Nir Barkat courtise les États-Unis et rejette l’idée d’un État palestinien
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Interview

Nir Barkat courtise les États-Unis et rejette l’idée d’un État palestinien

Lors d'un voyage pour faire campagne contre la réouverture du consulat US dans la capitale, l'ex-maire de Jérusalem a évoqué ses projets politiques et sa vision des Palestiniens

Nir Barkat, député du Likud, s'exprime lors d'une conférence du parti à Tel Aviv, le 10 juin 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90) 
Nir Barkat, député du Likud, s'exprime lors d'une conférence du parti à Tel Aviv, le 10 juin 2021. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90) 

NEW YORK (JTA) – Nir Barkat était censé être à une toute autre place.

Lorsque le très apprécié maire de Jérusalem, qui a enchaîné deux mandats, s’est lancé dans la politique nationale et s’est présenté à la Knesset en 2019 sous l’étiquette du Likud, le parti de Benjamin Netanyahu, cela semblait être un pari sûr. Après tout, le parti avait gouverné Israël pendant une décennie et semblait prêt à dominer une fois de plus l’arène politique.

Au lieu de cela, en avril de la même année, Israël est entré dans une spirale de quatre élections peu concluantes. Deux ans plus tard, Netanyahu n’est plus au pouvoir et Barkat siège dans l’opposition. Barkat a déclaré qu’il avait l’intention de diriger un jour le Likud et a constitué une importante équipe personnelle, mais il affirme qu’il ne briguera la direction du parti qu’après le départ à la retraite de Netanyahu, âgé de 71 ans. Et nul ne sait quand ce moment arrivera.

C’est pourquoi, sans rôle dans la coalition gouvernementale israélienne, Barkat a passé seul une semaine à la mi-juillet aux États-Unis pour faire pression sur les élus américains. Son objectif était de convaincre les États-Unis de ne pas rouvrir le consulat diplomatique pour les Palestiniens dans l’ouest de Jérusalem que l’ancien président américain Donald Trump avait fermé en 2019.

Le consulat, qui existait avant la fondation d’Israël il y a plus de sept décennies, a été actif pendant toute la durée du mandat de Barkat à la mairie et ne semblait pas lui poser de problème à l’époque. Mais Barkat affirme que, depuis que Trump a déplacé l’ambassade américaine à Jérusalem, la réouverture du consulat serait inutile. Il pense que cela enverrait le signal que les Palestiniens ont un droit sur la ville, qu’Israël contrôle depuis plus de 50 ans et considère comme sa capitale indivisible.

« C’est à l’Autorité palestinienne, et non à Jérusalem, de servir les Palestiniens », a-t-il déclaré lors d’une interview accordée à la Jewish Telegraphic Agency dans le centre de Manhattan pendant son voyage. « Nous ne laisserons pas les consulats s’ouvrir comme des champignons après la pluie et diviser de facto la ville de Jérusalem. C’est totalement inacceptable. »

Le voyage de Barkat, qui dit parler au nom du consensus israélien, n’a pas bénéficié d’une approbation du gouvernement israélien, qui, selon lui, ne veut même pas lui parler. (Le bureau du Premier ministre n’a pas voulu commenter cette affirmation.) Barkat n’a pas non plus rencontré de responsables de l’administration Biden. Il a rencontré des sénateurs et des membres du Congrès, y compris des Républicains comme le chef de la minorité de la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, et le sénateur Lindsey Graham, ainsi que des Démocrates comme les représentants Ted Deutch et Jake Auchincloss.

Le bâtiment du consulat des États-Unis à Jérusalem, en mars 2019. (Crédit : AP Photo/Ariel Schalit)

Pour prouver qu’il parlait au nom de la majorité de la société israélienne, Barkat a commandé un sondage qu’il a partagé avec JTA et qui montrait que 72 % des électeurs israéliens étaient opposés à la réouverture du consulat.

Et tandis qu’il cherche à transmettre cette position au gouvernement américain, cela lui a donné l’occasion d’améliorer sa réputation à Washington. Barkat est peut-être dans l’opposition actuellement, mais le Likud reste le plus grand parti de la Knesset. S’il accède à la direction du parti, Barkat pourrait avoir la possibilité de devenir un jour Premier ministre.

« C’est ma prérogative en tant que membre de l’opposition israélienne de venir exposer mes revendications, qui représentent de loin l’opinion publique israélienne », a-t-il déclaré. « On ne [baisse] jamais les bras sur l’idéologie et les choses auxquelles on croit, et je crois que c’est la bonne chose à faire. »

Barkat a été élu au conseil municipal de Jérusalem, puis maire, après avoir gagné des millions dans l’industrie technologique israélienne en tant que fondateur de la startup de cybersécurité CheckPoint. En tant que maire pendant 10 ans à partir de 2008, il s’est efforcé d’attirer les entreprises de technologie dans la ville tout en essayant de redorer le blason de la ville auprès des Israéliens qui la considéraient comme hostile à la jeunesse et à la laïcité.

Certaines améliorations ont apporté des changements tangibles à la vie quotidienne et à la culture, en particulier dans la partie occidentale de la ville, majoritairement juive : un tramway, une scène de restauration dynamique sur le marché en plein air de la ville, l’agrandissement de son stade de football emblématique et la restauration d’une gare datant du XIXe siècle, qui est devenue une aire de restauration et de shopping piétonnière et familiale.

D’autres initiatives pourraient être décrites comme des tentatives de rivaliser avec Tel Aviv – citons notamment l’idée d’une plage artificielle (sans eau) installée en plein milieu de la ville ou l’effort pour changer le code international de l’aéroport Ben Gurion de TLV à JLM. Aucun de ces projets n’a abouti.

