Pourquoi l’Iran dépense-t-il des milliards pour les guerres à l’étranger ?
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Interview

Pourquoi l’Iran dépense-t-il des milliards pour les guerres à l’étranger ?

S'adressant au Times of Israel perse, Yuval Steinitz s'étonne que Téhéran gaspille ses ressources dans des guerres régionales plutôt que pour stimuler sa propre économie

Le ministre de l'Energie Yuval Steinitz, lors de la réunion hebdomadaire des ministres 
dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem,le 29 octobre 2017. (Ohad Zwigenberg/Flash90)
Le ministre de l'Energie Yuval Steinitz, lors de la réunion hebdomadaire des ministres dans les bureaux du Premier ministre à Jérusalem,le 29 octobre 2017. (Ohad Zwigenberg/Flash90)

L’insistance de l’Iran à dépenser une fortune pour des guerres se déroulant en dehors de ses frontières plutôt que de se concentrer sur la relance de son économie est incompréhensible et défie toute logique, a récemment déclaré le ministre de l’Energie, Yuval Steinitz.

Dans une longue interview avec le Times of Israel perse, Steinitz pense que la plupart des Iraniens reconnaissent Israël comme une puissance économique et sont intéressés à établir des liens d’amitié avec l’Etat juif.

« Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi les contribuables iraniens doivent dépenser environ un milliard de dollars chaque année pour une milice libanaise », a-t-il dit, se référant à l’organisation terroriste du Hezbollah, un mandataire chiite iranien axé sur la destruction d’Israël, entre autres objectifs.

« Je ne comprends pas. Cela dure encore et encore depuis de nombreuses années », a déclaré Steinitz, dans l’interview du 20 décembre, quelques jours avant que des milliers d’Iraniens à travers le pays ne descendent dans les rues pour protester contre le régime.

Des étudiants iraniens protestent à l’université de Téhéran lors d’une manifestation contre les problèmes économiques, le 30 décembre 2017 (AFP PHOTO / STR)

Steinitz, un membre influent du cabinet de sécurité, a déclaré que l’Iran a investi des milliards de dollars – directement et indirectement – pour tenter de créer deux axes stratégiques englobant presque tout le Moyen-Orient.

Dans le flanc nord de ce croissant chiite, les troupes iraniennes et ses forces mandataires sont présentes en Syrie, en Irak et au Liban. Le flanc sud comprend les rebelles houthis au Yémen et les groupes palestiniens à Gaza soutenus par la République islamique.

« Je ne comprends pas les Iraniens. Il s’agit aussi d’un gros casse-tête pour eux », a déclaré Steinitz, qui était l’acteur principal de Jérusalem sur l’Iran pendant la période précédant l’accord nucléaire de 2015 entre Téhéran et six puissances mondiales.

« Ils sont désormais impliqués dans des conflits à travers le Moyen-Orient. Cela coûte de l’argent, beaucoup d’argent. Cela a coûté la vie à des Iraniens ou à leurs mandataires. Et je ne crois pas que, au bout du compte, ils auront gagné quelque chose. Ils ne détruiront pas tout le monde arabe. Ils ne parviendront pas à hégémoniser ou prendre le contrôle de l’Arabie saoudite, de la Jordanie, de l’Egypte [ou des] Emirats Arabes Unis. »

Steinitz, qui est membre du Likud, parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, a déclaré que les puissances occidentales étaient persuadées que les ressources que l’Iran obtiendrait à la suite de l’accord nucléaire seraient utilisées pour reconstruire l’économie en ruine du pays.

« Au lieu de cela, ils investissent des milliards de dollars en Syrie, au Liban, en Irak et ailleurs. C’est un comportement très étrange », a déclaré Steinitz.

Des manifestants iraniens ont mis le feu aux drapeaux israéliens lors d’une manifestation dans la capitale de Téhéran, le 11 décembre 2017 pour dénoncer la déclaration de Jérusalem par le président américain Donald Trump comme capitale d’Israël. (Crédit : AFP / ATTA KENARE)

« Les responsables aux Etats-Unis et en Europe étaient convaincus que dans le cadre de l’accord nucléaire, après la levée des sanctions économiques, l’Iran se concentrerait sur la résolution de ses problèmes internes, rétablissant son économie, et non sur l’agression dans tout le Moyen-Orient. Ils avaient tort », a-t-il ajouté.

