Rechercher
Analyse

Netanyahu et les Haredim semblent se livrer à une lutte d’influence

Le Likud prend les rênes du processus de dissolution déclenché par les revendications des ultra-orthodoxes concernant l'exemption du service militaire

Des députés ultra-orthodoxes assistant au vote sur la dissolution de la Knesset, le 20 mai 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des députés ultra-orthodoxes assistant au vote sur la dissolution de la Knesset, le 20 mai 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le vote massif en faveur d’un projet de loi soutenu par le gouvernement visant à dissoudre la Knesset la semaine dernière semblait mettre Israël sur la voie d’élections législatives anticipées.

La mesure doit encore être examinée en commission et adoptée en trois lectures supplémentaires à la Knesset, mais l’enjeu n’est pas tant de savoir si les Israéliens se rendront aux urnes en septembre ou en octobre. Des analystes et des initiés politiques décrivent plutôt le processus de dissolution comme le dernier front d’une lutte de pouvoir en cours entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et ses partenaires de coalition ultra-orthodoxes, qui cherchent à faire adopter une législation exemptant les Haredim étudiant en yeshiva du service militaire.

Pour l’instant, la décision de dissoudre ou non la Knesset et la date de cette dissolution appartiennent à la coalition. Après le vote préliminaire, la commission de la Chambre de la Knesset, dirigée par le chef de file de la coalition, Ofir Katz, doit entamer les délibérations sur le projet de loi, notamment pour fixer la date des élections.

Une audition sur le projet de loi pourrait avoir lieu dès lundi et celui-ci pourrait être adopté en quelques jours, même si la coalition pourrait également décider de faire traîner le processus ou de le laisser s’enliser complètement.

Politiciens et commentateurs ont passé des jours à spéculer sur les différents facteurs en jeu et à essayer de déterminer quand chaque parti pourrait préférer que le vote ait lieu. La marge de manœuvre actuelle est assez étroite : les élections sont prévues pour le 27 octobre, et la date la plus proche et réaliste se situe début septembre. Ces sept semaines sont déjà bien remplies par les fêtes juives, l’Assemblée générale des Nations unies et la date anniversaire, lourde de sens, du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023.

Cependant, selon plusieurs analystes interrogés par le Times of Israel, le débat sur le calendrier lui-même sert en grande partie à masquer un conflit interne plus large entre Netanyahu et les dirigeants haredim.

Le chef du parti Yahadout HaTorah, Yitzhak Goldknopf (à gauche), lors d’une rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le 20 mars 2026. (Crédit: Amos Ben Gershom/GPO)

« Ce décalage de sept semaines entre le 1ᵉʳ septembre et le 27 octobre ne devrait pas changer grand-chose », a déclaré la sondeuse et analyste politique Dahlia Scheindlin au Times of Israel, soulignant que les partis ultra-orthodoxes, en particulier, tirent leur soutien d’un électorat très stable et bien défini, très peu susceptible de modifier son vote en fonction du calendrier.

Certains avaient émis l’hypothèse que les partis haredim privilégiaient une élection début septembre, afin de surfer sur la ferveur religieuse qui s’empare de la population à l’approche des fêtes du Nouvel an juif.

Cependant, Scheindlin a fait valoir que cette initiative de dissolution de la Knesset vise principalement à renforcer la position de négociation des partis ultra-orthodoxes et à intensifier la pression sur Netanyahu pour qu’il fasse avancer un projet de loi sur les exemptions, ou du moins donne l’impression qu’il agit en ce sens.

Le vote sur la dissolution a eu lieu quelques jours après l’annonce par le parti Yahadout HaTorah qu’il ferait pression pour dissoudre la Knesset, en raison de l’incapacité de la coalition à adopter une loi codifiant les exemptions de service militaire pour les Haredim étudiant en yeshiva. Netanyahu avait déclaré aux députés ultra-orthodoxes que la coalition ne disposait pas actuellement des voix nécessaires pour adopter le projet de loi d’exemption et leur aurait demandé d’accepter de le suspendre jusqu’après les élections.

