sites en Syrie liés au programme d’armement chimique du régime de Bachar al-Assad.

« Il y a un an j’ai affirmé qu’Israël apportait un soutien total à la décision du président Donald Trump de se mobiliser contre l’usage et la dissémination d’armes chimiques », a affirmé M. Netanyahu dans un communiqué, assurant que le soutien de son pays resté « inchangé ».

« Ce matin les Etats-Unis, la France et le Royaume Uni ont montré que leur engagement ne se borne pas à des proclamations de principes », a-t-il ajouté.

« Il faut qu’il soit clair pour le président (syrien) Assad que ses efforts incessants pour acquérir et utiliser des armes de destruction massive, son mépris inacceptable du droit international et l’accord qu’il accorde à l’Iran et ses alliés pour s’implanter militairement en Syrie met en danger la Syrie », a également souligné M. Netanyahu.

« L’an dernier, le président américain Donald Trump a fait savoir que l’utilisation d’armes chimiques reviendrait à violer une ligne rouge ». Les frappes en sont la « conséquence ». « La Syrie continue ses actions meurtrières », a déclaré un responsable israélien.

Selon la radio publique israélienne, l’Etat hébreu a été informé à l’avance des frappes menées par les Etats-Unis, la France et la Grande-Bretagne.

Israël a condamné lundi dernier l’attaque chimique présumée en Syrie accusant le régime syrien d’avoir commis « un crime contre l’humanité » et de se doter de nouvelles capacités de production de ce type d’arme.

Le président américain Donald Trump durant une réunion du cabinet à la Maison Blanche à Washington, le 9 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / NICHOLAS KAMM)

« Un coup a été porté contre la capitale d’un Etat souverain qui a tenté pendant de nombreuses années de survivre au milieu d’une agression terroriste », a écrit sur Facebook la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova. « Nous avions averti que de telles actions appelleraient des conséquences », a déclaré l’ambassadeur de Russie à Washington, Anatoli Antonov.

« L’attaque menée ce matin contre la Syrie est un crime. Je déclare franchement que le président américain, le président français et la Première ministre britannique sont des criminels (…), ils n’obtiendront rien et ne tireront aucun bénéfice », a affirmé le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei. « Les Etats-Unis et leurs alliés (…) sont responsables des conséquences régionales de cette action aventuriste », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Les frappes sont une réponse « appropriée » à l’attaque chimique présumée de Douma, « quels que soient les auteurs (de ces attaques à l’arme chimique), ils doivent en payer le prix », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan.

L’Égypte dit sa « profonde inquiétude face à l’escalade militaire en cours sur la scène syrienne », qui « menace les accords obtenus » et exhorte la communauté internationale et les grandes puissances à trouver une « solution pacifique à la crise syrienne » et à « assurer l’accès à l’aide humanitaire pour ceux qui sont piégés et affectés par le conflit armé »

Le Qatar a « exprimé son soutien » aux opérations militaires des Occidentaux. « L’utilisation continue par le régime syrien contre les civils d’armes chimiques et qui frappent sans discrimination requiert une action immédiate de la communauté internationale ». Ryad « apporte son plein soutien aux frappes (…) car elles constituent une riposte aux crimes du régime » syrien.

« Je soutiens les actions prises par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France contre les installations et capacités d’armes chimiques du régime syrien », a affirmé le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg. « Elles vont réduire la capacité du régime à mener d’autres attaques contre le peuple de Syrie avec des armes chimiques »

« J’appelle les Etats membres à faire preuve de retenue dans ces dangereuses circonstances et à éviter toute action qui pourrait conduire à une escalade et à aggraver la souffrance du peuple syrien », a déclaré le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres.

Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies, pendant une conférence de presse dans une école de l’ONU à Beit Lahia, dans le nord de la bande de Gaza, le 30 août 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

La riposte se voulait spectaculaire. Une semaine jour pour jour après une attaque chimique présumée dans la ville rebelle de Douma, les trois puissances occidentales ont mobilisé navires de guerre et avions de chasse pour cibler des sites militaires et des centres de recherche du régime syrien.

Aussi impressionnantes soient-elles, elles ne risquent toutefois pas de bouleverser l’équilibre des forces qui s’affrontent en Syrie, ravagée depuis 2011 par une guerre complexe qui a fait plus de 350.000 morts.

