Plus d’Arabes israéliens rejoignent le service national, et découvrent les aides de l’Etat et le patriotisme
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‘Je me sens loyal envers cet état. Je vois ce qu’il fournit aux personnes de ma communauté, malgré tous les mots durs’

Plus d’Arabes israéliens rejoignent le service national, et découvrent les aides de l’Etat et le patriotisme

Des non citoyens de Jérusalem Est se portent aussi secrètement bénévoles, 85 % des participants le font pour obtenir un bon emploi par la suite

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Baraa Abed, résidente de 20 ans de Jérusalem Est, en août 2016. Elle fait partie du nombre croissant d'Arabes qui rejoignent le service national d'Israël. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Baraa Abed, résidente de 20 ans de Jérusalem Est, en août 2016. Elle fait partie du nombre croissant d'Arabes qui rejoignent le service national d'Israël. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

Ils ressemblent au couple sioniste religieux moyen en Israël : elle participe au service national de l’Etat juif, et lui est un ancien combattant de l’armée. Sauf qu’ils sont tous les deux arabes musulmans, et qu’elle, Baraa Abed, est de Jérusalem Est. Son mari (resté anonyme) vient d’un village du nord du pays.

Abed, 20 ans, qui travaille maintenant comme volontaire dans un bureau du ministère israélien de l’Intérieur, fait partie d’une communauté croissante de jeunes arabes qui renoncent à des décennies de combat anti-normalisation avec le gouvernement israélien à majorité juive, pour à la fois donner, et recevoir, de l’Etat.

Historiquement, presque tous les participants au service national étaient des femmes juives religieuses sionistes, qui voulaient servir leur pays mais, pour des raisons religieuses, ne voulaient pas le faire dans l’armée. Ces femmes ont reçu des exemptions quasi automatiques de l’armée, même si, ces dernières années, elles sont de plus en plus nombreuses à choisir de servir pour l’armée israélienne.

Il y a six ans, seulement 600 personnes non juives étaient dans le programme de service national d’Israël, dans lequel les participants sont bénévoles pendant un à deux ans dans des institutions publiques comme des écoles, des hôpitaux, des tribunaux ou des cliniques.

Actuellement, 4 500 personnes non juives font leur service national, dont 100 viennent de Jérusalem Est. Ce chiffre est le triple de celui de la communauté ultra-orthodoxe (1 500 personnes), dont la plupart sont des hommes qui ont obtenu une exemption religieuse pour l’armée, mais voulaient quand même servir leur pays. Il y a également 8 500 sionistes religieux qui font leur service national, principalement des femmes.

Les Israéliens non juifs, principalement Arabes, constituent environ 20 % des 8,6 millions d’habitants du pays.

Des milliers de juifs ultra-orthodoxes pendant une manifestation contre le projet du gouvernement d'enrôlement des étudiants de yeshiva dans l'armée israélienne ou le service national, à Jérusalem, le 16 mai 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Des milliers de juifs ultra-orthodoxes pendant une manifestation contre le projet du gouvernement d’enrôlement des étudiants de yeshiva dans l’armée israélienne ou le service national, à Jérusalem, le 16 mai 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Devant un groupe de journalistes, Abed a déclaré lundi à Jérusalem que son mari l’avait inspirée pour être volontaire.

Elle a vu les avantages qu’il avait obtenus du pays en tant que soldat, comme de l’argent pour l’éducation, les soins médicaux, et les opportunités d’emploi, et a décidé qu’elle voulait la même chose pour elle.

Ancienne vendeuse dans un magasin de vêtements de Jérusalem Est, Abed vivait seule dans un pensionnat, loin de sa famille avec qui elle ne s’entendait plus. Elle a déclaré que son expérience l’avait aussi encouragée à prendre le contrôle de sa vie.

Baraa Abed, résidente de 20 ans de Jérusalem Est, en août 2016. Elle fait partie du nombre croissant d'Arabes qui rejoignent le service national d'Israël. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Baraa Abed, résidente de 20 ans de Jérusalem Est, en août 2016. Elle fait partie du nombre croissant d’Arabes qui rejoignent le service national d’Israël. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

« Au début, j’avais peur et pensais que la communauté arabe ne m’accepterait pas. Puis je me suis dit, qu’est-ce que je vais obtenir d’eux ? L’Etat me donnera ce dont j’ai besoin », a déclaré Abed, qui, pour des raisons de sécurité, a demandé à ce que son visage ne soit pas montré.

