Pourquoi ses rivaux de droite rendront les élections difficiles pour Netanyahu ?
Rechercher
Analyse

Pourquoi ses rivaux de droite rendront les élections difficiles pour Netanyahu ?

Le Premier ministre a réussi à renverser le gouvernement sans donner à Gantz la rotation promise, mais Saar et Bennett ne lui font plus confiance, et le camp anti-Bibi se renforce

Haviv Rettig Gur

Haviv Rettig Gur est l'analyste du Times of Israël

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu vu lors d'une tournée de campagne électorale au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 8 avril 2019. (Hadas Parush/Flash90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu vu lors d'une tournée de campagne électorale au marché Mahane Yehuda à Jérusalem, le 8 avril 2019. (Hadas Parush/Flash90)

La Knesset s’est dissous à minuit, déclenchant des élections automatiques dans exactement 90 jours, le 23 mars 2021. Ce sera la quatrième élection anticipée en moins de deux ans.

Le consensus général est que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a remporté la victoire. En attirant son rival Benny Gantz dans un gouvernement d’union après trois élections indécises, Netanyahu a brisé la large alliance de centre-gauche de son adversaire et a ensuite passé les mois qui ont suivi à se frayer un chemin hors de leur accord de rotation.

Gantz a perdu de façon catégorique. L’alliance Kakhol lavan, autrefois puissante, est passée de 35 sièges en avril 2019 à à peine 6 dans les sondages de ce mois-ci. Autrefois considéré comme le candidat « le plus approprié » pour le poste de Premier ministre par quelque 40 % du pays, Gantz n’a pas pu réunir plus de 4 % dans un sondage réalisé lundi par la Douzième chaîne qui posait la même question.

Mais si Gantz a perdu, cela ne veut pas dire que Netanyahu a gagné. Par une ironie amère pour Netanyahu, son chemin vers la victoire absolue n’a fait que se compliquer avec l’effondrement de Gantz.

Des bénévoles trient des affiches électorales à l’effigie du Premier ministre Benjamin Netanyahu, au siège de la campagne électorale du parti Likud à Tel Aviv, le 2 mars 2020. (Jack GUEZ / AFP)

Perdre la droite

Si l’on considère les quatre élections qui ont eu lieu entre avril 2019 et mars 2021 non pas comme quatre événements politiques distincts mais comme une seule et même compétition de longue durée, la situation de Netanyahu semble avoir empiré cette semaine.

Au cours des trois dernières élections, il a conduit une liste du Likud qui a remporté entre 32 et 36 sièges dans les urnes. Les sondages donnent actuellement au Likud un score d’environ 28.

Plus important encore, la coalition hétéroclite mais farouchement anti-Netanyahu, autrefois dirigée par Gantz, avait lutté pour franchir le seuil des 61 sièges pour obtenir une majorité parlementaire. Au cours des deux dernières semaines, en revanche, les partis qui se déclarent opposés au maintien au pouvoir de Netanyahu ont obtenu près de 80 sièges dans les sondages.

Tous les grands médias ont réalisé des sondages mardi après qu’il est devenu évident que la 23e Knesset serait dissous avant minuit. Tous ont constaté qu’il pourrait y avoir une faible majorité anti-Netanyahu au centre-droit, qui n’aura pas besoin de partis de gauche et de partis à majorité arabe pour survivre.

C’est un changement de cap dangereux pour Netanyahu.

Gideon Saar en visite à l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem, le 16 décembre 2020. (Yonatan Sindel/Flash90)

Selon le sondage de la chaîne publique Kan, une coalition composée du parti Tikva Hadasha de Gideon Saar, du parti Yesh Atid de Yair Lapid, de Yamina de Naftali Bennett, d’Yisrael Beytenu d’Avigdor Liberman et de Kakhol lavan de Gantz – tous des dirigeants désireux de voir Netanyahu évincé – remporte 60 sièges, soit un de moins que la majorité parlementaire. La Douzième chaîne donne à cette même alliance 59 sièges.

Ajoutez à cela le Meretz et les partis à majorité arabe, tout comme les votes de soutien extérieurs, et l’aile anti-Netanyahu de la Knesset obtient désormais 75-77 sièges.

Récolter ce que l’on sème

Ces chiffres devraient être suffisants pour mettre un terme au règne de Netanyahu, même s’il est confiant et expérimenté.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu vote à la Knesset, le 21 décembre 2020. (Capture d’écran de la chaîne Knesset)

Mais Netanyahu a un autre problème : pas un seul des chefs de parti qu’il devra convaincre de rentrer dans son camp pour gagner l’élection ne croit qu’il tiendra ses promesses.