« C’est une punition, une mesure disciplinaire. Les frappes viennent transmettre un message politique plus que militaire », affirme à l’AFP l’expert sur la Syrie Sacha al-Alou.

Paris assure que les Russes, alliés du régime, avaient été « prévenus en amont ». Et selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), les sites visés étaient « complètement vides: les forces présentes avaient été évacuées ».

« L’objectif était essentiellement politique. Il s’agissait de rétablir la dissuasion pour montrer au régime syrien qu’on ne laisserait plus faire », reconnaît Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique.

En avril 2017 déjà, le président américain Donald Trump avait ordonné le lancement de 59 missiles de croisière sur une base du régime syrien, après une attaque au gaz sarin qui avait tué plus de 80 civils.

« Les rapports de forces demeurent inchangés », estime de son côté Karim Bitar, de l’Institut des relations internationales et stratégiques basé à Paris.

« Toutes les installations russes ont été soigneusement évitées. Il y avait une volonté occidentale d’éviter l’escalade et le conflit généralisé », souligne-t-il.

Aujourd’hui encore, l’initiative occidentale ne risque pas d’entraver sur le terrain la progression d’un régime qui a reconquis plus de la moitié du pays, fort du soutien militaire de la Russie et de l’Iran.

Et si le recours présumé à l’arme chimique provoque régulièrement un tollé international, ce n’est pas cet arsenal qui a permis au pouvoir de Damas de multiplier les victoires.

« Où est le bénéfice d’une telle action des Occidentaux si cela ne mène pas à l’arrêt immédiat de toutes les violences et crimes perpétrés envers les populations syriennes? », s’insurge le médecin français Raphaël Pitti, un responsable de l’ONG française l’Union des organisations de secours et soins médicaux (UOSSM).

Dernière victoire fracassante du régime: la reconquête totale de la Ghouta orientale, bastion rebelle aux portes de Damas, au terme d’une campagne d’une rare violence qui a tué plus de 1 700 civils selon l’OSDH. C’est dans cette région que se trouve Douma, théâtre de l’attaque chimique présumée qui aurait tué selon des secouristes des dizaines de personnes.

Des enfants syriens dans un sous-sol servant d’abri contre les frappes aériennes, le 25 mars 2018 à Douma, dans la Ghouta orientale, à la périphérie de Damas (PHOTO AFP / HAMZA AL-AJWEH)

Adoptant une même rhétorique, Damas, Moscou et Téhéran ont démenti le drame, accusant les rebelles de « fabrications » et les Occidentaux de chercher des « prétextes » pour frapper en Syrie.

« C’est une tape sur les doigts », lance Nicholas Heras, du Center for a New American Security, en référence aux raids de samedi. « Aussi horrible qu’ait été l’utilisation d’armes chimiques par Bachar al-Assad, ce ne sont pas elles qui donnent au régime ses atouts décisifs sur le champ de bataille », insiste-t-il.

Il cite pêle-mêle l’aviation du régime et de Moscou, les milices chiites pro-iraniennes, le recours à la tactique du siège asphyxiant contre les territoires rebelles. « Aucun de ces atouts n’a été éliminé par les frappes » de samedi, ajoute-t-il.

Représailles indirectes ?

Malgré le faible risque d’escalade, les experts n’excluent pas de possibles accrochages entre les différents belligérants sur le terrain, soutenus par des puissances aux intérêts divergents.

Pour M. al-Alou, chercheur au centre de réflexion Omran basé en Turquie, Moscou pourrait ainsi « engager l’escalade contre les maillons faibles » de la rébellion.

« On ne peut pas rendre la gifle directement, mais on vous la rendra en visant vos alliés », met en garde l’expert.

Un avis partagé par M. Heras qui n’exclut pas de voir le régime s’en prendre aux partenaires des Américains en Syrie: les combattants kurdes, autrefois fer de lance de la lutte antijihadiste, déjà en bien mauvaise posture alors qu’ils sont la cible d’une offensive turque.

« Rien ne saperait les Etats-Unis plus que d’éroder leur partenaire-clé, la force syrienne dont l’armée américaine dépend pour n’avoir qu’une présence limitée en Syrie. »

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