Pourquoi Ben Gvir grimpe-t-il dans les sondages et pas Smotrich ?
Les partis d'extrême droite s'étaient présentés ensemble en 2022 - mais Otzma Yehudit atteint désormais environ dix sièges dans les sondages, tandis que Hatzionout HaDatit reste désespérément en-deçà du seuil électoral

Le Likud, le parti au pouvoir du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a légèrement reculé dans les sondages dans le sillage de l’annonce, par les États-Unis, d’un cessez-le-feu dans la guerre contre l’Iran, la semaine dernière – en cause, le sentiment largement partagé qu’un grand nombre des objectifs déclarés du conflit n’ont pas été atteints. Une baisse de popularité qui ne semble pas avoir concerné d’autres membres de la coalition d’extrême droite du chef de gouvernement, dont les perspectives électorales ont évolué de manière plus spectaculaire dans les enquêtes d’opinion.
Selon un sondage dont les résultats ont été révélés, jeudi dernier, par la chaîne nationale Kan, le parti ultranationaliste Otzma Yehudit du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir a enregistré une forte hausse – passant de six sièges actuellement à dix sièges, selon les projections.
Dans le même temps, le parti Hatzionout HaDatit du ministre des Finances Bezalel Smotrich, qui s’était présenté sur une liste commune avec Otzma Yehudit lors du dernier scrutin et qui occupe actuellement sept des 120 sièges de la Knesset, ne parvient pas, une fois encore, à franchir le seuil électoral de 3,25 % — comme c’est constamment le cas pour lui dans la majorité des enquêtes d’opinion depuis déjà un certain temps.
Mais pourquoi l’un de ces partis d’extrême-droite alliés de Netanyahu progresse-t-il ainsi dans les sondages, tandis que l’autre ne cesse de chuter si brutalement ?
« Ben Gvir est un dur à cuire et aujourd’hui, tout le monde veut des durs à cuire », avance Mitchell Barak, qui travaille pour l’institut de sondage Keevoon Research Strategy & Communications, lors d’un entretien avec le Times of Israel, expliquant que la rhétorique virulente de Ben Gvir séduit bien davantage les jeunes électeurs de droite que celle de Smotrich, qui reste relativement modérée.
En tant que ministre de la Police, Ben Gvir n’a pas grand-chose à présenter en matière de réalisations concrètes – la criminalité violente est en hausse et il est lui-même accusé d’accorder sa préférence à des mesures plus populistes que réellement substantielles. Mais sa base électorale se soucie peut-être moins de ses compétences que de son opposition à « l’État profond », en référence à une théorie du complot que les membres de la coalition ont largement propagée, affirmant que toute une clique de fonctionnaires non élus exercent, dans l’ombre, un pouvoir illégitime et qu’ils cherchent à déjouer les initiatives prises par le gouvernement, note Barak.
Dahlia Scheindlin, analyste politique et chroniqueuse au sein du quotidien Haaretz, indique que si la dynamique politique spécifique qui explique l’ascension de Ben Gvir et la chute de Smotrich reste encore floue, les électeurs religieux d’extrême droite constituent « une population limitée ». Ben Gvir est « une personnalité tapageuse, radicale et anti-establishment« , ce qui lui permet de capter « le vote anti-establishment à l’extrême droite de l’échiquier politique ».
Faisant écho aux critiques proférées par Barak à l’égard de Ben Gvir en tant que ministre, Scheindlin fait valoir que ses partisans se réjouissent de la politisation des forces de l’ordre. Ils « trouvent que le fait qu’il remodèle la police israélienne pour l’amener à refléter une vision plus à droite et moins tolérante à l’égard de ces ‘gauchistes’ agaçants, de ces opposants à la guerre, est quelque chose de positif ».
Concernant Smotrich, il a « tenté de se démarquer de Ben Gvir au cours de ces deux dernières années en s’adressant au courant sioniste-religieux traditionnel et dominant… et cela ne fonctionne pas vraiment », fait remarquer Scheindlin.
