Israël en guerre - Jour 260

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Opinion

Netanyahu cherche à échapper à ses responsabilités pour le 7 octobre. Il n’y parviendra pas

Lors de sa conférence de presse, le Premier ministre s'est livré à un exercice qui le caractérise : la dérobade. Mais il lui sera impossible de réécrire l'Histoire de ses manquements

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprimant aux côtés du ministre de la Défense Yoav Galant, au centre, et du chef du parti HaMahane HaMamlahti Benny Gantz, à droite, pendant une conférence de presse conjointe au ministère de la Défense, à Tel Aviv, le 28 octobre 2023. (Crédit : Dana Kopel/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu s'exprimant aux côtés du ministre de la Défense Yoav Galant, au centre, et du chef du parti HaMahane HaMamlahti Benny Gantz, à droite, pendant une conférence de presse conjointe au ministère de la Défense, à Tel Aviv, le 28 octobre 2023. (Crédit : Dana Kopel/POOL)

Contrairement à ce qu’ont dit samedi nos dirigeants en cette période de guerre – le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Yoav Gallant et le ministre Benny Gantz – Israël n’est pas en train de vivre une seconde guerre existentielle de l’Indépendance.

Mais ces journées sont insupportablement difficiles, éprouvantes, sombres. Le sentiment de dépression devient plus profond, plus lourd à chaque heure, chaque jour qui passe. Il est présent dans tous les foyers israéliens.

A intervalles réguliers, les médias tentent bien de partager une histoire réconfortante – un mariage conclu pendant le devoir de réserve ou un groupe de bénévoles venant en aide à ses compatriotes dans le besoin. Mais il est impossible d’échapper à la pression émotionnelle exercée par la simple pensée de ces 230 otages – des parents, des enfants, des personnes âgées, des nourrissons, des soldats – retenus à Gaza.

C’est dans ce contexte qu’a eu lieu la conférence de presse la plus lugubre de toute l’Histoire d’Israël.

Netanyahu, ce leader vieillissant qui voit encore en lui-même un roi tout-puissant, a été dans l’incapacité de se présenter devant les Israéliens au cours des 21 longues journées qui se sont écoulées depuis le début de la guerre. Quand il s’est finalement résolu à le faire à l’occasion d’une conférence de presse – sans aucun désir d’apporter des réponses sincères aux questionnements des journalistes – il n’a pas manqué d’amener avec lui deux gilets pare-balle sous la forme des autres membres du cabinet de guerre, Yoav Gallant et Benny Gantz.

L’idée même d’un Netanyahu faisant face aux questions des journalistes était, de toute façon, vouée à l’échec. Si cet événement devait entrer dans les annales d’Israël pour l’éternité, ce serait plutôt en raison de la tentative de Netanyahu, toujours soucieux de son image, d’obtenir leur protection et leur complicité.

Mais les journalistes ont posé toutes leurs questions à Netanyahu, à l’exception d’une seule. Le message était : « Vous avez eu peur de nous parler de vos manquements et nous nous focaliserons sur vous en conséquence ».

Gallant avait organisé une conférence de presse à la Kirya, le siège de l’armée israélienne à Tel Aviv, deux jours auparavant. Cela avait aussi été le cas de Gantz qui avait répondu aux questions des journalistes, le même jour, dans un hôtel de Tel Aviv. Ces deux experts de la Défense n’ont jamais évité les interviews et les conférences de presse au cours des dernières années.

Seul Netanyahu craint les médias. Sa dernière interview devant les caméras de la chaîne Kan remonte au 14 septembre 2019 et ses derniers entretiens accordés à la Douzième et à la Treizième chaîne datent du mois de mars 2021. Il n’a pas voulu prendre part à des conférences de presse depuis des années.

