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Nouvelle audience du procès pour diffamation intenté à Ehud Olmert par Netanyahu

L'audience a été féroce ; Sara Netanyahu a nié avoir été admise dans un hôpital psychiatrique ; un ex-officiel a dénoncé les conséquences de la conduite de la famille sur l'État

Le leader de l'opposition Benjamin Netanyahu arrive à une audience dans la plainte pour diffamation déposée par sa famille contre Ehud Olmert au tribunal de Tel Aviv, le 12 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)
Le leader de l'opposition Benjamin Netanyahu arrive à une audience dans la plainte pour diffamation déposée par sa famille contre Ehud Olmert au tribunal de Tel Aviv, le 12 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Le chef du Likud et de l’opposition Benjamin Netanyahu, ainsi que les membres de sa famille, ont témoigné, dans la journée de dimanche, lors d’une audience tendue et marquée par de nombreuses invectives, au procès pour diffamation intenté par l’ex-Premier ministre à l’encontre de son prédécesseur à ce poste, Ehud Olmert.

Netanyahu a affirmé devant les magistrats ne pas avoir d’antécédent psychiatrique et il a déclaré que l’avocat d’Olmert était « fou, mais pas cliniquement malade » pendant son interrogatoire devant le tribunal.

Netanyahu, son épouse, Sara, et le fils aîné du couple, Yair, sont arrivés à la cour des magistrats de Tel Aviv pour témoigner dans le cadre de la plainte déposée contre Olmert pour diffamation, une plainte soumise après des propos de ce dernier qui avait estimé que la famille Netanyahu souffrait de « troubles mentaux », avant d’ajouter qu’elle « avait besoin d’un traitement psychiatrique ». La plainte réclame 837 000 shekels de dommages et intérêts pour « les efforts obsessionnels livrés par Olmert pour ternir la réputation publique de la famille Netanyahu, des efforts entraînés par la jalousie et par une frustration profonde ».

Olmert était présent lors de cette audience.

« Je n’ai pas d’antécédents psychiatriques », a dit Netanyahu à l’avocat d’Olmert, Amir Titonovich, alors qu’il tentait de démontrer que les propos tenus par Olmert étaient factuellement mensongers.

« Ces déclarations publiques sont des mensonges, des contre-vérités et pire que cela », a déclaré l’ancien Premier ministre quand il a été interrogé par son propre avocat, Yossi Cohen. Netanyahu a estimé que l’intention d’Olmert avait été d’empêcher sa réélection au poste de Premier ministre.

Pendant ce témoignage, l’avocat d’Olmert a interrogé Netanyahu sur des incidents précis. Selon des informations, il aurait été ainsi demandé, au médecin de famille, Zvi Berkovitch, de soigner Sara Netanyahu pour des « déchaînements incontrôlables ».

« Je n’accepte pas ce terme de ‘déchaînement incontrôlable’, » a répondu l’ancien chef de gouvernement. « Il y a pu y avoir des moments de tensions et parfois, nous avons consulté des amis. Et il est arrivé que le docteur Berkovitch se trouve parmi eux ». Netanyahu a démenti tout traitement médicamenteux pour soigner ces crises.

Sara Netanyahu arrive pour une audience du tribunal dans la plainte déposée par sa famille contre l’ancien Premier ministre Ehud Olmert à la Cour des magistrats de Tel Aviv, le 12 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Netanyahu a aussi qualifié Titonovich de « fou » pendant son passage à la barre des témoins, l’interpellant : « Est-ce que vous êtes fou ? Je pense, moi, que vous êtes fou – mais pas cliniquement malade ».

Titonovich a alors demandé à Netanyahu pourquoi il n’avait pas poursuivi en justice le site d’information Ynet qui, en 2014, avait rapporté les propos de responsables de l’administration de l’ancien président des États-Unis Barack Obama qui, sous couvert d’anonymat, avaient qualifié le chef de gouvernement de l’époque de « lâche souffrant d’Asperger » et de « poule mouillée » pendant l’épisode de tensions entre Washington et Jérusalem qui avait été entraîné par l’accord sur le nucléaire iranien.

