Politique US des implantations : le train de l’annexion quitte-t-il la gare ?
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Analyse

Politique US des implantations : le train de l’annexion quitte-t-il la gare ?

Les implantations israéliennes n'étant plus illégales pour les USA, la droite peut faire avancer ses plans de souveraineté et la gauche aura plus de mal pour s'y opposer

Jacob Magid

Jacob Magid est le correspondant pour les questions liées aux implantations pour le Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu plante un olivier dans la zone de Netiv Haavot, dans l'implantation d'Elazar en Cisjordanie, le 28 janvier 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu plante un olivier dans la zone de Netiv Haavot, dans l'implantation d'Elazar en Cisjordanie, le 28 janvier 2019. (Marc Israel Sellem/POOL)

À première vue, l’annonce faite lundi par l’administration Trump selon laquelle les implantations israéliennes ne sont plus considérées comme illégales a donné aux partisans de l’annexion de la Cisjordanie des raisons de se réjouir.

Il ne serait nullement exagéré de supposer qu’en rejetant un avis juridique du Département d’État de 1978 qui considérait les implantations civiles dans les territoires occupés comme « incompatibles avec le droit international », Washington faisait, en fait, un signe de tête à l’application de la pleine souveraineté d’Israël au-delà de la Ligne verte.

Parce que si les implantations ne sont pas illégales aux yeux de la plus grande superpuissance mondiale, pourquoi Israël devrait-il traiter ces communautés comme quelque chose de moins, ont conclu les partisans de la présence israélienne en Judée-Samarie (nom biblique de la Cisjordanie).

Ayelet Shaked, ancienne ministre de la Justice et n°2 de HaYamin HaHadash, a été parmi les plus promptes à tirer cette conclusion. « Le moment est venu d’appliquer notre souveraineté à ces communautés », a-t-elle tweeté quelques minutes après l’annonce faite par le secrétaire d’État américain Mike Pompeo. « Le peuple juif a le droit légal et moral de vivre dans son ancienne patrie. »

Le secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo en conférence au Département d’Etat à Washington DC, le 18 novembre 2019. (Crédit : Andrew Harnik/AP)

Mme Shaked a été rejointe par plusieurs autres députés de droite, dont Sharren Haskel, députée du Likud, qui a annoncé qu’elle présenterait son projet de loi visant à annexer la vallée du Jourdain la semaine prochaine après avoir reçu le feu vert du Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Quelques jours avant les élections de septembre, le Premier ministre s’est engagé à mener à bien cette initiative, mais a conditionné sa réalisation à sa victoire, qui n’a pas encore eu lieu étant donné l’impasse politique actuelle.

Néanmoins, si Haskel obtient ce qu’elle veut, le projet de loi sur l’annexion ira de l’avant avec ou sans la prestation de serment d’un nouveau gouvernement.

Par conséquent, ceux qui s’opposent à de tels efforts peuvent s’attendre à les combattre plus tôt que prévu, mais pour la première fois, ce serait sans la politique officielle des États-Unis de leur côté.

Complications à gauche

Pour être clair, Pompeo ne s’est pas prononcé en faveur de l’annexion lundi. Et avant les élections israéliennes de septembre, les responsables américains ont appelé Jérusalem à s’abstenir d’appliquer la souveraineté israélienne en Cisjordanie alors qu’elle se préparait à dévoiler son plan de paix.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu devant une carte de la vallée du Jourdain, jurant d’y étendre la souveraineté israélienne en cas de réélection, lors d’un discours à Ramat Gan, le 10 septembre 2019. (Menahem Kahana/AFP)

Mais ces demandes n’ont pas été entendues ces dernières semaines, car les spéculations se sont multipliées sur le fait que le plan américain serait entièrement abandonné. En conséquence, un député de gauche qui s’est exprimé sous couvert d’anonymat a admis que l’annonce de Pompeo rendrait plus difficile pour lui de se prononcer contre l’annexion.

« Cela ne nous donne pas une très bonne image quand nous nous opposons à quelque chose qui ne semble pas poser de problème, même au gouvernement américain », a dit le député.

Pour le député travailliste Omer Bar-Lev, cependant, l’annonce n’a pas changé son approche sur la question.

« Aucun président à l’étranger ne décidera pour nous de notre politique. C’est une question interne que seuls les Israéliens peuvent trancher », a-t-il déclaré au Times of Israel.

L’ancienne députée de l’Union sioniste Ksenia Svetlova a poussé l’approche un peu plus loin en disant que ceux qui croient que la solution à deux États est la seule façon de garantir qu’Israël restera un État juif et démocratique n’ont d’autre choix que de s’opposer aux efforts d’annexion, quelle que soit la position du gouvernement Trump sur cette question.

