Netanyahu : « Nous attendons des pays, et de la Pologne, la vérité sur la Shoah »
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Netanyahu : « Nous attendons des pays, et de la Pologne, la vérité sur la Shoah »

Varsovie a envoyé un attaché culturel à une cérémonie du ministère des Affaires étrangères honorant les diplomates étrangers ayant sauvé des Juifs pendant la Shoah

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahuà à gauche, et  Nina Admoni, qui a été sauvée par le diplomate japonais Chiune Sugihara, devant le mémorial de commémoration des diplomates étrangers qui avaient sauvé des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 5 février 2018 (Crédit :  HaimTzach / GPO)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahuà à gauche, et Nina Admoni, qui a été sauvée par le diplomate japonais Chiune Sugihara, devant le mémorial de commémoration des diplomates étrangers qui avaient sauvé des Juifs pendant la Seconde guerre mondiale au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, le 5 février 2018 (Crédit : HaimTzach / GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a souligné lundi l’importance d’un portrait précis du génocide des Juifs par les nazis durant la Seconde Guerre mondiale, réprimandant avec subtilité Varsovie qui présente actuellement une loi qui rendrait hors la loi toute accusation de complicité de la nation polonaise dans les crimes commis par les nazis.

« La vérité au sujet de la Shoah doit toujours être étudiée, elle doit toujours être rappelée », a-t-il dit aux diplomates étrangers qui étaient réunis au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem. « Israël travaille étroitement avec nos partenaires du monde entier pour défendre et révéler la vérité sur la Shoah. Nous voulons réaliser cela avec tous les pays, notamment avec la Pologne ».

Les générations futures doivent intérioriser les leçons de l’Holocauste, a dit Netanyahu. « Je pense que la leçon la plus importante pour toute l’humanité est que la haine, les idéologies extrêmes – tout cela doit être confronté très tôt, lorsqu’il est encore temps de les étouffer dans l’œuf ».

« Nous, les Juifs, avons appris à croire nos ennemis lorsqu’ils appellent à notre extermination. Nous avons appris que nous devons être en mesure de nous défendre par nous-mêmes contre toute menace potentielle. L’Etat d’Israël n’a pas fait seulement siennes ces leçons, nous les mettons en pratique », a-t-il déclaré, faisant apparemment référence à l’ennemi juré d’Israël, l’Iran, qui parraine certains groupes terroristes et qui a appelé de manière répétée à la destruction de l’Etat juif.

« Israël tend une main de paix à tous ses voisins », a-t-il ajouté. « Mais nous sommes éternellement conscient du danger qui nous fait face, ainsi qu’au reste de l’humanité, et qui s’incarne dans ceux qui veulent nous exterminer. En fin de compte, ils extermineront le monde de tout ce que nous voulons conserver et chérir ».

Netanyahu s’exprimait à l’occasion d’une cérémonie en hommage aux diplomates étrangers qui ont sauvé des Juifs durant la Seconde Guerre mondiale.

« Aux heures les plus sombres pour mon peuple, quelques hommes et femmes nobles se sont dressés contre leurs supérieurs pour sauver des vies juives. Israël les salue. Nous devons pour toujours honorer leur souvenir », a-t-il dit.

Le Parlement polonais a adopté la semaine dernière un projet de loi qui enverrait en prison ceux qui « affirment, publiquement et en opposition avec les faits, que la nation polonaise ou la république de Pologne serait responsable ou co-responsable des crimes nazis commis par le Troisième Reich ». Ce projet de loi doit encore être confirmé par le président polonais Andrzej Duda avant d’être définitivement adopté.

Israël avait fustigé avec force cette loi, Netanyahu affirmant que « nous n’avons aucune tolérance pour la déformation de la vérité, la réécriture de l’histoire et la négation de l’Holocauste ».

Il avait sommé le ministère israélien des Affaires étrangères de convoquer l’ambassadeur adjoint de la Pologne pour exprimer l’opposition d’Israël au projet de loi, et avait également donné pour instruction à l’envoyé israélien à Varsovie de débattre de l’affaire avec le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki. Il s’était aussiwallen directement adressé à ce dernier, lui demandant d’ajourner l’adoption de la loi.

« Nous n’accepterons aucune tentative quelle qu’elle soit de réécrire l’histoire », avait déclaré Netanyahu le 28 janvier.

Sous le titre « Au-delà du devoir », le ministère des Affaires étrangères a honoré 36 diplomates issus de 21 pays qui ont été reconnus par Yad Vashem comme Justes parmi les nations pour avoir risqué leurs vies pour sauver des Juifs.