Netanyahu a rejeté sa question, disant que « s’il est habituel, dans la sphère politique, de donner des surnoms ou d’attribuer des qualificatifs qui n’ont rien à voir avec la personne », Olmert « a franchi la ligne rouge » quand il a déclaré que l’état mental de sa famille relevait de la pathologie.

Sara Netanyahu a ensuite pris la parole et elle a nié avoir été admise dans un hôpital psychiatrique en Autriche, en référence à des rumeurs qui ont circulé ces dernières années. L’épouse de l’ex-Premier ministre a mis l’accent sur sa profession – elle est psychologue pour enfant – à plusieurs reprises au cours de l’audience.

« Je ne suis pas malade, je viens moi-même en aide aux gens par mon métier de psychologue », a-t-elle affirmé. « C’est un état pour lequel j’éprouve une compassion profonde. Les problèmes psychiques sont perçus de manière négative dans la société. »

« J’ai éduqué mes enfants à voir le bon en autrui, pas le mauvais », a dit Sara Netanyahu à l’avocat d’Olmert qui lui demandait si elle avait appris à ses enfants à ne pas attribuer aux autres des étiquettes les catégorisant comme étant des malades psychiques. « Mais ils ont été victimes de beaucoup de maltraitances de la part des médias et de la part de gens comme vous, malheureusement ».

Yair Netanyahu a ensuite témoigné à la barre et il s’est livré à ses habituelles outrances publiques contre les politiciens, en affirmant notamment qu’Ehud Barak est « un psychopathe dément ». Alors qu’il lui était demandé s’il considérait qu’il fallait hospitaliser le Premier ministre Naftali Bennett dans un service psychiatrique, Yair a répondu que « Bennett est un mégalomane ».

L’avocat lui a alors demandé s’il était raisonnable de répondre à ses interlocuteurs en mettant en cause les malades psychiatriques, ce qui pouvait être perçu comme un dénigrement et une insulte à leur égard.

« On parle de querelles sur Twitter, on n’est pas dans un séminaire scientifique », a répondu Yair Netanyahu. « Olmert n’a pas eu la langue qui a fourché, il n’a pas présenté ses excuses pour ce qu’il a dit. Il y a un conflit entre nous parce qu’il nous a insultés, moi et mes parents, et j’ai été furieux de cette insulte lancées à mon encontre et à l’encontre de mes parents ».

Yair Netanyahu est un habitué des plaintes pour diffamation et des poursuites judiciaires. Il est connu pour ses messages incendiaires postés sur les réseaux sociaux et il est souvent l’auteur de publications, sur Twitter, qui s’attaquent avec férocité à ceux qui, selon lui, s’en sont pris à lui ou à sa famille.

Dans une publication datée de 2017 sur Facebook, Yair Netanyahu avait affirmé, sans aucun élément venant prouver ses dires, que l’un des fils d’Olmert vivait une histoire d’amour homosexuelle avec un Palestinien à Paris.

En 2020, il avait dû verser 286 000 shekels de dommages et intérêts à Avi Alkalay, ex-rédacteur en chef du site d’information Walla, dans le cadre d’une plainte pour diffamation. Alkalay avait poursuivi Netanyahu pour avoir partagé un certain nombre de publications, sur les réseaux sociaux, qui avaient qualifié le journaliste de « taupe de la fondation Wexner Foundation », groupe que la famille Netanyahu accuse de financer des organisations et des campagnes de gauche. Il avait aussi prétendu qu’il était de mèche avec le parquet israélien dans le cadre des dossiers pour corruption impliquant l’ancien chef de gouvernement.

L’ancien Premier ministre Ehud Olmert arrive pour une audience dans le cadre d’une plainte pour diffamation déposée contre lui par la famille Netanyahu au tribunal de Tel Aviv, le 12 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Uzi Arad, ancien conseiller à la sécurité nationale, a témoigné pour le compte de la défense, disant à la cour que le comportement de Sara Netanyahu « a eu des conséquences néfastes sur l’État » quand son mari était Premier ministre.

