Netanyahu salue Trump pour l’élimination de Soleimani
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Netanyahu salue Trump pour l’élimination de Soleimani

Alors que Téhéran promet de se venger, le Premier ministre a dit que "Trump mérite toute notre reconnaissance" pour cette décision

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur le tarmac à Athènes soutient l'assassinat de Qassem Soleimani par les Etats-Unis, le 3 janvier 2020. (Capture d'écran)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu sur le tarmac à Athènes soutient l'assassinat de Qassem Soleimani par les Etats-Unis, le 3 janvier 2020. (Capture d'écran)

Vendredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué le président américain Donald Trump pour avoir tué Qassem Soleimani, puissant général iranien, dans une frappe aérienne menée au petit matin.

« Trump mérite toute notre reconnaissance pour avoir agi avec détermination, force et rapidité », a-t-il dit aux journalistes juste avant de quitter la Grèce pour rentrer en Israël. « Nous nous tenons fermement aux côtés des Etats-Unis dans cette bataille juste pour la sécurité, la paix et le droit à l’auto-défense. »

Le Premier ministre a dit « qu’Israël a le droit de se défendre. Les Etats-Unis ont exactement le même droit. Soleimani est responsable de la mort de citoyens américains innocents et de nombreux autres. Il préparait d’autres attaques ».

Netanyahu a écourté sa visite en Grèce, alors que l’on craint que l’Iran pourrait chercher à se venger sur l’Etat juif pour l’élimination du puissant chef de la force iranienne d’élite Al-Qods. Il était dans le pays pour signer un accord majeur d’un projet de gazoduc.

Benny Gantz, chef de Kakhol lavan et principal opposant de Netanyahu, a salué Trump pour sa « décision courageuse » qui démontre son leadership.

« L’élimination de Soleimani est un message envoyé à tous les chefs terroristes dans le monde : vous risquez votre tête », a déclaré Gantz. L’élimination est « adaptée pour toute personne dont les actions entraînent le meurtre d’innocents et la déstabilisation de la région et du monde. »

Gantz a ajouté que sur les questions de sécurité, « il n’y a pas de coalition et d’opposition ».

De son côté, le ministre de la Défense Naftali Bennett a convoqué une réunion avec les responsables de la Défense au quartier général militaire à Tel Aviv afin d’évaluer la situation. Il n’y a pas eu de détails sur la réunion.

Des médias israéliens ont fait savoir que le ministère des Affaires étrangères avait décidé de renforcer la sécurité des ambassades et des missions diplomatiques israéliennes dans le monde. L’organisme responsable des émissaires du mouvement Chabad a demandé à tous ses représentants de renforcer leur niveau d’alerte par crainte d’attaques de représailles de la part de l’Iran.

« Maintenez un niveau d’alerte accru, signalez toute activité ou comportement suspect aux forces de l’ordre », a déclaré l’organisme dans un message, selon la Douzième chaîne.

Le ministre de la Défense Naftali Bennett (centre) et les chefs de la sécurité lors d’une réunion d’évaluation de la situation au quartier général militaire de Kirya à Tel Aviv, le 3 janvier 2020. (Ariel Hermoni/Ministry of Defense)

L’armée israélienne a annoncé qu’elle avait ordonné la fermeture de la station de ski du mont Hermon sur le plateau du Golan pour la journée « dans le contexte d’une évaluation de la situation ». La station de ski du Mont Hermon est située dans le secteur nord du plateau du Golan. Elle se trouve sur la pente sud d’une crête qui va jusqu’en Syrie. Le site a déjà été ciblé dans deux attaques distinctes l’année dernière.

Netanyahu avait auparavant donné l’instruction aux ministres de ne pas donner d’interviews sur l’élimination de Soleimani. Des élus de tous bords politiques ont salué la frappe américaine.

« Je félicite le président [américain Donald] Trump et toute la région du Moyen-Orient pour la frappe qui a tué Qassem Soleimani », a déclaré le numéro 2 de Kakhol Lavan, Yair Lapid. « Il planifiait et menait des attaques terroristes mortelles de Damas à Buenos Aires et il est responsable de la mort de milliers de civils innocents. Il a eu exactement ce qu’il méritait. »

Moshe Yalon, numéro 3 de Kakhol lavan et ancien chef d’Etat major de l’armée, a déclaré : « Le monde en général, et le Moyen Orient en particulier, a été libéré d’un meurtrier de masse… bon débarras ! »

La députée Keti Shitrit du parti du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué « l’élimination du super terroriste, du plus grand terroriste au Moyen-Orient. Les Etats-Unis ont porté un coup puissant et significatif sur l’Iran. Nous nous sommes réveillés dans un nouveau Moyen-Orient ».

