Rechercher

Paris « condamne » le lancement d’une fusée par Téhéran

L'Iran revendique son droit "inaliénable" à poursuivre ses recherches, mais les activités balistiques lui sont interdites en raison de la résolution 2231 du Conseil de sécurité

Photo publiée par le site officiel du ministère iranien de la Défense le 30 décembre 2021 montre le lancement de la fusée Simorgh, ou "Phoenix", dans un lieu non divulgué en Iran. (Crédit : Ministère de la défense iranien via AP)
Photo publiée par le site officiel du ministère iranien de la Défense le 30 décembre 2021 montre le lancement de la fusée Simorgh, ou "Phoenix", dans un lieu non divulgué en Iran. (Crédit : Ministère de la défense iranien via AP)

La France a « condamné » vendredi le lancement la veille d’une fusée par Téhéran au moment où les négociations sur le programme nucléaire iranien enregistraient selon elle des « progrès », des propos poussant l’Iran à revendiquer son droit « inaliénable » à poursuivre ses recherches.

« La France condamne ce lancement qui n’est pas conforme à la résolution 2231 du Conseil de sécurité des Nations unies », a indiqué la diplomatie française dans un communiqué. « Ces activités sont d’autant plus regrettables qu’elles interviennent à un moment où nous enregistrons des progrès dans la négociation nucléaire à Vienne ».

L’Iran a affirmé jeudi avoir lancé dans l’espace une fusée transportant trois appareils de recherche spatiale, déclenchant immédiatement des protestations américaines.

« Du fait de la grande proximité des technologies employées pour les lancements spatiaux et les tirs balistiques, ce lancement participe directement aux progrès déjà préoccupants de l’Iran dans son programme de missiles balistiques », a estimé le Quai d’Orsay, rappelant que la résolution 2231 appelait l’Iran « à ne pas procéder à des activités liées aux missiles balistiques conçus pour être capables d’emporter des armes nucléaires ».

Cette photo publiée par le site officiel du ministère iranien de la Défense le 30 décembre 2021 montre la fusée Simorgh, ou « Phoenix », avant son lancement dans un lieu tenu secret en Iran. (Crédit : Ministère de la défense iranien via AP)

Dans la soirée, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien Saïd Khatibzadeh a répondu avec vigueur, estimant que « le progrès dans le domaine de la science et de la recherche, notamment l’espace, (était) un droit inaliénable du peuple iranien » et que ces déclarations « n’affecteraient pas la détermination » de la république islamique.

Il a par ailleurs jugé « fallacieuse et fondamentalement inexacte » la référence à la résolution 2231.

Ce tir de fusée intervient en plein pourparlers pour sauver l’accord de Vienne, relancés fin novembre après cinq mois d’interruption entre Téhéran et les pays encore parties au pacte (France, Royaume-Uni, Allemagne, Russie, Chine). Ils visent à faire revenir dans l’accord les Etats-Unis, qui l’ont quitté en 2018 sous la présidence de Donald Trump et ont rétabli des sanctions contre l’Iran. Washington y participe de manière indirecte.

En février 2020, l’Iran avait échoué à mettre en orbite un satellite d’observation scientifique, baptisé Zafar (« Victoire » en persan). Son lancement avait aussi été condamné par Paris et Washington, qui avaient accusé Téhéran de vouloir renforcer ses compétences dans le domaine des missiles balistiques par le biais du lancement de satellites.

Site de lancement du satellite iranien Zafar. (Crédit : Twitter)

Deux mois plus tard, en avril 2020, les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique de la République islamique, avaient lancé leur premier satellite militaire. Les Etats-Unis avaient alors estimé que ce lancement prouvait que le programme spatial iranien était destiné à des fins militaires plus que commerciales.

« Le programme balistique iranien est une source de préoccupation pour la communauté internationale », ajoutait vendredi le communiqué français, qui demandait à l’Iran « de respecter ses obligations (…), y compris celles concernant les transferts d’armes et de technologies sensibles ».

« Les Etats-Unis restent préoccupés par le développement iranien de lanceurs spatiaux, qui pose un risque de prolifération », avait dit jeudi une porte-parole du département d’Etat, qui a toutefois réaffirmé que Washington « souhaite un retour mutuel au respect total de l’accord » de 2015 visant à empêcher l’Iran d’obtenir l’arme nucléaire.

L’engin spatial « comprend des technologies qui sont presque identiques et interchangeables avec celles utilisées dans les missiles balistiques, notamment ceux de longue portée », avait aussi noté la porte-parole américaine.

Le Palais Cobourg, lieu des pourparlers de relance du Plan d’action global conjoint (JCPOA), à Vienne, le 29 novembre 2021. (Crédit : VLADIMIR SIMICEK / AFP)

Elle avait aussi estimé que ce lancement représentait une violation de la résolution 2231 du Conseil de sécurité de l’ONU qui entérine l’accord de 2015 sur le programme nucléaire iranien (dont l’acronyme en anglais est JCPOA) et enjoint Téhéran à « ne mener aucune activité liée aux missiles balistiques conçus pour pouvoir emporter des charges nucléaires ».

« Le programme nucléaire iranien était efficacement limité par le JCPOA », a souligné la porte-parole de la diplomatie américaine.

« L’administration précédente les a libérés de ces contraintes, ce qui rend encore plus dangereux » les autres projets de l’Iran, notamment leur programme « provocateur » de missiles balistiques, a-t-elle ajouté.

« C’est pour cela que nous essayons de parvenir à un retour mutuel au respect de l’accord », a-t-elle conclu.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...