Pompeo, arrivé en Israël, devrait se rendre dans une implantation israélienne
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Pompeo, arrivé en Israël, devrait se rendre dans une implantation israélienne

Il rencontrera Netanyahu et le chef de la diplomatie bahreïnie en Israël pour la première fois et visitera le vignoble de l'implantation de Psagot, qui a donné son nom à un vin

Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo et sa femme Susan descendent de leur avion à l'aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, le 18 novembre 2020. (AP Photo/Patrick Semansky, Pool)
Le secrétaire d'État américain Mike Pompeo et sa femme Susan descendent de leur avion à l'aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, le 18 novembre 2020. (AP Photo/Patrick Semansky, Pool)

Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo est arrivé mercredi en Israël pour un séjour qui devrait comprendre une visite dans une exploitation viticole de Cisjordanie – c’est la première fois qu’un secrétaire d’État américain aux Affaires étrangères se rendra dans une implantation israélienne.

Pompeo – qui soutient le président américain Donald Trump dans son refus de reconnaître sa défaite face au président élu Joe Biden – a commencé une série de visites en Europe et au Moyen-Orient. Il est allé jusqu’à présent en France, en Turquie et en Géorgie.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a félicité le Démocrate, qui connaît le leader israélien depuis de nombreuses années. Mardi, il s’est référé à lui sous le terme de « président élu ».

Pompeo s’est envolé pour Israël le même jour que le ministre des Affaires étrangères de Bahreïn, l’un des trois États arabes ayant normalisé leurs liens avec Israël à l’issue de négociations chapeautées par la Maison Blanche. Pour leur part, les Palestiniens ont évoqué une « trahison » avec ces accords historiques conclus entre Israël, le Bahreïn d’une part et les Émirats arabes unis de l’autre. Ces deux premières nations devraient précéder la conclusion d’un accord similaire avec le Soudan.

L’ambassadeur américain en Israël David Friedman, à gauche, salue le secrétaire d’Etat Mike Pompeo et son épouse Susan à leur arrivée à l’aéroport Ben Gurion de Tel Aviv, le 18 novembre 2020. (Crédit : AP Photo/Patrick Semansky, Pool)

Pompeo devrait rencontrer Netanyahu et le ministre bahreïni des Affaires étrangères, Abdellatif al-Zayani, au début de sa visite de deux jours. Son déplacement au sein de l’implantation israélienne n’a pas encore été confirmé.

Zayani a expliqué que son propre voyage – c’est la première visite officielle au sein de l’État juif d’un dirigeant bahreïni – marquait « une avancée supplémentaire dans notre parcours vers un Moyen-Orient meilleur, plus pacifique, plus sûr et plus prospère ».

Les trois pays – et plusieurs autres États du Golfe, parmi lesquels l’Arabie saoudite et les EAU – partagent la même animosité forte à l’égard de la puissance régionale chiite qu’est l’Iran, en raison de son programme nucléaire, de son soutien apporté aux troubles qui agitent la Syrie, l’Irak, le Liban ou le Yémen et de son objectif de détruire Israël.

Le ministre des Affaires étrangères Gabi Ashkenazi, (à gauche), accueille le ministre des Affaires étrangères du Bahreïn Abdullatif Al-Zayani en Israël, le 18 novembre 2020. (Miri Shimonovich/MFA)

Les frappes israéliennes

Israël a annoncé, mercredi, avoir frappé des cibles iraniennes en Syrie lors de raids nocturnes, en réponse à la découverte d’explosifs improvisés aux abords d’une base militaire, du côté israélien de la ligne d’armistice sur le plateau du Golan.

Un communiqué de l’armée israélienne a précisé que les avions-chasseurs avaient attaqué « des cibles militaires appartenant aux forces iraniennes al-Qods et aux forces armées syriennes ».

Un ingénieur enlève trois mines anti-personnel qui, selon Israël, ont été installées du côté du territoire contrôlé par l’Etat juif, le long de la frontière avec la Syrie, le 17 novembre 2020. (Crédit : Armée israélienne)

Les forces d’élite al-Qods sont le bras armé, à l’étranger, des Gardiens de la révolution iranienne.

