Pascal Boniface agressé à son arrivée à Ben Gurion
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Pascal Boniface agressé à son arrivée à Ben Gurion

Le géopolitologue pro-palestinien, taxé d'antisémitisme, a l'intention de porter plainte et déplore la "confusion entre la critique d'un gouvernement et la haine d'un peuple"

Pascal Boniface, en 2015. (Crédit : CC BY-SA 3.0
via Wikimedia Commons)
Pascal Boniface, en 2015. (Crédit : CC BY-SA 3.0 via Wikimedia Commons)

L’intellectuel controversé français Pascal Boniface, fondateur et directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques a été convié en Israël du 16 au 19 avril par le consulat français à Jérusalem, où, selon une information de site Sud Ouest, il devait donner plusieurs conférences.

Ses prises de positions lui ont souvent valu d’être au cœur de polémiques, notamment sur le conflit-israélo-palestinien. Dans son livre Est-il permis de critiquer Israël ?, il s’efforce de faire le distinguo entre antisémitisme et critique du gouvernement.

Dans une vidéo relayée sur YouTube, on peut voir l’ancien conseiller de Jean-Pierre Chevènement faire l’objet de vives insultes et de bousculades dans le hall des arrivées de l’aéroport Ben Gurion. En proie à des propos injurieux, Pascal Boniface s’interroge sur l’absence de personnel de sécurité.

« J’ai été pris à partie par une demi-douzaine d’individus franco-israéliens apparemment – ils parlaient très bien notre langue – qui m’ont insulté de façon très vive », a déclaré l’auteur d’Antisémite sur Europe 1.

« Ils ont mis en avant mes liens avec les Arabes. Il y avait beaucoup de racisme anti-arabe dans leurs propos, dans leurs insultes », poursuit-il.

« Ils m’ont bousculé, ils m’ont craché dessus, ils ont voulu m’entraîner en dehors de l’aéroport pour me crever les yeux selon leurs propos », a poursuivi le chercheur. « Ils ne l’ont pas fait parce que j’ai un peu résisté et au bout de quelques minutes, la police est intervenue pour me mettre à l’abri ».

Pascal Boniface a souligné que la police « ne les a pas interpellés, mais au moins elle a évité que ça ne dégénère plus que cela. »

« Ces personnes qui m’ont pris vivement à partie pensent que je suis antisémite parce qu’il m’arrive de critiquer le gouvernement israélien. Il y a donc une confusion qui est gravissime entre la critique d’un gouvernement et la haine d’un peuple. »

L’écrivain a conclu que « confusion est malheureusement entretenue par beaucoup d’intellectuels et de responsables politiques ».

« Selon l’Institut français, c’est la première fois en 25 ans d’invitation, qu’une personnalité est pris à partie physiquement », souligne-t-il. « Cette agression a été condamnée par le Consulat de France à Jérusalem. L’ambassade de France en Israël et le quai d’Orsay sont restés muets », écrit-il sur son blog Médiapart, dans lequel il rappelle que « l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS, qu’il a fondé) est certainement la seule institution universitaire où sont venues s’exprimer cette année devant nos étudiants, Aliza Bin-Noun, ambassadrice d’Israël en France, et Leïla Shahid [cousine éloignée de Yasser Arafat], ancienne déléguée de l’Autorité palestinienne en France et ambassadrice de la Palestine auprès de l’Union européenne.

Pierre Cochard, le consul général à Jérusalem a publié un communiqué pour condamner l’agression, appelant au respect du « principe de la liberté d’expression et le respect dû à chacun ».

Le directeur de l’IRIS a fait savoir qu’il avait l’intention de porter plainte.

En 2001, alors au poste de délégué national pour les questions stratégiques au Parti socialiste, Pascal Boniface avait suscité une vive polémique au sein de la communauté juive de France en comparant Ariel Sharon, Premier ministre israélien entre 2001 et 2006, à Jörg Haider, président du parti d’extrême droite FPÖ en Autriche, fondé par d’anciens nazis et actuellement au pouvoir dans la coalition du chancelier Sebastian Kurz.

Il avait écrit dans une note interne « confidentielle », à l’intention de François Hollande, alors secrétaire du Parti socialiste, duquel était membre Boniface avant de le quitter deux and plus tard en raison de son « alignement excessif sur les positions pro-israéliennes de la communauté juive ». Dominique Strauss Kahn l’aurait publiquement critiqué.

