Netanyahu cherche à séduire et à diviser les électeurs arabes israéliens
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Netanyahu cherche à séduire et à diviser les électeurs arabes israéliens

Selon Amal Jamal, professeur de sciences politiques à l'université de Tel-Aviv, M. Netanyahu veut "engranger des votes arabes mais souhaite surtout affaiblir la Liste arabe unie"

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration aux médias à Jérusalem, le 22 décembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu fait une déclaration aux médias à Jérusalem, le 22 décembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

« Une nouvelle ère commence aujourd’hui ». A l’approche des législatives de mars, Benjamin Netanyahu courtise pour la première fois les Arabes israéliens, une population que le Premier ministre israélien a longtemps vilipendée mais qui pourrait cette fois-ci changer la donne en sa faveur.

Lors d’une rare visite la semaine dernière à Nazareth, plus grande ville arabe d’Israël, M. Netanyahu a présenté ses excuses pour ses déclarations visant cette communauté, qui représente environ 20 % de la population.

Il n’a pas hésité ces dernières années à appeler ces descendants des Palestiniens, restés sur leurs terres après la création d’Israël en 1948, de « soutiens du terrorisme », ou autres qualificatifs considérés comme racistes par les concernés.

Ce chapitre-là est clos, a assuré le Premier ministre, en campagne électorale pour les législatives du 23 mars – les quatrièmes en moins de deux ans – promettant « une nouvelle ère de prospérité, d’intégration et de sécurité ».

Le Premier ministre, qui s’est aussi déplacé dans d’autres localités arabes, a promis de lutter contre la criminalité dans les secteurs arabes et d’y augmenter les budgets municipaux.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu rencontre le maire de la ville israélienne de Nazareth Ali Salam, dans le bureau du Premier ministre à Jérusalem le 13 janvier 2016 (Crédit : Haim Zach / GPO)

Le maire de Nazareth Ali Salam lui a apporté son soutien mais des dizaines de manifestants s’étaient rassemblés pour signaler à M. Netanyahu qu’il n’était pas « le bienvenu » chez eux.

Les Arabes israéliens se disent victimes de discrimination, notamment depuis que le Parlement a adopté en 2018 une loi définissant Israël comme « l’Etat-nation du peuple juif » et conférant aux Juifs le droit « unique » à l’autodétermination.

« Un Netanyahu différent »

Lors des élections en 2015, M. Netanyahu avait joué sur les peurs à droite en brandissant, le jour même du scrutin, le spectre d’électeurs arabes se rendant aux urnes « en masse ».

Il s’était attiré les critiques, jusqu’au président américain de l’époque Barack Obama, et avait présenté des excuses, après les élections.

Une arabe israélienne met son bulletin dans l’urne pour les élections à la Knesset dans un bureau de vote de la ville de Tayibe, dans le nord d’Israël, le 9 avril 2019 (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« Il ne fait aucun doute que nous avons vu un Netanyahu différent ces dernières semaines », écrit le quotidien israélien Yediot Aharonot.

Ce changement de stratégie s’explique par sa prise de conscience que plus il incite à la haine envers les Arabes, plus leur taux de participation aux élections est élevé, estime le journal.

Aux dernières législatives (mars 2020), la Liste arabe unie, dont le slogan était « renverser Netanyahu », a récolté 87,2 % des voix des Arabes israéliens, soit 15 sièges sur 120 en tout à la Knesset.

Ces derniers ont ensuite apporté leur soutien au rival de M. Netanyahu, le centriste Benny Gantz, avec lequel le Premier ministre a toutefois mis sur pied un gouvernement d’union au printemps pour mettre fin à la paralysie politique, jusqu’à la dissolution du Parlement début décembre.

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Selon un sondage publié vendredi par le journal Maariv, le camp de droite mené par M. Netanyahu pourrait obtenir 60 sièges en mars. Selon une source du Likud citée par le quotidien, il pourrait obtenir deux sièges supplémentaires grâce aux votes arabes engrangés à la suite de son opération séduction.

Or, d’après le système électoral israélien, il faut 61 sièges pour pouvoir former un gouvernement.

Détecteur de mensonges

Selon Amal Jamal, professeur de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv, M. Netanyahu veut « engranger des votes arabes mais souhaite surtout affaiblir la Liste arabe unie. »

Le député de la Liste arabe unie, Mansour Abbas, dans une interview sur DemocratTV, le 27 octobre 2020. (Capture d’écran sur Twitter)

Et l’alliance semble se craqueler : M. Netanyahu s’est rapproché de Mansour Abbas, un membre de la liste arabe qui s’est abstenu de voter sur la dissolution du Parlement, un geste interprété comme un signe de soutien envers le Premier ministre.

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D’après les derniers sondages, la Liste arabe ne devrait récolter que onze sièges en mars.

Pour Yoav Stern, un analyste israélien, le candidat Netanyahu « veut semer la confusion chez les électeurs arabes », pour qu’ils « se disent que tous les partis se valent et qu’il n’y a pas de raison d’aller voter ».

Autre élément : « Netanyahu s’est rendu compte que ceux qui récoltaient les fruits de son incitation à la haine envers les Arabes étaient les partis dirigés par Bezalel Smotrich et Naftali Bennett », hérauts de la droite radicale israélienne, estime Jafar Farah, directeur du centre Mossawa, une ONG qui défend les droits des Arabes israéliens.

A Nazareth, le Premier ministre a assuré avoir « davantage investi dans les localités arabes que tous les gouvernements de l’histoire d’Israël réunis ».

« Si on soumet Netanyahu à un polygraphe, l’appareil brûlera car il ne pourra pas avaler tant de mensonges », a raillé le député arabe israélien Ahmad Tibi.

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