« Ils veulent montrer à Netanyahu, à leurs rabbins et à l’opinion publique qu’ils agissent », a déclaré Assaf Shapira, directeur du programme de réforme politique à l’Institut israélien de la démocratie (IDI).

« Mais ils veulent également que le projet de loi d’exemption soit adopté. Ils utilisent donc le projet de loi de dissolution comme moyen de pression pour convaincre Netanyahu de faire avancer le projet de loi. »

Une source au sein de la faction ultra-orthodoxe Agoudat Israel, qui représente la moitié de l’alliance Yahadout HaTorah, a déclaré au Times of Israel que la menace était bien réelle, arguant que puisque le gouvernement « n’avait pas réussi à garantir le statut des étudiants de yeshiva », il « ne méritait pas d’exister ».

Un porte-parole du député Moshe Gafni, chef de Degel HaTorah, qui dirige l’autre faction de l’alliance Yahadout HaTorah, n’a pas répondu à notre demande de commentaire.

Des Juifs ultra-orthodoxes manifestant contre l’incarcération d’étudiants en yeshiva ayant échappé à la conscription, devant le domicile du chef de la police militaire, le général de brigade Yuval Yamin, à Ashkelon, le 14 mai 2026. (Crédit : Tsafrir Abayov/Flash90)

Shapira a fait valoir que le sort de la loi de dissolution est indissociable de celui du projet de loi lui-même.

« Si le gouvernement parvient, d’une manière ou d’une autre, à faire avancer le projet de loi, il est loin d’être certain qu’il y aura des élections anticipées », a-t-il déclaré.

« Si la coalition ne parvient pas à faire avancer cette loi, des élections anticipées pourraient être envisagées. »

Dans le même temps, les partis ultra-orthodoxes, qui ont menacé à plusieurs reprises de renverser le gouvernement s’il ne parvenait pas à adopter un projet de loi d’exemption, ont peu de raisons de vouloir réellement le faire tomber.

Bien qu’ils puissent, en théorie, soutenir les efforts de l’opposition pour renverser la coalition, Shapira a noté qu’ils s’en sont toujours abstenus, conscients qu’ils ont peu de chances de trouver des partenaires plus favorables en dehors de leurs alliés actuels.

Netanyahu a largement neutralisé la menace des Haredim en faisant proposer la dissolution par le Likud, ce qui lui a permis de contrôler le processus, même s’il pourrait encore avoir besoin du soutien des ultra-orthodoxes.

Il ne souhaite toutefois pas nécessairement dissoudre la Knesset, car cela bloquerait tout projet de loi en cours d’adoption. Il pourrait également être nécessaire de satisfaire les Haredim pour éviter un scénario dans lequel ses rivaux imposeraient la dissolution, ce qui donnerait une image de faiblesse aux yeux des électeurs.

La bataille autour de la dissolution doit donc être comprise non pas comme une course vers les élections, mais comme une lutte entre deux groupes aux intérêts divergents qui n’ont peut-être d’autre choix que de collaborer.

Comme l’a dit Shapira, chaque camp poursuit ses propres intérêts, mais il n’est pas certain que « les intérêts politiques des ultra-orthodoxes ou de Netanyahu soient de dissoudre la Knesset ».

Une lutte pour le contrôle

Les analystes interrogés par le Times of Israel se sont montrés sceptiques quant à l’idée que Netanyahu soit guidé par des considérations liées à la date des élections.

Alors que certains commentateurs ont suggéré que le Premier ministre pourrait préférer reporter les élections dans l’espoir d’obtenir un succès militaire ou diplomatique face à l’Iran, ou pour éviter de faire campagne aux alentours du 7-Octobre, Scheindlin a exprimé des doutes quant au caractère déterminant de l’un ou l’autre de ces facteurs.