Les personnes faisant leur service national reçoivent exactement les mêmes avantages qu’un soldat, ce qui comprend environ 800 shekels (190 euros) par mois, des soins médicaux gratuits, des transports publics gratuits, et un don de 11 000 shekels (2 620 euros) à la fin de leur service pour chaque année servie, qui peuvent être utilisés pour financer des études ou acheter une maison. S’ils servent deux ans, une année complète d’université est aussi payée.

De plus, il existe un programme spécial qui n’est disponible que pour ceux dont l’arabe est la langue maternelle : un an de préparation à l’université complètement financé. Pendant ce programme, les participants reçoivent 1 500 à 3 700 shekels (357 à 880 euros) par mois, selon leur situation familiale.

Abed, qui n’est pas citoyenne israélienne et n’a qu’un statut de résidence temporaire, comme la plupart du demi-million d’Arabes de Jérusalem Est, a déclaré que ses relations symbiotiques avec l’Etat avaient encouragé son sentiment patriotique.

« Je me sens loyale envers cet Etat. Je vois ce qu’il fournit aux personnes de ma communauté, malgré tous les mots durs qu’ils disent à propos de l’Etat », a-t-elle déclaré.

Une fois qu’Abed a commencé à travailler au ministère de l’Intérieur, où elle aide les arabophones à naviguer dans certains processus administratifs, comme le renouvellement d’une carte d’identité ou d’un passeport, a-t-elle déclaré, « j’ai finalement trouvé la stabilité que je cherchais. »

Servir leur pays en secret

Réveillé tard un soir il y a environ un an, un jeune homme de vingt ans du camp de réfugiés de Shuafat, dans Jérusalem Est, surfait sur internet et est tombé sur le site du service national d’Israël.

A.H., 21 ans, habite à Jérusalem Est, et est volontaire pour le service national d'Israël, en août 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
A.H., 21 ans, habite à Jérusalem Est, et est volontaire pour le service national d’Israël, en août 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

A., 21 ans, qui a demandé que son nom et son visage n’apparaissent pas dans l’article pour sa sécurité, a appelé le bureau et dit qu’il voulait être volontaire. La première proposition a été dans un hôpital psychiatrique, ce qu’il a immédiatement refusé. A. a pris le temps d’attendre qu’un poste ouvre dans un tribunal. Rapidement, il a reçu un appel du ministère de l’Intérieur.

« Je n’avais pas réalisé que c’était un entretien d’embauche. Je pensais qu’ils m’appelaient pour un problème de résidence », a raconté A., qui lui non plus n’est pas citoyen israélien, mais résident permanent de Jérusalem.

« Je me sentais bien tous les jours après le travail. C’est la première fois que je me sens apprécié et accueilli », a déclaré A., qui travaillait avant dans une station service et aide maintenant les arabophones au ministère de l’Intérieur, comme Abed.

« Je me sens comme si je travaillais avec ma plus grande famille », a dit A., racontant avec un sourire avoir célébré les fêtes juives pour la première fois avec ses collègues.

Quand il lui a été demandé s’il se sentait loyal envers l’Etat, il a souri encore : « certainement ».

Mais pour les habitants de Shuafat, tout comme pour Abed, son service est un secret qui n’est connu que de sa famille proche et de ses meilleurs amis. Si le mot était passé, sa vie pourrait être en danger. En avril, Baha Nabata, 31 ans, dirigeant d’une association de jeunesse et pour les droits civiques estimé, a été assassiné dans le camp, apparemment pour « collaboration » avec les autorités israéliennes pendant sa quête d’amélioration des services municipaux.