« À vouloir maintenir une balance égale, entre forces de l’ordre israéliennes et manifestants palestiniens, mettre en parallèle les attentats des désespérés, qui sont prêts au suicide parce qu’ils n’ont pas d’autres horizons, et la politique planifiée de répression, mise en œuvre par le gouvernement israélien, le PS et le gouvernement sont considérés par une partie, de plus en plus importante, de l’opinion comme ‘injustes’. Pourquoi, ce qui vaut pour les Kosovars ne vaut-il pas pour les Palestiniens ? Peut-on diaboliser Haider et traiter normalement Sharon, qui ne s’est pas, lui, contenté de dérapages verbaux mais est passé aux actes ? Ce sont des remarques, que l’on entend de plus en plus souvent. »

Dans un article pour le Monde, Pascal Boniface déclarait que la « communauté juive, à trop permettre l’impunité du gouvernement israélien (…) pourrait être perdante ». « La communauté d’origine arabe et/ou musulmane est certainement moins organisée, ajoutait-il, mais elle voudra faire contrepoids, et pèsera vite numériquement, si ce n’est déjà le cas. »

Boniface a été invité, telle « une main tendue », sur Europe 1 par le philosophe Raphael Enthoven en mars dernier après une « engueulade » sur Twitter.

« Dans son dernier livre, Antisémite (Éditions Max Milo), il se défend contre le ‘procès en antisémitisme’ qui est, selon lui, un moyen de faire taire les critiques du gouvernement d’Israël. Sur un sujet comme le conflit israélo-palestinien, comment débattre sans se fâcher ? Comment ne pas réduire ce que dit l’autre à ce qu’il est (essentisalisation) ? Comment ne pas lui reprocher ses accointances fantasmées (complotisme) ? Comment ne pas caricaturer l’adversaire ?, » était écrit en introduction de l’émission Qui vive du 11 mars dernier.

A propos de cette note de 2001, Boniface déclare au micro d’Enthoven : « Je disais dans cette note qu’il ne fallait pas appliquer à ce conflit [israélo-palestinien] le principe du poids des communautés parce qu’à terme, la communauté juive serait perdante. » « On ne peut pas être en contradiction avec des principes motifs moraux quand on se dit de gauche », a-t-il poursuivi.

« Dans la mesure où l’on n’appliquait pas à ce conflit les mêmes critères qu’on appliquait à d’autres conflits, notamment le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, on perdait une partie de l’efficacité électorale, dans la mesure ou l’on était en contradiction, et le PS n’avait pas le droit de faire cela. »

Boniface, « ennemi de Bernard Henri Lévy au même titre que de Soral et de Dieudonné », s’est déclaré être « sioniste de la Ligne verte », à savoir, en faveur de l’existence de l’état hébreu « qu’il reconnaît, et qu’il faut reconnaître », et de la solution à deux états.

A propos de la note rédigée par la professeur de Mante la Jolie, Nathalie Coste, à la demande de Boniface, sur l’antisémitisme des banlieues, il a refusé le stigmatisme des banlieues françaises.

Interrogé sur la notion d’apartheid qui a eu lieu en Afrique du Sud et est prêtée à Israël par ses détracteurs, Pascal Boniface a répliqué que « la situation d’apartheid est évoquée pour les Palestiniens des Territoires occupés … qui n’ont pas les mêmes droits … c’est une référence qui parle aux gens, il faudrait trouver une autre terminologie… qui est celle de l’occupation ».

« La notion d’apartheid est une référence idéologique mobilisatrice dans le débat de loi… il y a bien une réalité de l’occupation qui crée des statuts inégaux. »

En 2014, sur Radio J, l’auteur du néologisme « bonifascisme », Bernard Henri-Lévy, avait assimilé Pascal Boniface à l’islamologue Tariq Ramadan ou encore au polémiste Dieudonné, affirmant qu’ils « composent une espèce de nébuleuse idéologique ». Les deux hommes se sont très souvent livrés à des joutes verbales par médias interposés.

Un chapitre de son livre La France, malade du conflit israelo-palestinien paru en 2014, Pascal Boniface a consacré un chapitre de son livre à l’affaire Ilan Halimi, qui avait suscité des critiques, notamment de Juien Dray (PS) et du journaliste Frédéric Haziza.

Selon l’auteur, « le traitement de l’affaire par les médias a pu également susciter des interrogations. « Antisémite le mobile ? Oui et non, » écrivait-il en 2014, alors qu’en 2006, le mobile antisémite avait été retenu par la justice.

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