« Elle s’approche de vous de manière menaçante et elle semble sur le point de se jeter sur vous – j’ai assisté à certains comportements vraiment étranges de sa part », a-t-il raconté.

« Un jour, elle a voulu m’attaquer. Il y a beaucoup de gens… Elle vous regarde et tout à coup, ses yeux se figent absolument. Je ne veux pas entrer dans le détail, ni dire ce que j’ai pu voir ou entendre, mais je veux qu’on comprenne que ce genre d’incident a réellement eu des conséquences néfastes sur l’État », a-t-il ajouté.

Arad, qui a été conseiller à la sécurité nationale sous Netanyahu, de 2009 à 2011, a déclaré que lorsque Sara accompagnait son mari lors de ses déplacements diplomatiques, il était impossible de faire une grande partie du travail de préparation du voyage dans la mesure où le planning comprenait parfois « des sujets dont il n’était pas possible de discuter avec elle ».

Il a affirmé que des problèmes de planning qui avaient été entraînés par la présence de Sara avaient été à l’origine « d’un incident diplomatique » au cours duquel les responsables de la défense américains et le Pentagone avaient « rompu les liens avec Israël » pendant deux mois. S’il a précisé que l’incident avait impliqué un secrétaire d’État à la Défense américain, il n’a pas livré l’identité de ce dernier.

Uzi Arad, ancien directeur du conseil national de sécurité, le 23 juin 2020. (Crédit : Moshe Shai/ FLASH90)

A la barre des témoins s’est aussi présenté Nir Hefetz, ancien proche de Netanyahu qui est devenu témoin du parquet dans le procès pour corruption en cours de l’ex-Premier ministre.

Hefetz a évoqué dans le détail l’influence de Yair sur son père, disant qu’elle était tellement importante qu’elle « influence la vie des autres ».

Il a aussi affirmé que Yair « s’était dit » que la victoire du parti du Likud, au cours du scrutin du 2015, lui avait appartenu autant qu’à son père.

« A partir de ce moment-là et jusqu’à mon départ en 2018, il y a eu un renforcement effrayant de l’influence de Yair dans le processus décisionnaire dans tous les dossiers politiques, diplomatiques ou de communication, et même dans les dossiers sécuritaires dans certains cas », a dit Hefetz.

L’ancien confident de Netanyahu a aussi affirmé que Yair « avait cessé de s’alimenter » quand son père avait refusé de l’inclure dans la prise de décision.

« J’ai assisté à une conversation entre Benjamin et Sara Netanyahu au cours de laquelle Sara s’en est pris à Benjamin parce que Yair ne mangeait plus – elle disait que Benjamin n’avait pas consulté son fils et qu’il n’avait pas partagé les informations dont il disposait avec lui pour ses prises de décision », a dit Hefetz.

Nir Hefetz arrive à une audience du procès de l’ex-Premier ministre Benjamin Netanyahu à la cour de district de Jérusalem, le 21 décembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Ce sont dix témoins qui se sont exprimés à la barre lors de l’audience de dimanche, à la demande d’Olmert. Parmi les personnalités qui ont été convoqués, le professeur en psychologie Shaul Kimhi et l’ancienne employée de la résidence du Premier ministre Sylvie Genesia.

La liste d’origine des témoins convoqués pour le procès comprenait Miriam Adelson, veuve de Sheldon Adelson, allié de longue date de Netanyahu. Selon le document soumis par la défense, elle avait assisté à des événements variés qui avaient été l’occasion, pour elle, d’entrevoir « des comportements et des expressions » lui laissant penser que le couple Netanyahu souffre en effet « de troubles mentaux ».

Parmi les autres témoins, l’ancien chef du Shin Bet, Yuval Diskin, et Meni Naftali qui travaillait à la résidence du Premier ministre.

Enfin, à l’issue de presque une journée de témoignages, Olmert lui-même a été appelé à la barre.

Avant même de commencer à parler de l’affaire, Yossi Cohen a commencé à l’interpeller avec violence et Olmert lui a demandé de s’asseoir.