Son intervention, dans la soirée de samedi, a relevé du miracle moderne pour certains. Mais elle a été horripilante. Si l’objectif était de prendre les questions des journalistes qui représentent le public alors pourquoi Netanyahu, Gallant et Gantz ont-ils utilisé la plus grande partie du temps qui leur était alloué pour laisser libre cours à des discours pontifiants ?

J’ai vu des dirigeants commencer une conférence de presse en disant « Bonjour » et en invitant dans la foulée les journalistes présents à leur poser des questions. Mais Netanyahu – et ses deux comparses – voulaient que leurs déclarations prennent le devant de la scène, rejetant le discours vrai au second plan.

Est-ce qu’ils n’ont réellement pas réalisé que les Israéliens ont entendu suffisamment de paroles en l’air et de clichés au fil des années ? Est-ce qu’ils n’ont pas compris qu’ils pouvaient nous épargner leurs efforts laborieux visiblement livrés pour cultiver notre esprit de combativité et se contenter de répondre avec honnêteté au plus grand nombre de questions possibles ?

Comme toujours, Netanyahu n’a pas répondu à ce qui lui était demandé. Il est arrivé à la conférence de presse avec une page de messages à transmettre préalablement préparés, baissant les yeux vers le document pour s’assurer de bien s’en tenir à ses formules toutes faites. Zéro courage public.

Il n’a pas répondu aux questions portant sur la nature de la commission d’enquête qui serait établie pour examiner la débâcle du 7 octobre, avec l’infiltration massive de terroristes du Hamas sur le sol israélien et le carnage qui a suivi, pas plus qu’il n’a reconnu sa responsabilité personnelle. Alors qu’il lui était demandé si l’obsession nourrie par le gouvernement à l’égard du plan de refonte du système judiciaire israélien avait enhardi nos ennemis, il a donné la non-réponse qu’il avait déjà préparée : « La réforme n’est plus à l’ordre du jour aujourd’hui. Nous avons supprimé tous les désaccords entre nous. Nous nous tenons ici, tous ensemble. Nous restons presque 24 heures sur 24 ensemble ».

Regrettait-il l’accord conclu en 2011 qui avait permis la remise en liberté d’un soldat qui avait été enlevé, Gilad Shalit, échangé contre plus de mille détenus sécuritaires palestiniens qui avaient été libérés des prisons israéliennes ? « Il y avait des choses difficiles dans cet accord, il y avait d’autres considérations à prendre en compte », a-t-il rétorqué benoîtement. « Nous en discuterons quand le moment sera venu ».

Cela a été sa thématique favorite : « Le moment viendra » ; « Nous discuterons des choses à l’avenir ». Mais tout le monde sait ce qu’il prévoit dans le futur. Dans le futur, il comptera sur les capacités d’attention limitées du public, sur d’autres préoccupations et sur son aptitude à réécrire les narratifs et à dénaturer l’Histoire – très précisément comme il l’avait fait, l’année passée, pour pouvoir affirmer qu’il s’était opposé au désengagement à Gaza, en 2005.

Quand le moment viendra d’évoquer sa responsabilité personnelle dans le massacre du 7 octobre et dans tout ce qui a précédé ce carnage, il inventera, il remaniera, il esquivera. L’une de ses croyances fondatrices est « L’Histoire est écrite par les vainqueurs ».

Dans la guerre du 7 octobre, l’État d’Israël n’a pas été éradiqué et la Seconde guerre d’Indépendance n’a pas été déclarée. Pourtant, l’État juif a été vaincu ce jour-là. La bataille a été dure et cruelle. Le nombre de victimes dépasse l’entendement. Les communautés israéliennes ont été occupées par l’ennemi pendant de longues heures. En cette journée de bataille terrible, nous avons perdu.

Par conséquent, en ce qui concerne l’Histoire du 7 octobre, le nom de Netanyahu ne figurera pas sur la page écrite par les vainqueurs. Et cette-fois ci, il ne pourra pas fuir, fausser, remanier et réécrire le narratif.

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