Où en est le projet israélien d’accueil de 100 orphelins syriens ?
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Un militant : ‘ce ne sera pas facile mais c’est faisable’

Où en est le projet israélien d’accueil de 100 orphelins syriens ?

3 mois après l’annonce de l’initiative, le ministère de l’Intérieur indique qu’il attend encore une autorisation, mais ne peut pas dire de qui

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Un enfant syrien évacué de Waer, le dernier district de Homs tenu par l'opposition au régime, à son arrivée dans la ville syrienne d'al-Bab, le 19 mars 2017. (Crédit : Nazeer al-Khatib/AFP)
Un enfant syrien évacué de Waer, le dernier district de Homs tenu par l'opposition au régime, à son arrivée dans la ville syrienne d'al-Bab, le 19 mars 2017. (Crédit : Nazeer al-Khatib/AFP)

Un projet israélien très médiatisé pour accorder le statut de réfugiés à 100 orphelins syriens semble être bloqué dans les limbes bureaucratiques, et le ministère responsable est bien en peine d’expliquer pourquoi.

En janvier, le ministre de l’Intérieur, Aryeh Deri, a autorisé l’accueil d’orphelins en Israël, mais depuis, le ministère ne s’est pas exprimé sur le sujet.

L’attaque chimique de la semaine dernière en Syrie, qui a notamment été condamnée par Israël comme « une tâche sur l’humanité », n’a pas poussé le gouvernement à agir sur ce dossier.

Sabin Hadad, porte-parole de l’Autorité de la population, de l’immigration et des frontières, une branche du ministère de l’Intérieur, a démenti qu’Israël ait abandonné son projet d’accueillir les Syriens. « Nous attendons que l’on nous dise que c’est autorisé par l’autorité nécessaire », a-t-elle déclaré mercredi au Times of Israël.

Cependant, quand il lui a été demandé de qui l’autorité, qui approuve normalement les visas d’entrée, attendait l’autorisation, elle n’a pas donné de précision, se contentant de répondre que c’était « compliqué ».

Un bénévole, membre des Casques blancs, transporte un enfant sauvé des décombres après un bombardement de la ville d'Alep, le 24 novembre 2016. (Crédit : Ameer Alhalbi/AFP)
Un bénévole, membre des Casques blancs, transporte un enfant sauvé des décombres après un bombardement de la ville d’Alep, le 24 novembre 2016. (Crédit : Ameer Alhalbi/AFP)

Quand il a été annoncé, le projet accordait à 100 enfants syriens orphelins un statut de résidence temporaire, qui deviendrait permanent après quatre ans. Ils devaient être accueillis dans des familles arabes israéliennes.

De plus, les membres de la famille proche des enfants pouvaient aussi demander le statut de réfugiés.

« La réponse est que nous ne sommes pas impliqués dans ce processus, et que nous attendons le feu vert pour progresser, a déclaré Hadad mercredi. Parce qu’il y a beaucoup de facteurs dans ce processus, beaucoup d’autorisations sont nécessaires au fur et à mesure. »

Hadad a indiqué que le projet devait être mené en coordination avec l’Agence pour les réfugiés des Nations unies (UNHCR).

Un porte-parole de l’agence des Nations unies a refusé de s’exprimer.

Nir Boms (autorisation)
Nir Boms (autorisation)

Le professeur Nir Boms, chercheur au centre Moshe Dayan de l’université de Tel Aviv et militant important qui pousse Israël à en faire plus pour aider les Syriens, a dit au Times of Israël qu’il semblait qu’aucun politique ne veuille mener à bien ce projet.

« Si le Premier ministre voulait faire avancer le projet, il pourrait en faire plus en ordonnant aux agences concernées de progresser », a-t-il dit.

Le bureau du Premier ministre n’a pas répondu à nos questions.

« Il y avait un processus d’enquête pour voir si c’était faisable. Ce n’est pas facile, mais ce n’est pas impossible », a dit Boms.

Selon Hadad, le projet initial était qu’Israël intègre des Syriens qui avaient déjà obtenu le statut de réfugiés en Europe.

Gal Lusky, qui dirige Israël Flying Aid, une ONG qui a apporté de l’aide humanitaire israélienne en Syrie, a déclaré qu’Israël lui avait demandé conseil sur ce dossier, et qu’elle avait « personnellement recommandé que le gouvernement contourne l’UNHCR et agisse seul. »

Elle a dit avoir poussé Israël à prendre des orphelins qui sont toujours en Syrie plutôt que ceux qui sont en Europe, ajoutant que l’idée flottait depuis trois ans, et que 1 500 familles israéliennes avaient déjà promis d’accueillir des enfants syriens.

« Ce n’est qu’une question de décision, qui revient au Premier ministre », a-t-elle affirmé.

La guerre est revenue à la une des journaux après une attaque au gaz le 4 avril contre la ville d’Idlib, tenue par l’opposition au régime, qui a tué plus de 80 personnes et fait plus de 200 blessés. Beaucoup des victimes sont des enfants.

Un enfant syrien inconscient transporté à l'hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d'Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)
Un enfant syrien inconscient transporté à l’hôpital de Khan Sheikhun, une ville tenue par les rebelles de la province d’Idleb, après une attaque au gaz toxique, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

L’attaque a été largement condamnée, notamment par Israël, et le gouvernement syrien de Bashar el-Assad a été accusé, même si Damas dément toute responsabilité.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a « fermement condamné » l’attaque. Il a appelé la communauté internationale à achever le processus de destruction de toutes les armes chimiques de Syrie.

« Quand j’ai vu des photographies de bébés suffoquant à cause d’une attaque chimique en Syrie, j’ai été choqué et scandalisé. Il n’y a absolument aucune excuse pour des attaques délibérées contre des civils et contre des enfants, en particulier avec des armes chimiques cruelles et illégales », a-t-il déclaré.

Le président Reuven Rivlin avait déclaré, après avoir vu les photographies parvenant de Syrie, qu’il s’agissait d’une « tâche sur toute l’humanité ».

« Nous continuerons à aider les survivants des horreurs en Syrie. Nous savons tous trop bien à quel point le silence peut être dangereux, et nous ne pouvons pas rester silencieux », a-t-il ajouté.

Dimanche, le cabinet de sécurité d’Israël s’est réuni après l’attaque au gaz, et s’est mis d’accord pour réfléchir à une proposition pour faire venir les enfants blessés par l’attaque chimique de la semaine dernière en Israël afin qu’ils soient soignés.

Cependant, même pendant cette rencontre et malgré le scandale exprimé par les dirigeants israéliens, le projet d’accueil des 100 orphelins syriens n’a pas été mentionné, selon le quotidien Haaretz.

Une chambre de l'hôpital de Khan Sheikhoun, une ville syrienne tenue par les rebelles dans la province d'Idleb, après une attaque chimique présumée, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)
Une chambre de l’hôpital de Khan Sheikhoun, une ville syrienne tenue par les rebelles dans la province d’Idleb, après une attaque chimique présumée, le 4 avril 2017. (Crédit : Omar Haj Kadour/AFP)

Israël a soigné beaucoup de blessés de la guerre civile syrienne ces dernières années. L’Etat juif gère un hôpital de campagne à la frontière, et environ 3 000 Syriens ont été soignés en Israël depuis décembre 2013, selon l’armée israélienne.

La politique officielle de l’armée israélienne est de soigner tout Syrien qui nécessite une aide médicale importante, peu importe qui il est. Pour l’armée, l’aide médicale aux victimes de la guerre civile est une initiative humanitaire.

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