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Netanyahu rejette les mises en garde d’élus américains contre Ben Gvir

Le chef de l'opposition a promis au micro de Kol Barama de supprimer les hausses de taxe sur le plastique jetable et les boissons sucrées - deux sujets importants pour les haredim

Le leader du parti Likud et de l'opposition, le député Benjamin Netanyahu, participe à la conférence Kikar HaShabbat à l'hôtel Waldorf Astoria de Jérusalem, le 12 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader du parti Likud et de l'opposition, le député Benjamin Netanyahu, participe à la conférence Kikar HaShabbat à l'hôtel Waldorf Astoria de Jérusalem, le 12 septembre 2022. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le leader de l’opposition Benjamin Netanyahu a promis mardi qu’il ne « s’inclinera pas » devant les législateurs américains qui ont mis en garde Jérusalem contre la possibilité que le député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir puisse connaître une nouvelle heure de gloire politique après les prochaines élections.

« Nous sommes une démocratie et nous déciderons de qui siègera au sein du gouvernement », a déclaré Netanyahu au micro de la station de radio ultra-orthodoxe Kol Barama. « Je sais comment nous défendre. Je suis capable de ne pas m’incliner et de dire ‘non’ quand c’est nécessaire ».

Au moins deux Démocrates pro-israéliens, au Congrès américain, ont mis en garde contre une nouvelle légitimation de Ben Gvir et de sa faction extrémiste.

Ainsi, le sénateur Robert Menendez a émis un avertissement concernant le leader d’extrême-droite au cours d’un entretien à huis-clos avec le chef du Likud, le mois dernier.

« J’ai répondu à Menendez : ‘Etes-vous en train de me parler de Ben Gvir, qui croit en l’État d’Israël et qui soutient les soldats de son armée ? Je n’ai pas entendu un seul mot au sujet [du ministre de la Défense Benny] Gantz et [du Premier ministre Yair] Lapid qui ont établi un partenariat avec [le leader de Raam] Mansour Abbas et avec les Frères musulmans, qui nient l’identité juive d’Israël et qui se rendent dans les tentes de deuil dressées en mémoire de ceux qui ont tué des Juifs », a dit Netanyahu, mardi.

Netanyahu, en quête de soutien pour pouvoir former un gouvernement après les élections du mois de mars 2021 avait alors fait, semble-t-il, des offres généreuses à Raam en privé tout en vouant le parti aux gémonies quand il s’exprimait en public.

Le député d’extrême droite Itamar Ben Gvir interpelle violemment un manifestant palestinien pendant une conférence de presse à la porte de Damas à Jérusalem, le 10 juin 2021. (Crédit : AP Photo/Maya Alleruzzo)

Netanyahu a indiqué, dimanche, que Ben Gvir pourrait « certainement » obtenir un portefeuille ministériel si l’ancien Premier ministre devait former un nouveau gouvernement à l’issue du scrutin du 1er novembre. Et il a déclaré avec fermeté, lundi, que Ben Gvir serait ministre dans sa coalition, un revirement par rapport à son positionnement antérieur.

Tentant d’améliorer ses chances de reprendre le pouvoir avant les dernières élections, le leader du Likud avait orchestré un accord de fusion pour garantir que la faction Otzma Yehudit de Ben Gvir intégrerait bien la Knesset, et il a encouragé la conclusion d’un accord similaire en amont du vote du 1er novembre.

Le député d’extrême-droite Ben Gvir est à la deuxième place sur la liste du parti HaTzionout HaDatit, qui devrait remporter entre 12 et 14 sièges – et il serait donc en mesure de recevoir un portefeuille important au cabinet si Netanyahu devait parvenir à former la coalition de droite dure et religieuse qu’il a prônée tout au long de sa campagne.

Ben Gvir est un disciple auto-proclamé de feu le rabbin extrémiste Meir Kahane, qui avait été député et dont le parti Kach avait été interdit dans les années 1980 en Israël comme aux États-Unis. La faction avait été déclarée groupe terroriste dans les deux pays. Comme Kahane, Ben Gvir a été condamné dans le passé pour terrorisme – même s’il répète avoir opté, ces dernières années, pour la modération et qu’il insiste sur le fait qu’il ne nourrit pas les mêmes croyances que le fondateur de Kach.

Ben Gvir avait été condamné pour incitation au racisme en 2007 pour avoir brandi un panneau sur lequel était écrit : « Expulsez l’ennemi arabe ».