L’échec de Smotrich
Mais pourquoi Smotrich ne rencontre-t-il pas le même succès auprès des électeurs alors qu’il est, selon Scheindlin, un ministre « incroyablement efficace au regard de ce qu’il a promis de faire » s’agissant de l’expansion des implantations de Cisjordanie ?… Cet échec s’explique en partie par le fait qu’il est à la fois ministre des Finances – en charge de la supervision d’une économie en temps de guerre – et le représentant politique d’une communauté religieuse profondément mécontente des efforts livrés par le gouvernement pour faire adopter une législation qui exempterait les hommes ultra-orthodoxes du service militaire.
Selon un sondage qui avait été réalisé au mois de juillet 2025 par l’Institut israélien pour la démocratie, plus des trois quarts des électeurs de Hatzionout HaDatit étaient favorables à l’imposition de sanctions et au retrait des avantages sociaux aux Haredim qui ne servent pas au sein de Tsahal. Smotrich, qui n’a lui-même pratiquement pas servi dans l’armée, est resté évasif s’agissant de la manière dont il votera sur le projet de loi controversé sur l’exemption militaire.
S’exprimant auprès du Times of Israel, Ariel Finkelstein, chercheur à l’Institut israélien pour la démocratie spécialisé dans les questions de religion et d’État, fait remarquer que si Otzma Yehudit et Hatzionout HaDatit défendent des positions similaires et qu’ils se sont même présentés ensemble dans le cadre d’une brève alliance « technique » pour les élections de 2022, ils s’adressent néanmoins à des publics légèrement différents.
Si leurs bases électorales se chevauchent dans une certaine mesure, « ils se disputent des groupes démographiques cibles qui sont différents » – Ben Gvir recueillant le soutien des « électeurs mizrahim traditionnels de la périphérie » et Smotrich s’adressant à « la frange plus modérée du sionisme religieux ».
Ben Gvir, en réalité, est en concurrence avec le Likud et avec le parti ultra-orthodoxe Shas s’agissant de l’électorat – avec des électeurs qui « s’inquiètent moins de ces questions de conscription, ou encore des ultra-orthodoxes. » De leur côté, les électeurs de Smotrich ont assumé une « part relativement importante du fardeau de la guerre » en termes de service dans la réserve et de pertes humaines, souligne Finkelstein.
« Vous ne voyez pas Ben Gvir pâtir de ça, même s’il soutient tout ce que fait le gouvernement s’agissant du projet de loi sur la conscription. La pression est forte sur Smotrich pour qu’il prenne en charge le dossier – et il est beaucoup plus affaibli car ses électeurs ressentent beaucoup de colère et de rage sur ce sujet ».
Une nouvelle liste commune ?
Au final, « il y a de très fortes chances » que Smotrich tente de s’allier à un autre parti de droite pour présenter une liste commune aux prochaines élections – de manière similaire à l’accord que Netanyahu avait négocié entre lui et Ben Gvir en 2022, dit Scheindlin.
« Je pense qu’il est évident qu’un parti, quel qu’il soit, qui obtient des résultats aussi médiocres dans tous les sondages depuis si longtemps réfléchit avant tout aux types de configurations politiques qu’il peut mettre en place pour s’assurer de rester à la Knesset. Je ne pense donc pas que quiconque se fasse des illusions sur le fait que les prochaines élections vont évincer Smotrich de ses fonctions ».
Les prochaines élections législatives doivent avoir lieu d’ici la fin du mois d’octobre.
Interrogé sur les chances de son parti lors du scrutin, Simcha Rothman, député élu sous l’étiquette Hatzionout HaDatit et président de la puissante commission de la Constitution, du Droit et de la Justice de la Knesset, déclare au Times of Israel qu’il estime que « chaque jour qui passe, le public est de plus en plus exposé à l’impact considérable qui est celui du sionisme religieux dans les implantations, dans le système juridique, dans l’économie et dans tous les domaines dans lesquels nous passons à l’action ».
« C’est la raison pour laquelle je suis certain que le sionisme religieux remportera un grand succès lors des prochaines élections », prédit-il.
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