À bien des égards, Barkat rappelle Michael Bloomberg, l’ancien maire milliardaire de la ville de New York. Comme Bloomberg, Barkat vante ses mérites en tant que gestionnaire compétent issu du monde des affaires et cherchant à améliorer la qualité de vie en améliorant les espaces publics de la ville.

« Michael et moi sommes devenus amis, et nous partageons la même vision de la façon dont vous apportez les outils et l’expérience du monde de la technologie moderne au gouvernement », a-t-il déclaré à propos de Bloomberg. « Au départ, vous avez quelques inconvénients à maîtriser la politique, mais une fois que vous maîtrisez la politique, c’est un énorme avantage. »

Le maire de Jérusalem de l’époque, Nir Barkat (à gauche), avec Michael Bloomberg, ancien maire de New York, à l’événement MadeinJLM, le 21 mai 2014. (Autorisation)

Comme Bloomberg, Barkat a changé de parti au milieu de sa carrière, passant du parti centriste Kadima au Likud. Mais contrairement à Bloomberg, qui se présente comme un centriste, Barkat s’identifie à la droite israélienne, notamment sur sa vision de la relation de la nation avec les Palestiniens, tant à Jérusalem qu’en Israël et en Cisjordanie.

Lorsqu’Israël a capturé Jérusalem-Est de la Jordanie en 1967 et a ensuite annexé la zone, le pays a accordé aux Arabes de Jérusalem des droits de résidence dans la ville, mais pas la citoyenneté israélienne automatique, qu’ils peuvent demander. La grande majorité des habitants arabes de Jérusalem ne reconnaissent pas la revendication d’Israël sur Jérusalem-Est et n’ont pas demandé la citoyenneté.

Depuis des décennies, des militants, ainsi que le contrôleur d’État israélien, soulignent les grandes disparités entre Juifs et Arabes de la ville en matière de revenus, d’éducation et d’urbanisme. Un rapport du contrôleur d’État datant de 2019, peu après le départ de Barkat, indiquait que les conditions dans la ville « ont créé, à Jérusalem-Est, une société aux caractéristiques uniques dans laquelle beaucoup ressentent des sentiments de discrimination, de difficultés et de désespoir ».

En outre, la violence dans la ville déclenche occasionnellement des conflagrations plus larges en Israël. Les affrontements entre la police israélienne et les émeutiers palestiniens sur le mont du Temple, dans la Vieille Ville de Jérusalem, au printemps dernier, ont provoqué des conflits interethniques dans plusieurs villes d’Israël, ainsi qu’un conflit de 11 jours entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza.

Barkat estime que la solution à bon nombre de ces problèmes réside dans le renforcement de la souveraineté juive sur l’ensemble de la ville. Il aspire à un monde dans lequel tous les habitants arabes de Jérusalem demanderont la citoyenneté israélienne, car cela signifierait qu’ils acceptent le contrôle israélien sur la ville.

Il attribue l’absence de services adéquats dans certains quartiers arabes, en particulier ceux situés au-delà de la barrière de sécurité israélienne, aux violences de certains résidents, ce qui, selon Barkat, constitue un risque pour la sécurité.

« [Lorsque] la sécurité est mise à mal, il est difficile de faire venir des services, ce qui entraîne des manquements dans la qualité des services », a-t-il déclaré. « Les habitants de Jérusalem doivent réaliser que s’ils veulent de bons services, ils doivent nous aider à diminuer la tension et la violence, et ils obtiendront un meilleur service. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le député du Likud Nir Barkat, à droite, lors d’un événement de campagne à Tel Aviv, le 16 février 2020 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Barkat, comme Netanyahu, s’oppose à la création d’un État palestinien. Mais il ne voit pas Jérusalem comme un modèle pour la relation plus large entre Israéliens et Palestiniens.

Au lieu de cela, comme Netanyahu, il a proposé que les Palestiniens acceptent une autonomie sous le contrôle de la sécurité israélienne, ainsi qu’un plan visant à soutenir le développement économique palestinien. Les dirigeants palestiniens, ainsi que les Palestiniens en général, ont catégoriquement rejeté l’idée de rester en permanence sous contrôle israélien.

« Nous ne devons jamais permettre l’existence de deux États, car c’est une menace pour la sécurité que nous ne pouvons pas supporter », a déclaré M. Barkat. « Nous aurons besoin d’une solution spéciale, [comme] cela se produit parfois ici et là dans le monde, où ils ont une autonomie civile et nous avons un [contrôle] total de la sécurité. »

Barkat a fait allusion à d’éventuelles divergences entre lui et le chef de son parti. Alors que Netanyahu était connu pour son ralliement de plus en plus étroit au Parti républicain aux États-Unis, Barkat a souligné l’importance du soutien bipartisan à Israël.

« Si nous parlons de la relation avec les États-Unis, je pense que nous devrions, des deux côtés, faire des efforts pour diminuer les questions partisanes, être plus attentifs aux différents intérêts », a-t-il déclaré.

Mais lorsqu’il s’agit des questions existentielles auxquelles Israël est confronté, y compris la question de savoir si le pays doit s’occuper du contrôle qu’il exerce sur des millions de Palestiniens et comment il doit le faire, Barkat affirme s’être rendu aux États-Unis non seulement pour parler au nom du Likud, mais aussi au nom de tous les Israéliens – même s’il n’en est pas encore le leader.

« Nous ne devons pas emprunter cette voie », a-t-il déclaré concernant la réouverture du consulat. « C’est ma véritable position et je ferai tout ce que je peux pour l’empêcher. »

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