Les proches des personnes sauvées et des ambassadeurs de nombreux pays – notamment d’Allemagne, de Lituanie, d’Estonie, d’Australie, d’Afrique du sud, du Royaume-Uni, de Suède et des Pays-bas – ont assisté à cet événement durant lequel une grande plaque commémorative en l’honneur des diplomates a été révélée.

Même si l’ambassadeur polonais était invité, seul un attaché culturel s’est présenté. C’est en Pologne qu’il y a eu le plus de Justes parmi les nations dans le monde, mais aucun diplomate ne s’y était distingué. La Pologne a été occupée pendant la guerre et n’était pas un Etat indépendant à l’époque.

Le mur de commémoration au ministère des Affaires étrangères de Jérusalem, avec les noms des 36 diplomates qui ont sauvé des Juifs pendant la guerre (Autorisation)

« Ils ont tout risqué pour notre humanité commune et pour cela, nous et l’histoire nous souviendrons d’eux comme des héros », a dit Netanyahu au sujet des diplomates. Il a mentionné le nom de certains, notamment celui du suédois Raoul Wallenberg, qui avait sauvé des milliers de Juifs durant son service à Budapest.

Wallenberg était « presque comme Moïse en Egypte », a dit Netanyahu, se souvenant qu’il avait placé des drapeaux suédois là où des Juifs vivaient.

« Ma famille a eu de la chance, elle a entendu l’appel du sionisme et elle a quitté la Lituanie en 1920. Mais elle a figuré parmi les quelques chanceux », a dit Netanyahu. « La grande majorité est restée et six millions de nos frères et de nos sœurs ont été massacrés lors de la pire atrocité de l’histoire ».

Les 36 diplomates qui ont sauvé des Juifs « ont mérité que leurs noms soient connus », a dit Netanyahu. « C’est une question de justice, mais c’est également une question d’éducation des futures générations ».

Il a ajouté que « c’est ce genre de personnes que nous demandons à nos jeunes diplomates d’imiter, des hommes et des femmes d’un courage sans limite, des hommes et des femmes avec la plus profonde personnalité morale. Au fait, un grand nombre d’entre eux ont été fustigés par leurs ministères des Affaires étrangères et, pour un grand nombre d’entre eux également, leurs carrières ont tourné court. Mais ils ont tout risqué pour établir la vérité. Ce n’était pas facile parce que la vérité était dissimulée derrière des rideaux de fer de mensonges et de tromperie. La vérité n’est pas toujours facile à établir aujourd’hui non plus, par différents moyens ».

L’ambassadeur de Stockholm en Israël, Magnus Hellgren, a pris la parole lors de cet événement au nom de ses collègues, la Suède affichant le plus grand nombre de diplomates Justes.

« Wallenberg n’a pas fait ce qu’il a fait pour devenir un héros. Il l’a fait parce qu’il devait le faire », a-t-il dit.

Nina Admoni, l’épouse de l’ancien chef du Mossad Nahum Admoni, née à Varsovie, s’est souvenue comment elle et sa famille avaient été sauvées par le diplomate japonais Chiune Sugihara.

Chiune Sugihara, en Lituanie en 1940
(Crédit : USHMM, autorisation d’Hiroki Sugihara)

Avec le mémorial, qui a été créé par l’artiste israélienne Zehava Benjamin, le ministère des Affaires étrangères a également mis en place une exposition – appelée « Au-delà du devoir » – qui est actuellement présentée dans les ministères des Affaires étrangères et des ambassades israéliennes partout dans le monde.

« A une époque de difficulté morale suprême et pendant les heures les plus sombres jamais connues par le peuple juif, ces gens ont agi à la lumière de leur conscience pour sauver des Juifs, sans égard pour les éventuelles conséquences personnelles et professionnelles qu’ils encouraient », a expliqué Ran Yaakoby, qui a dirigé le projet lors d’une interview récente accordée au Times of Israel.

« Le ministère des Affaires étrangères sera éternellement reconnaissant et saluera toujours leur courage et leur exemple moral », a ajouté Yaakoby, directeur du département chargé de la lutte contre l’antisémitisme et du souvenir de la Shoah au ministère.

« Je voudrais que nos diplomates connaissent les histoires de ces hommes dans le monde entier qui en ont sauvé d’autres qui en avaient besoin, non parce qu’ils avaient l’obligation de le faire, mais parce que leur conscience ne leur permettait pas de faire autrement, et qu’ils suivent leur exemple. Les règlements ne fournissent pas toutes les réponses aux dilemmes moraux, et c’est ce qu’un représentant d’une nation – et c’est assurément le cas dans la nation juive – doit tirer comme leçon ».

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