Pour le père de S. Tekah, l’autopsie et les fuites tuent son fils une 2e fois
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Pour le père de S. Tekah, l’autopsie et les fuites tuent son fils une 2e fois

Worka Tekah a fustigé des informations "calomnieuses" après qu'une chaîne de télévision a annoncé la découverte de traces de drogue et d'alcool dans le corps du jeune homme

Worka Tekah s'exprime à une cérémonie en mémoire de son fils Solomon Tekah, tué par balle par un policier hors-service à Haïfa, le 10 juillet 2019 (Crédit : Flash90)
Worka Tekah s'exprime à une cérémonie en mémoire de son fils Solomon Tekah, tué par balle par un policier hors-service à Haïfa, le 10 juillet 2019 (Crédit : Flash90)

Le père du jeune homme israélien originaire d’Ethiopie tué par un policier a dénoncé ce qu’il a qualifié d’initiatives visant à diffamer son fils, suite à des informations affirmant que les résultats de l’autopsie avaient révélé la présence d’alcool et de marijuana dans le corps de Solomon Tekah.

Tekah, 19 ans, a été tué par balle par un agent de police qui était hors-service le 30 juin. L’agent, dont l’identité n’a pas été publiquement révélée, a clamé avoir tenté de s’interposer dans une bagarre et avoir reçu des jets de pierre de la part de trois jeunes, ce qui avait mis sa vie en péril.

Selon un reportage consacré à l’autopsie qui a été diffusé sur la Douzième chaîne, Tekah aurait bu de l’alcool avant la fusillade et la balle tirée par le policier aurait ricoché sur le sol avant de se nicher dans son aorte, ce qui corrobore le récit livré par l’agent des forces de l’ordre.

L’autopsie a également montré qu’il avait fumé du cannabis avant la fusillade, a noté la chaîne.

S’exprimant lors d’une conférence de presse à l’université Bar-Ilan, Worka Tekah a fustigé « les fausses informations diffamant le nom de Solomon » et a critiqué les autorités pour leur conduite suite à la fusillade.

Solomon Tekah, un Israélien d’origine éthiopienne abattu par un policier qui n’était pas en service, à Kiryat Haim, le 30 juin 2019. (Autorisation)

« On avait l’espoir que les autorités enquêteraient et qu’elles découvriraient la vérité, et à la place, on en arrive à le diffamer, à nuire à sa réputation », a-t-il dit, faisant appel à un traducteur.

« Comment peut-on profaner le nom d’un homme qui est dorénavant sous terre et dans l’incapacité de se défendre, de laver son nom ? », a-t-il ajouté.

« Ils tuent mon fils pour la seconde fois », a clamé Tekah.

Il a réclamé que l’enquête menée sur le policier soit conduite « en toute impartialité » et expliqué que la famille n’avait que peu confiance dans les forces chargées de faire appliquer la loi.

« Qu’est-ce que vous diriez si votre fils quittait votre maison pour ne jamais y revenir ?… On a ouvert le feu sur Solomon et il a été tué uniquement en raison de sa couleur de peau », s’est exclamé Worka Tekah.

Jeudi également, le Département des affaires internes de la police (PIID), qui enquête sur l’agent, a fait savoir à la famille Tekah qu’elle ne partagerait pas les conclusions de l’enquête avant la décision d’une éventuelle inculpation.

Le PIID a indiqué que partager le dossier, à ce stade, interférerait avec l’enquête et la réflexion sur une inculpation.

Mercredi, le docteur Chen Kugel, qui dirige le Centre national médico-légal, a expliqué à la Douzième chaîne que l’autopsie avait montré qu’il était à « 99,99 % certain » que la balle avait frappé le sol avant de toucher Tekah à partir de l’étude de la blessure et des restes de balle trouvés.

Le tir n’a pas été effectué de près, a ajouté Kugel.

Il a par ailleurs confirmé que l’ADN de Tekah avait été retrouvé sur une pierre présente sur les lieux de la fusillade, tout en disant qu’il ne pouvait pas tirer de conclusions de cette découverte.

Le procureur-général Avichai Mandelblit a informé Kugel dans la journée de jeudi qu’il se pencherait sur le dossier pour déterminer s’il y avait eu une éventuelle violation de la loi suite au dévoilement public des conclusions de l’autopsie, a fait savoir Ynet.

Le reportage a noté que Mandelblit l’avait contacté après avoir reçu un courrier de la députée Pnina Tamano-Shata de Kakhol lavan, qui lui avait dit que la révélation des résultats de l’autopsie pouvait constituer une obstruction à la justice.

Des Éthiopiens et leurs partisans manifestent contre la violence et la discrimination policières après la mort de l’Éthiopien Solomon Tekah, 19 ans, abattu il y a quelques jours à Kiryat Haim par un policier hors-service, le 15 juillet 2019, à Jérusalem. (Yonatan Sindel/Flash90)

Le meurtre de Tekah avait entraîné trois jours de manifestations nationales, qui avaient parfois été violentes et destructrices. L’incident avait immédiatement entraîné des accusations renouvelées de violences policières et de racisme envers la communauté éthiopienne.

Quelques jours après la fusillade, des manifestants dans tout Israël avaient bloqué des rues, brûlé des pneus et dénoncé ce qui, selon eux, s’apparentait à une discrimination systématique à l’égard des Israéliens d’origine éthiopienne.

La cour des magistrats de Haïfa a libéré l’agent – qui était assigné à domicile – dans la journée de lundi. L’homme doit toutefois encore se soumettre à des restrictions en vue d’une possible inculpation pour homicide par négligence.

Il est interdit au suspect d’entrer dans le commissariat de Zevulun pendant 45 jours et il n’a pas le droit de se rendre sur les lieux du meurtre.

Un homicide par négligence peut être sanctionné d’une peine allant jusqu’à 12 ans de prison.

Cette nouvelle catégorisation, qui est apparue dans une réforme du système judiciaire il y a seulement cinq jours, est applicable quand un risque déraisonnable a été pris par un suspect sans pour autant avoir eu l’intention de donner la mort – par exemple, jouer avec une arme chargée ou conduire de manière dangereuse.

Selon des informations parues lundi dans les médias israéliens, le PIID a fait savoir que l’enquête sur la fusillade était terminée et que le dossier avait été transféré au bureau du procureur d’Etat.

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