L’ancien chef du Mossad Danny Yatom a déclaré à la Radio de l’Armée : « Il y a d’autres généraux iraniens importants, mais il n’y a aucun général iranien avec une telle influence. Il faisait ce qu’il voulait et était très proche du [guide suprême de l’Iran Ali] Khamenei. »

Le commandant des forces Al-Qods des Gardiens de la Révolution islamique, Qassem Soleimani. (Crédit : YouTube/BBC Newsnight)

Amir Peretz, le chef du parti de centre-gauche Travailliste-Gesher, a déclaré que Soleimani « méritait de mourir », en remerciant les Etats-Unis et Trump pour leur action. Mais il a aussi critiqué le gouvernement pour ne pas avoir alloué assez d’argent à un plan visant à défendre Israël des représailles iraniennes en construisant plus d’abris anti-bombes et en renforçant les bâtiments publics. Il a appelé à adopter le plan « avant qu’il ne soit trop tard ».

Ces derniers évènements et réactions surviennent quelques heures après qu’une frappe aérienne américaine sur deux voitures à l’aéroport de Baghdad a tué Qassem Soleimani, le puissant chef de la force d’élite Al-Qods de l’Iran. Soleimani était une pièce majeure dans l’activité des forces iraniennes et des alliés pro-Iran en Syrie.

L’Iran a promis une « riposte terrible » à la frappe aérienne américaine menée à proximité de l’aéroport de Baghdad qui a tué Soleimani, l’architecte de ses interventions à travers le Moyen-Orient, alors que les tensions augmentent dans le sillage de cet élimination ciblée.

L’élimination marque une escalade majeure dans la confrontation entre Washington et l’Iran, qui vont d’une crise à l’autre depuis que Trump s’est retiré de l’accord de 2015 sur le nucléaire et a imposé de lourdes sanctions sur le régime iranien.

Le président américain Donald Trump parle de l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique à Derco Aerospace Inc. à Milwaukee, Wisconsin, le 12 juillet 2019. (MANDEL NGAN/AFP)

Les Etats-Unis ont appelé leurs citoyens à quitter « immédiatement » l’Irak. Le Département d’Etat américain a annoncé que l’ambassade à Baghdad, qui a été attaquée par des miliciens soutenus par l’Iran et d’autres manifestants plus tôt cette semaine, était fermée et que tous les services consulaires avaient été suspendus.

Environ 5 200 soldats américains sont basés en Irak. Ils sont principalement chargés de former les forces irakiennes et d’aider à combattre les militants de l’Etat islamique.

Le guide suprême iranien l’Ayatollah Ali Khamenei prévenu que les Etats-Unis devraient s’attendre à une « riposte terrible » après la frappe aérienne, en qualifiant Soleimani de « visage international de la résistance ». Khamenei a décrété trois jours de deuil national pour la mort du général, et a nommé le général Ismail Ghaani, l’adjoint de Soleimani, pour le remplacer à la tête de la force d’élite Al-Qods.

L’Iran a également convoqué les chargés d’affaires suisses, qui représentent les intérêts américains à Téhéran, pour protester contre l’élimination.

Mohammad Javad Zarif, le ministre iranien des Affaires étrangères de l’Iran, a qualifié la frappe « d’acte de terrorisme d’Etat et de violation de la souveraineté de l’Irak ».

L’élimination, et toute riposte forte de l’Iran, pourrait déclencher un conflit qui entraînerait toute la région, mettant en danger les soldats américains en Irak, en Syrie et ailleurs. Pendant ces 20 dernières années, Soleimani a constitué un réseau lourdement armé d’alliés dans ces pays et jusqu’au Liban, donc aux portes d’Israël.

L’élimination audacieuse pourrait aussi bien avoir un effet dissuasif, avec la crainte d’une guerre totale conduisant l’Iran et ses alliés à retarder, ou limiter, toute réponse potentielle.

