Pelosi fustige Trump et les Républicains qui « calomnient » Rashida Tlaib
Rechercher

Pelosi fustige Trump et les Républicains qui « calomnient » Rashida Tlaib

La présidente démocrate de la Chambre a accusé les républicains de "calomnier" et de "déformer les propos" tenus par la représentante du Michigan sur la Shoah

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, prend la parole avant une rencontre avec le président colombien Ivan Duque Marquez au Capitole des États-Unis, à Washington, le 13 février 2019. (Saul Loeb/AFP)
La présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, prend la parole avant une rencontre avec le président colombien Ivan Duque Marquez au Capitole des États-Unis, à Washington, le 13 février 2019. (Saul Loeb/AFP)

WASHINGTON — La présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi, a défendu Rashida Tlaib alors que le président Donald Trump et les Républicains au Congrès l’ont attaquée pour ses propos sur la Shoah, qu’ils ont jugé antisémites. Elle a demandé à ce qu’ils présentent leurs excuses.

Elle accuse les républicains de la « calomnier » et de « déformer ses propos » dans un effort « révoltant ».

Première élue Palestino-Américaine et l’une des deux premières musulmanes à siéger au Congrès américain, Rashida Tlaib a évoqué ses origines dans un entretien enregistré vendredi pour le podcast « Skullduggery » de Yahoo.

Interrogée par les animateurs Michael Isikoff et Daniel Klaidman sur son soutien à une solution à un seul Etat, elle a évoqué les récentes cérémonies à l’occasion de Yom HaShoah.

Dans une longue phrase sinueuse, l’élue de la Chambre des représentants explique trouver une « sorte d’apaisement » dans le fait que sa famille palestinienne ait, d’une façon, contribué à « créer un refuge sûr pour les Juifs ».

« Il y a, vous savez, une sorte de sentiment d’apaisement, c’est ce que je dis toujours aux gens, lorsque je pense à l’Holocauste, et à la tragédie de l’Holocauste, et au fait que ce soit mes ancêtres, les Palestiniens, qui aient perdu leurs terres, et certains leurs vies, leurs moyens de subsistance, leur dignité humaine, leur existence, sous de nombreux aspects ont été annihilés… Je veux dire, tout cela a été fait pour tenter de créer un refuge sûr pour les Juifs, après l’Holocauste, après la tragédie et l’atroce persécution des Juifs à travers le monde à cette époque ».

Trump a déclaré lundi matin que ses propos montrent qu’il « est évident qu’elle a une haine incroyable d’Israël et des Juifs ».

Rashida Tlaib, une démocrate du Michigan qui court pour la Chambre des représentants américaine, interviewée par Democracy Now! le 16 août 2018. (Capture d’écran: YouTube)

« La représentante démocrate Tlaib est critiquée pour ses propos horribles et insensibles sur la Shoah », a-t-il écrit sur Twitter. « Il est évident qu’elle a une haine incroyable d’Israël et des Juifs. Pouvez-vous imaginer ce qui se passerait si je disais ce qu’elle a dit ? »

En accusant les républicains de « manipulations grossières », les chefs démocrates du Congrès ont offert leur soutien à la parlementaire.

Rejetant les « mensonges des républicains », une porte-parole de Rashiba Tlaib a souligné dans un communiqué qu’elle n’avait « en aucune façon (…) dit que l’Holocauste lui procurait un sentiment d’apaisement ». Ses propos ont été déformés « pour inciter à la haine ».

Les républicains reproduisent ses propos « hors de leur contexte », a renchéri le chef de la majorité démocrate à la Chambre, Steny Hoyer, les appelant également a présenter des excuses.

Le groupe Republican Jewish Coalition a également envoyé un e-mail incendiaire en ne reprenant que partiellement ses propos : « Il y a, vous savez, une sorte de sentiment d’apaisement, c’est ce que je dis toujours aux gens, lorsque je pense à l’Holocauste ».

Dans le podcast, Tlaib a déclaré : « j’aime l’idée que mes ancêtres y ont contribué, de plusieurs façons. Mais ils l’ont fait d’une façon qui leur a immédiatement enlevé toute dignité, n’est-ce-pas ? Et cela leur a été imposé. Et donc, quand je pense à la solution à un Etat, je pense au fait que nous aurions pu le faire d’une meilleure façon. »

Jonathan A. Greenblatt, directeur exécutif de la Ligue anti-diffamation (ADL), à Los Angeles, le 6 novembre 2014. (Crédit : ADL)

Jonathan Greenblatt, président de l »Anti-Defamation League (ADL), a déclaré que trois choses étaient vraies : Tlaib devrait clarifier ses propos étant donné la nature délicate de la question de la Shoah ; les Palestiniens n’ont pas tenté de protéger les Juifs de la machine à tuer nazie, et les politiciens ne devraient pas « instrumentaliser » ses propos pour obtenir un gain politique.

« Quand une personnalité publique tient des propos sur des questions sensibles, comme notamment les horreurs de la Shoah, qui manque de précisions ou qui sont mal interprétés, il vaut mieux clarifier/rectifier ses propos », a tweeté Greenblatt.

Il a ajouté que « les Palestiniens n’ont pas offert de « refuge » aux Juifs après la Shoah. Ils se sont opposés à l’entrée de Juifs en Palestine mandataire, et se sont opposés à la création d’un Etat juif aux côtés d’un Etat arabe ».

De plus, il a estimé qu’il était « inacceptable que des élus instrumentalisent les propos d’autres élus sur les Juifs ou sur la Shoah à des fins politiques. Pour avancer dans la lutte contre l’antisémitisme, il faut mettre fin au jeu des reproches. »

D’autres voix se sont élevées pour rejeter le caractère antisémite des propos de Rashida Tlaib.

L’argument de Tlaib voulant que les Palestiniens aient « offert un refuge aux Juifs (…) n’est pas historiquement correct (les Arabes locaux avaient protesté et demandé aux Britanniques de stopper l’immigration juive, et leur Mufti était un allié de Hitler), mais ce n’est pas antisémite », a analysé Yair Rosenberg, un journaliste du site juif américain d’information Tablet.

« Honte aux dirigeants du parti républicain pour avoir instrumentalisé l’antisémitisme et le traumatisme des Juifs », a ajouté une association rassemblant des Américains juifs et progressistes, « Bend the Arc: Jewish Action ».

L’AFP a contribué à cet article.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...