Des lanceurs de pierres palestiniens près d'un feu de bois lors d'affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à Shuafat, à Jérusalem Est, le 5 octobre 2015 (Crédit : AFP/Ahmad Gharabli)
Des lanceurs de pierres palestiniens près d’un feu de bois lors d’affrontements avec les forces de sécurité israéliennes à Shuafat, à Jérusalem Est, le 5 octobre 2015 (Crédit : AFP/Ahmad Gharabli)

Sar Shalom Gerbi, directeur général du service national d’Israël, a déclaré que les bénévoles arabes en dehors de Jérusalem pouvaient aussi se retrouver dans des « situations difficiles ».

Depuis son bureau de Jérusalem, il a énuméré lundi la longue liste d’incidents d’agressions contre des volontaires arabes, comme être appelés « lépreux » par un député arabe, un exemple où quatre étudiants ont été expulsés de leur école par le dirigeant du conseil municipale, et un coordinateur qui a vu le pare-brise de sa voiture briser par une brique.

Seuls certains volontaires arabes du service national affrontent de telles menaces, et aucun jusqu’à présent n’a vu sa vie mise en danger. La plupart ont la bénédiction de leurs familles, a déclaré Gerbi. Cependant, il a accusé une partie des dirigeants arabes israéliens de salir le service national en le confondant avec le service militaire obligatoire.

Les bénévoles arabes, comme tous les autres, peuvent arrêter leur service national quand ils le veulent, a souligné Gerbi. De plus, ils sont souvent intentionnellement assignés à des endroits où ils peuvent aider leur propre communauté, comme des écoles arabes, ou des hôpitaux avec beaucoup d’arabophones, et peuvent vivre chez eux. Les volontaires juifs peuvent être postés dans tout le pays, ce qui les oblige à vivre loin de chez eux.

Sar-Shalom Gerbi, directeur général du service national d'Israël, en août 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)
Sar-Shalom Gerbi, directeur général du service national d’Israël, en août 2016. (Crédit : Dov Lieber/Times of Israel)

Gerbi a déclaré qu’il était compréhensible que les Arabes ne veuillent pas servir dans l’armée israélienne, ce qu’ils ne sont pas légalement obligés de faire.

« Maintenant, ils peuvent servir leur propre communauté, et obtenir les aides des soldats », a-t-il dit.

Pourquoi les nombres sont-ils en hausse ?

Gerbi a déclaré qu’il n’avait « aucun doute » que les chiffres des volontaires non juifs du service national continueront à augmenter.

Le succès du programme, a-t-il affirmé, est dû à la confiance gagnée au sein des communautés arabes en ne les forçant pas à participer à un melting-pot, ainsi qu’aux résultats positifs pour les participants. Il a déclaré que 85 % des bénévoles arabes trouvaient de bons emplois par la suite.

« Ils veulent aider leurs communautés, et ils comprennent que cela peut aussi être une carte d’entrée dans la société israélienne. C’est bien s’ils sentent les deux », a-t-il déclaré.

Sur les 4 500 volontaires non juifs, 70 % sont musulmans, tandis que les autres sont chrétiens, druzes et circassiens ; 90 % sont des femmes.

Des gardes-frontières et des soldats arabes chrétiens autour du ministre (Likud) Ofir Akunis. (Crédit : unité des porte-paroles de l'armée israélienne)
Des gardes-frontières et des soldats arabes chrétiens autour du ministre (Likud) Ofir Akunis. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Zienab Abu Swaid, la coordinatrice pour le service national dans le secteur arabe, a déclaré que, « aujourd’hui, les jeunes votent avec leurs pieds. Ceux qui s’opposent au service national ne peuvent pas les arrêter. »

Abu Swaid, qui vient d’une communauté bédouine du nord du pays, a également demandé que son visage ne soit pas montré, car certains la « méprisent » pour son travail.

Abu Swaid a un diplôme en éducation et avait d’abord pensé qu’elle enseignerait dans une école locale, mais a décidé qu’elle voulait avoir un impact plus important. Après avoir vu le résultat « merveilleux » du service national sur ses propres neveux, elle a été convaincue que son poste actuel était le meilleur moyen d’aider.

Selon Abu Swaid, beaucoup d’Arabes ne sont pas volontaires que pour recevoir les cadeaux du gouvernement.

« Pour beaucoup de gens, ce n’est pas pour les avantages, a-t-elle dit, mais pour devenir une partie de la société israélienne. »

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