Le guide suprême iranien Ayatollah Ali Khamenei lors d’une rencontre à Téhéran en Iran, le 17 septembre 2019. (Bureau du Guide suprême iranien via AP)

Le Département d’Etat américain a dit qu’il avait tué Soleimani parce qu’il « préparait activement des projets d’attaques sur des diplomates et du personnel américains en Irak et dans toute la région ». Il a aussi accusé Soleimani d’avoir approuvé les violentes manifestations orchestrées contre l’ambassade américaine à Baghdad plus tôt cette semaine.

La frappe sur l’aéroport a également tué Abu Mahdi al-Muhandis, le vice-commandant de milices soutenues par l’Iran en Irak que l’on appelle les Forces de mobilisation populaire (FMP). Un officiel FPM a déclaré que la frappe avait tué un total de huit personnes, dont le beau-fils de Soleimani, qu’il n’a pas identifié.

Trump était en vacances dans sa résidence à Palm Beach, en Floride, mais il a publié un tweet avec le drapeau américain.

Soleimani, âgé de 62 ans, a été la cible d’une attaque vendredi sur une voie d’accès située à proximité de l’aéroport. La frappe a été menée par un drone armé américain, selon un officiel américain.

Un officiel de la sécurité irakien a déclaré que la frappe avait eu lieu à proximité de la zone de cargo après que Soleimani avait débarqué d’un vol en provenance de Syrie ou du Liban. Des officiels des FMP ont déclaré que les corps de Soleimani et al-Muhandis avaient été déchiquetés. Un cadre politique a déclaré que le corps de Soleimani avait été identifié par la bague qu’il portait.

Un véhicule en flammes à l’aéroport international de Bagdad à la suite d’une frappe aérienne, en début de journée, vendredi 3 janvier 2020. (Crédit : service de presse du ministère des Affaires étrangères irakien via AP)

Les officiels se sont exprimés sous condition d’anonymat parce qu’ils n’étaient pas autorisés à parler aux journalistes.

L’élimination va encore compliquer les relations avec le gouvernement irakien, qui est un allié proche de Washington et de Téhéran. Le Premier ministre Adel Abdul-Mahdi a condamné la frappe comme une « agression contre l’Irak » et une « attaque directe contre la dignité de la nation ».

Il a également appelé une session d’urgence au parlement pour « prendre les mesures nécessaires et appropriées pour protéger la dignité, la sécurité et la souveraineté de l’Irak » samedi, quand l’enterrement aura lieu à Baghdad pour al-Muhandis, le chef de la milice, et les autres Irakiens éliminés.

La Russie a condamné l’élimination, et la Chine, un autre membre du Conseil de sécurité des Nations unies, a déclaré qu’elle était « très préoccupée ». Dominic Rabb, le ministre britannique des Affaires étrangères, a reconnu la « menace agressive » posée par la force Al-Qods, mais a appelé à la retenue, déclarant qu’un « futur conflit n’est aucun cas dans nos intérêts ».

L’Irak est secoué par des manifestations massives contre le gouvernement depuis octobre, en partie à cause de l’influence de l’Iran sur le pays. Mais au moins un manifestant, qui a demandé à ne pas être nommé pour des raisons de sécurité, a déclaré qu’il « ne célébrait pas » l’élimination de Soleimani.

Ismaïl Qaani, nouveau chef de la force Al-Qods après la mort de son commandant Qassem Soleimani dans un raid américain sur l’aéroport de Bagdad, le 2 janvier 2020. (Crédit : Twitter / Mahdi Bakhtiari)

« L’Amérique et l’Iran devraient résoudre leurs problèmes en dehors de l’Irak, a-t-il dit. Nous ne voulons pas qu’ils les résolvent à l’intérieur de l’Irak, parce que cela n’aidera pas notre cause. »

Yoel Guzansky, un expert sur l’Iran à l’Institut national des études stratégies, un prestigieux groupe de réflexion à Tel Aviv, a déclaré que l’élimination avait restauré la capacité de dissuasion de l’Amérique au Moyen Orient.

« Je pense que les Iraniens sont choqués maintenant, les Russes, les Chinois, personne ne pensait que Trump ne ferait cela, a-t-il dit, ajoutant que l’Iran, sur le court terme, allait riposter contre les Etats-Unis ou ses alliés, et peut-être contre Israël. Mais il a dit que sur le long terme, la perte de Soleimani – qui était également dans le radar d’Israël depuis un certain temps – allait affaiblir les capacités de l’Iran dans la région. »

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