Des manifestants anti-gouvernement israéliens brandissant des pancartes et des drapeaux lors d’une manifestation contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, et en faveur de la création d’une commission d’enquête nationale sur le pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas le 7 octobre 2023, sur la Place Habima, à Tel Aviv, le 3 janvier 2026. (Crédit : Jack Guez/AFP)

« Je n’ai jamais vraiment adhéré à la thèse selon laquelle il ne voudrait pas organiser d’élections en octobre », a-t-elle déclaré.

« Ce n’est pas comme si les Israéliens oubliaient le 7-Octobre le reste de l’année. »

Ceux qui reprochent à Netanyahu les défaillances entourant les massacres perpétrés par le Hamas « continueront de lui en tenir rigueur chaque jour », a-t-elle fait valoir, ajoutant qu’il n’y a aucune preuve qu’un décalage de quelques semaines modifierait de manière significative le paysage politique.

Selon Scheindlin, l’objectif politique primordial de Netanyahu a toujours été de rester au pouvoir le plus longtemps possible, une considération qui a pris encore plus d’importance dans le contexte de son procès pour corruption en cours et des « échecs colossaux » survenus sous son mandat.

Cet objectif explique mieux la réaction de Netanyahu après l’annonce par Yahadout HaTorah de son intention de faire avancer la législation sur la dissolution, ainsi que la présentation par les partis d’opposition de leurs propres projets de loi. Au lieu de laisser ses rivaux dicter le processus, Katz a rapidement présenté un projet de loi sur la dissolution, soutenu par la coalition – proposition finalement adoptée à l’unanimité en première lecture, mercredi.

« Il voulait prendre le contrôle de la situation », a simplement déclaré Shapira.

« Netanyahu a beaucoup plus de pouvoir aujourd’hui qu’il n’en avait il y a deux jours. »

Cette initiative place en grande partie le processus de dissolution entre les mains de la coalition. En tant que président de la commission de la Chambre de la Knesset, Katz contrôle l’ordre du jour et le calendrier de la commission, ce qui donne à la coalition une grande latitude pour décider si le projet de loi avance rapidement ou s’il est bloqué.

Le chef de file de la coalition, Ofir Katz, s’adressant à la Knesset avant un vote visant à dissoudre le Parlement, le 20 mai 2026. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La coalition pourrait théoriquement faire adopter le projet de loi par la Knesset en quelques jours, mais elle pourrait aussi retarder les délibérations de plusieurs semaines, « jusqu’à ce qu’il devienne pratiquement sans objet », a ajouté Shapira.

Étant donné que les élections ne peuvent avoir lieu qu’au moins trois mois après la dissolution de la Knesset, tout retard réduit considérablement la marge de manœuvre pour organiser le scrutin avant la date limite du 27 octobre.

L’opposition conserve toutefois un moyen d’influence potentiel. Mercredi, les députés ont également approuvé en lecture préliminaire un projet de loi distinct sur la dissolution, présenté par des députés du parti Kakhol Lavan de Benny Gantz. Si la coalition décidait de ne pas faire avancer son propre projet de loi, celui de Kakhol Lavan pourrait encore constituer une épée de Damoclès au-dessus de la tête de Netanyahu.

Les analystes mettent toutefois en garde contre une surestimation de son importance. Katz contrôle toujours le processus législatif de la commission, et bien que l’opposition et les partis ultra-orthodoxes puissent, en théorie, coopérer pour faire pression sur lui afin de faire avancer le projet de loi, il est très peu probable qu’ils le fassent.

Pour l’instant, le processus de dissolution ressemble moins à un compte à rebours vers des élections qu’à la poursuite de la lutte de pouvoir interne à la coalition par d’autres moyens. La décision finale quant à l’adoption de la loi revient en grande partie à Netanyahu, et il n’est pas certain que la tenue d’élections quelques semaines plus tôt changerait la donne pour l’un ou l’autre camp.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.