L’implantation israélienne de Kiryat Arba est photographiée près de la ville d’Hébron, en Cisjordanie, le 19 novembre 2019. (Hazem Bader/AFP)

« Bien sûr, cette initiative enhardit le lobby des résidents israéliens des implantations et l’aile pro-implantations du Likud, mais elle ne peut pas changer l’approche de l’opposition sur cette question », a déclaré Mme Svetlova.

Hagit Ofran, du mouvement de gauche La Paix maintenant, a fait valoir que l’annexion est déjà en cours sur le terrain. « La législation dont nous discutons aujourd’hui serait en grande partie symbolique », a-t-elle expliqué. « Ceux qui vivent au-delà de la Ligne verte ne se réveilleraient pas le lendemain matin et ne remarqueraient rien de différent parce que nous vivons depuis plus de 52 ans dans un seul État où Israël règne sur la majeure partie de la Cisjordanie. »

Mme Svetlova a insisté sur le fait qu’il était encore trop tôt pour déterminer vers quoi allaient les plans d’annexion, tant que la composition du prochain gouvernement n’aura pas été déterminée.

Mais même le parti qui s’est positionné comme l’alternative au Likud, Kakhol lavan, a signalé qu’il n’avait aucun problème à ce qu’Israël annexe au moins une partie de la Cisjordanie.

Un responsable de l’alliance centriste dirigée par l’ancien chef de l’armée Benny Gantz a déclaré au Times of Israel que son parti avait promis à Naftali Bennett, le dirigeant du parti HaYamin HaHadash et Rafi Peretz, le président de HaBayit HaYehudi, qu’ils incluraient l’annexion de la vallée du Jourdain dans les principes fondamentaux du gouvernement si les dirigeants de droite acceptaient de les rejoindre.

Yoaz Hendel (à gauche) et Zvi Hauser, membres de la Knesset du parti Kakhol lavan, dans la salle des séances plénières de la Knesset, avant l’ouverture de la session de la Knesset du nouveau gouvernement, le 29 avril 2019. (Noam Revkin Fenton/Flash90)

Bennett et Peretz ont finalement refusé, mais le responsable a déclaré que l’offre prouve que Kakhol lavan voit la vallée du Jourdain comme une partie intégrante d’Israël.

« Ce n’est pas quelque chose qu’ils [Bennett et Peretz] ont demandé. Nous leur avons présenté cette proposition », a-t-il dit.

Pour sa part, Svetlova a souligné que tous les membres de Kakhol lavan n’ont pas la même position idéologique que le parti de droite Telem, dirigé par Moshe Yaalon. L’ancien député a laissé entendre que l’offre n’aurait pu être qu’une promesse vide de sens nécessaire pour former une coalition.

Netanyahu le fera-t-il ?

Mais le scepticisme selon lequel l’annonce américaine sur les implantations conduirait à l’annexion a également été entendu à droite.

L’ancien président du conseil des implantations de Yesha, Israël Harel, a affirmé que même si Netanyahu reste aux commandes, il n’y a aucune raison de penser que l’annonce de Pompeo rendra plus probable le respect de son engagement dans le processus d’annexion.

« Même avant la déclaration de Pompeo, personne n’empêchait Bibi d’accorder des dizaines de milliers de permis de construire [dans les implantations], mais il ne l’a pas fait », dit Harel. « Même à Jérusalem, et dans le quartier de Jérusalem-Est de Givat Hamatos, il a arrêté la construction ces dernières années. »

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu visite le bloc d’implantations du Gush Etzion en Cisjordanie, le 19 novembre 2019. (Kobi Gideon/GPO)

« Peut-être voulait-il dire [qu’il annexera la vallée du Jourdain], mais comme d’habitude avec lui, il n’a peut-être pas l’intention de l’exécuter réellement », a dit l’ancien chef des implantations, citant les promesses passées de Netanyahu de faire respecter la souveraineté israélienne à Maale Adumim et de détruire le hameau bédouin de Khan al-Ahmar, ce qu’il n’a pas encore fait.

Un député de gauche, qui s’est exprimé sous couvert de l’anonymat, a également reconnu que Netanyahu aurait pu, il y a longtemps, aller de l’avant avec son projet d’annexer certaines parties de la Cisjordanie, avec une réaction limitée de l’administration Trump. Mais à la suite de l’annonce faite lundi par les États-Unis, a-t-il fait remarquer, le prochain Premier ministre, quel qu’il soit, « a maintenant une excuse de moins pour ne pas le faire ».

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