« C’est en prison qu’on vous donne l’ordre de vous asseoir ! », a riposté Cohen, faisant allusion au séjour passé derrière les barreaux par Olmert, qui avait été condamné pour corruption.

Olmert avait précédé Netanyahu au poste de Premier ministre et il avait mis un terme à son mandat en 2009 avant sa mise en examen officielle pour corruption. Il avait été reconnu coupable de fraude en 2014 et il avait passé 16 mois en cellule après avoir écopé d’une peine de 27 mois d’emprisonnement.

L’ancien Premier ministre Ehud Olmert arrive pour une audience de la cour sur la plainte pour diffamation déposée par la famille Netanyahu à son encontre à la cour des magistrats de Tel Aviv, le 12 juin 2022. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Olmert a riposté du tac au tac, disant que « vous aurez rapidement l’occasion de vous en rendre compte vous-même », ce à quoi Cohen a répondu que l’ancien Premier ministre utilisait « le langage carcéral ».

Le juge Amir Yariv est alors intervenu, disant aux deux hommes que s’il avait voulu « faire la police entre deux enfants de cinq ans, je serais resté chez moi ».

Dans son témoignage, l’ex-Premier ministre a indiqué aux juges que feu Meir Dagan, ancien directeur du Mossad, lui avait parlé d’incidents « graves et troublants » concernant le couple Netanyahu.

« Le président français et le Premier ministre allemand se parlent et le président français dit de Netanyahu qu’il est un menteur », a expliqué Olmert. « J’ai l’impression qu’un modèle de comportement se tisse ici, qui a des implications très graves en ce qui concerne les problématiques les plus sensibles que l’État d’Israël doit prendre en charge ».

« Dagan m’a dit : ‘J’étais assis dans la résidence du Premier ministre, en train de parler de l’approbation d’une opération militaire très importante et soudain, l’épouse du Premier ministre arrive’, » a continué Olmert. « Et là, le Premier ministre lui a dit : ‘Mais qu’importe qu’elle soit là ou non. Je lui dit absolument tout et elle est au courant de tout’. »

Olmert a déclaré que Dagan lui avait raconté qu’après avoir demandé avec insistance que Sara quitte la pièce, il n’avait jamais été autorisé à revenir à la résidence du Premier ministre.

Meir Dagan, ex-Mossad chief, at a meeting of the Knesset's Foreign Affairs and Defense Committee in 2010. (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)
Meir Dagan, ex-chef du Mossad, lors d’une réunion de la commission des Affaires étrangères et de la Défense en 2010. (Crédit: Yossi Zamir/Flash90)

Dans deux entretiens distincts qui avaient été accordés l’année dernière à la Douzième chaîne et au site d’information Democrat TV, Olmert avait critiqué Netanyahu en ajoutant que « ce qui est irréparable, ce sont les maladies psychiques du Premier ministre, de son épouse et de son fils », se référant à Yair Netanyahu.

« Ils ont besoin de soins psychiatriques », avait continué Olmert.

L’ex-Premier ministre avait affirmé avoir consulté des experts avant de tenir ces propos. « Une maladie psychique est une maladie. Elle nécessite une prise en charge médicale et les malades ne doivent pas se sentir offusqués par mes paroles », avait-il continué. « Je ne veux pas que Netanyahu continue à diriger le pays et à prendre des décisions sur les questions les plus déterminantes, c’est tout. »

Lors du contre-interrogatoire, l’avocat de l’équipe de Netanyahu, Yossi Cohen, a demandé à Olmert s’il avait consulté un psychiatre avant de déclarer que la famille Netanyahu était atteinte de troubles psychiques, ce à quoi Olmert a répondu ne pas comprendre la question.

Une altercation bruyante entre les deux hommes a suivi. Cohen a noté qu’Olmert affirmait que le couple Netanyahu souffrait « du complexe de Napoléon » dans sa réponse à la plainte. Olmert a rétorqué que Cohen, lui aussi, « correspond bien à cette description » et l’avocat l’a qualifié de « cinglé ».

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