Certains attribuent le comportement erratique de l’Iran à l’objectif déclaré de son dirigeant suprême d’exporter la révolution islamique. Steinitz ne le pense pas.

« Je ne pense pas que quiconque pense encore à exporter la révolution. Ils sont désireux d’être impliqués dans des conflits, contre Israël ou le monde arabe sunnite. Ce n’est pas rationnel, mais c’est ainsi », a-t-il dit.

« Je ne comprends vraiment pas pourquoi les Iraniens ont besoin de tous ces affrontements, encore et encore et encore. Cela se fait au détriment des Iraniens et de l’économie iranienne, des infrastructures, du développement. Il ne me semble pas que ce qui se passe au Yémen ou en Syrie soit lié à la situation en Iran », a-t-il ajouté.

S’adressant au Times of Israel perse dans son bureau de la Knesset, Steinitz, ancien professeur de philosophie, a salué le peuple iranien comme étant « très doué » et étant une « grande nation ».

« Bien sûr, je m’attends à ce que le peuple iranien se lève un jour et dise : ‘Ça suffit, nous voulons la démocratie, nous voulons les droits civils, nous voulons prospérer, nous voulons une économie forte, nous voulons de bonnes relations avec le monde, nous ne voulons pas détruire d’autres Etats – ni l’Etat juif, ni aucun Etat arabe de la région – et soyons à nouveau une grande nation’ », a-t-il déclaré.

La plupart des Iraniens voudraient rétablir de bonnes relations avec Israéliens. Ils savent qu’Israël est devenu un centre mondial de haute technologie et de R & D

Après des décennies de « lavage de cerveau et d’incitation à la haine », depuis la Révolution islamique de 1979, « il y a sûrement des gens en Iran qui détestent vraiment Israël », a déclaré Steinitz.

« Mais je pense que la plupart des Iraniens n’ont rien contre Israël ou le peuple juif. Je pense que la plupart des Iraniens voudraient rétablir de bonnes relations avec les Israéliens. Ils savent qu’Israël est maintenant devenu un centre mondial de haute technologie et de R & D, peut-être le deuxième centre mondial après les Etats-Unis d’Amérique. »

Dans les temps bibliques, l’Empire perse était la « superpuissance la plus amicale » envers le peuple juif, a-t-il dit, citant le roi Cyrus, qui a régné entre 559-530 avant notre ère, et qui, selon le récit biblique, a permis aux Juifs de retourner à Jérusalem après l’exil babylonien.

Le maire de Téhéran, Mohammad Bagher-Ghalibaf, dans une maison de retraite juive le 22 avril 2016. (Crédit : Instagram)

« Les Juifs ont toujours eu une approche positive de la Perse, et je pense aussi que la réciproque est vraie », a-t-il dit. « Il n’y a pas de véritable conflit entre le peuple iranien et le peuple israélien ».

Le changement de régime, cependant, « doit venir de l’intérieur », a souligné Steinitz, indiquant qu’Israël ne devrait pas essayer d’organiser un coup d’Etat.

« Ce régime brutal est toujours très fort, comme nous le voyons. Mais je crois qu’au bout du compte, ce qu’il s’est passé en Union Soviétique et dans beaucoup d’autres régimes brutaux à travers le monde aura également lieu en Iran, parce que c’est une grande nation avec des gens intelligents. La plupart des Iraniens sont ouverts d’esprit, je crois, et ils comprennent que ce régime leur cause d’énormes dégâts. »

Ne pas vivre dans une démocratie, mais sous un régime brutal est une « humiliation pour la plupart des Iraniens », a déclaré Steinitz. « Et un jour, ils mettront fin à cela. »

Le ‘Times of Israel Perse’ est actuellement le seul journal professionnel indépendant non-gouvernemental basé en Israël à publier, en perse, des nouvelles quotidiennes, des analyses et des blogs sur Israël, des nouvelles iées à Israël et l’Iran et le Moyen-Orient.

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