De plus, le New York Times a fait savoir, lundi, que Trump avait demandé à ses plus hauts conseillers, et notamment à Pompeo, la semaine dernière, quelles étaient les possibilités de frapper les installations nucléaires de la République islamique.

De hauts responsables auraient « dissuadé le président de passer à l’action militaire », l’avertissant qu’une telle attaque pouvait faire éclater un conflit d’ampleur dans les dernières semaines de sa présidence.

Les raisins de la colère

Aucune rencontre avec les leaders palestiniens n’est prévue pour Pompeo. L’Autorité palestinienne a critiqué avec force le positionnement de Trump dans le conflit israélo-palestinien et notamment sa reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël.

Des informations parues dans les médias ont indiqué qu’il devait se rendre dans l’exploitation viticole de Psagot, une implantation de Cisjordanie – un déplacement que le Département d’État américain comme Psagot ont refusé de confirmer pour le moment.

Cette visite attendue serait un changement radical par rapport aux administrations passées, républicaines ou démocrates.

Des employés israéliens inspectent des fûts de vin dans le domaine viticole de Psagot en Cisjordanie, le 11 février 2014. (AP Photo/Dan Balilty)

Toutefois, Pompeo avait fait savoir, il y a un an, que les États-Unis ne considéraient plus que les implantations israéliennes étaient contraires au droit international.

Ces déclarations avaient été saluées par le vignoble Psagot, qui s’est battu pour conserver l’étiquette « Israël » sur ses bouteilles, plutôt que la mention « implantations israéliennes » exigée par plusieurs décisions de la Cour de justice européenne.

Le vignoble a donné le nom de « Pompeo » à une bouteille pour le remercier de son geste en février, et a publié une déclaration disant qu’il avait reconnu « le droit des Juifs à l’autodétermination dans notre patrie historique ».

En outre, l’année dernière, le chef de la diplomatie américaine s’était rendu au mur Occidental de Jérusalem en compagnie de Netanyahu, devenant ainsi le premier secrétaire d’État américain à visiter la Vieille Ville de la capitale accompagné d’un haut fonctionnaire israélien.

La visite en Cisjordanie pourrait également redorer le blason de celui-ci auprès des chrétiens évangéliques et d’autres partisans d’Israël s’il poursuit une carrière politique après Trump.

La famille Falic de Floride, propriétaire de l’omniprésente chaîne de magasins Duty Free Americas, est l’un des principaux investisseurs dans le vignoble de Psagot. Une enquête menée par Associated Press l’année dernière a révélé que la famille avait donné au moins 5,6 millions de dollars à des groupes de résidents en Cisjordanie et à Jérusalem-Est au cours de la dernière décennie. Depuis 2000, ils ont donné au moins 1,7 million de dollars à des politiciens pro-israéliens aux États-Unis, tant démocrates que républicains, dont Trump. Ils sont également des donateurs de Netanyahu.

L’un des propriétaires de l’exploitation viticole, Simon Falic, n’a pas confirmé la visite de Pompeo, mais a indiqué que « ce serait un grand honneur de l’accueillir et de le remercier pour son soutien indéfectible à Israël ».

Des dizaines de Palestiniens ont manifesté à Al-Bireh, une communauté située en face de Psagot, entre Jérusalem et Ramallah, et certains ont jeté des pierres aux soldats qui gardent l’entrée de l’implantation.

Des Palestiniens protestent contre la visite prévue du secrétaire d’État américain Mike Pompeo à l’implantation juive de Psagot près de la ville d’Al-Bireh en Cisjordanie, 18 novembre 2020. (AP Photo/Majdi Mohammed)

Le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Mohammed Shtayyeh, a déclaré que Pompeo « va se rendre dans l’implantation juive… simplement en raison du fait que l’établissement vinicole a produit une bouteille de vin qui porte son nom ».

« Si les relations internationales reposent sur une bouteille de vin, au diable les relations internationales ».

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