Jusqu’à ce que le cliché ne commence à nuire à son image politique, une photographie de Baruch Godstein trônait dans son salon, dans son habitation de Hébron. Goldstein avait massacré 29 Palestiniens lors d’une prière au Tombeau des patriarches, à Hébron, en 1994. Ben Gvir a récemment fait savoir qu’il ne considérait plus Goldstein comme un « héros ».

Le député Itamar Ben Gvir crie pendant une réunion de la commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, le 26 juin 2022. (Crédit : Olivier FItoussi/Flash90)

Au cours de l’interview, Netanyahu a aussi appelé les membres de la communauté ultra-orthodoxe à aller voter, mettant en garde contre l’apathie.

« Il y a de la complaisance. Le monde de la Torah est en danger. Je ne parviens pas à croire que des gens envisagent de rester chez eux », s’est-il exclamé.

Tentant encore de séduire les électeurs haredim, Netanyahu a fait savoir qu’un gouvernement placé sous son autorité abandonnerait les augmentations de taxes actuelles qui pèsent sur les assiettes et sur les couverts jetables en plastique, ainsi que sur les boissons sucrées.

« Nous abandonnerons tous les décrets du ministre des Finances Avigdor Liberman. Les citoyens vont dans les supermarchés et ils n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Des taxes sur les assiettes jetables et sur les boissons sucrées – mais que dire devant une telle idée ? Nous les abandonnerons, c’est incontestable ».

Au mois de janvier, le Parlement israélien avait donné son feu vert définitif à l’augmentation des taxes sur les boissons sucrées.

Les chiffres du ministère de la Santé indiquent que les boissons sucrées représentent environ 30 % à 40 % de la consommation par les Israéliens de sucre ajouté, le sucre ajouté étant le sucre qui n’existe pas naturellement dans les aliments. Les auteurs du décret avaient indiqué que ces boissons contribuaient très largement au problème de l’obésité dans le pays dans la mesure où les recherches soulignent que les enfants israéliens boivent quotidiennement des boissons sucrées, ce qui a placé le pays à une position inquiétante dans les classements mondiaux de consommation de sucre.

Le gouvernement avait aussi introduit, l’année dernière, une nouvelle taxe sur les assiettes et couverts jetables, une taxe dont les partis haredim avaient estimé qu’elle ciblait directement leur électorat, qui représente un secteur de la société qui s’appuie largement sur ce type de vaisselle.

Les Israéliens dépensent deux milliards de shekels par an dans ce genre de produits. La quantité de plastique jetable utilisée par personne était presque multipliée par cinq par rapport à celle des habitants des pays européens, avait indiqué à l’époque le ministère de la Protection environnementale.

Vaisselle en plastique jetable en vente à Givat Shaul, Jérusalem, 27 octobre 2021 (Yonatan Sindel/Flash90).

Selon un rapport de l’organisation World Wildlife Fund for Nature qui avait été publié en 2016, Tel Aviv était troisième au classement de la pollution par le plastique de sa ligne côtière parmi 22 pays méditerranéens, avec une moyenne de 21 kilos de débris en plastique par kilomètre de côte.

Les plastiques qui finissent dans la mer et dans les océans sont un problème qui ne cesse de s’aggraver – ils entraînent la mort des espèces marines, ils contaminent les poissons et les fruits de mer qui entrent dans la chaîne alimentaire et ils entraînent des centaines de millions de dollars de pertes pour les industries du tourisme et autres.

Lundi, le leader du parti HaMahane HaMamlahti, Benny Gantz, a déclaré qu’il pensait que les formations ultra-orthodoxes allaient reconsidérer leur alliance de longue date avec le Likud. Des propos qui ont été tenus quelques heures après que Yitzhak Goldknopf, chef de Yahadout HaTorah, qui devrait entrer à la Knesset après les élections, a indiqué que son parti resterait fidèle à la mise en place d’un gouvernement de droite placé sous l’autorité de Netanyahu.

La majorité des sondages, connus par ailleurs pour être peu fiables, indiquent que le bloc de droite de Netanyahu remporterait environ 60 sièges (il en faut 61 pour obtenir la majorité) tandis que la coalition de centre-gauche de Lapid en gagnerait à peu-près 56 – avec peut-être une prolongation de l’impasse politique qui a été à l’origine de l’organisation de cinq scrutins consécutifs depuis 2019.

Jacob Magid a contribué à la rédaction de cet article.

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