Si les résultats du jour des élections reflètent, même de loin, les sondages actuels, le seul espoir de Netanyahu de diriger le prochain gouvernement sera de convaincre Bennett de se joindre à lui et à ses alliés Haredi. C’est un très grand « si ». Netanyahu méprise ouvertement Bennett et c’est réciproque. Bennett parle ouvertement de son objectif d’évincer le Premier ministre en place depuis longtemps.

Mais même si les deux hommes peuvent avaler cette pilule amère, une coalition Likud-Haredi-Yamina dirigée par Netanyahu n’obtient que 58 sièges dans les deux sondages. Netanyahu a toujours besoin de Saar.

Et si, comme les sondages le prédisent actuellement, Saar obtiendra entre 18 et 20 sièges, l’ancien ministre du Likud exigera inévitablement un accord de rotation pour le poste de Premier ministre.

Et c’est là que le problème de la malhonnêteté de Netanyahu devient décisif. Après son abandon sans cérémonie et à peine dissimulé de ses engagements envers Gantz, aucun homme politique israélien n’acceptera de passer en deuxième position dans un accord de rotation.

Le chef de Kakhol Lavan, Benny Gantz, annonce qu’il votera pour la dissolution de la Knesset, le 1er décembre 2020. (Crédit : Elad Malka / Kakhol lavan)

La réputation de malhonnêteté de Netanyahu a sérieusement limité sa capacité à conclure les accords qui pourraient le sauver. Pour rester au pouvoir après le mois de mars, il doit gagner sans conteste. Il ne suffit plus d’affronter ses adversaires pour obtenir un match nul, comme il l’a fait lors des trois dernières campagnes.

La droite a augmenté dans les sondages par rapport à l’année dernière. Les partis qui s’identifient comme étant de droite (y compris les factions Haredi) représentent maintenant environ 80 sièges à la Knesset. Mais le camp anti-Netanyahu s’est également développé. La division sur Netanyahu dépasse désormais la division gauche-droite.

Un nouveau champion, mais plus faible

Et le principal bénéficiaire de cette tendance est le plus puissant challenger de droite de Netanyahu, Gideon Saar.

L’année dernière, un sondage de la Douzième chaîne a demandé aux personnes interrogées quel candidat était le plus « à même » d’être Premier ministre, Netanyahu ou Gantz. Netanyahu a obtenu 40 %, Gantz 38 %.

Gideon Saar, (à droite), et Naftali Bennett au cours d’une session de l’assemblée en séance plénière du Parlement, le 24 février 2014. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le sondage Kan de mardi a posé la même question, en remplaçant Gantz par Saar. Netanyahu a obtenu 39 %, Saar 36 %.

Le soutien accordé à Netanyahu a tenu bon, mais celui de Saar est le plus intéressant. Comparez le sondage Kan sur deux personnes avec la réponse donnée mardi à la version de la question de la Douzième chaîne, qui proposait aux sondés cinq noms possibles. Netanyahu est en tête avec un confortable 33 %, suivi de Saar à 16 %, Lapid à 12 %, Bennett à 8 % et Gantz à 4 %.

Ce n’est plus un scoop que Gantz a perdu 34 points au cours de l’année dernière dans la perception de son « aptitude » à être Premier ministre. Ce qui est fascinant, c’est que Saar gagne 16 % dans un champ de bataille très fréquenté, mais 36 % face à Netanyahu seul. Les électeurs anti-Netanyahu ont trouvé leur nouveau champion.

Il y a juste un problème, selon les sondages : Ils ne prévoient de donner à ce nouveau champion que 18 à 20 sièges.

Un cinquième tour ?

Il est clair depuis au moins un mois qu’Israël se dirige vers une nouvelle élection.

Des membres de la Knesset se disputent après la défaite d’un projet de loi qui aurait pu éviter des élections, le 21 décembre 2020. (Capture d’écran de la chaîne Knesset)

Les grands partis politiques ne pensaient pas que la Knesset survivrait à l’échéance budgétaire de mardi. Les campagnes politiques ont recruté du personnel, mené des sondages d’opinion avec acharnement et lancé de nouvelles initiatives sur les médias sociaux. La commission centrale électorale a publié des offres d’emploi pour recruter du personnel dans les bureaux de vote une semaine avant la dissolution de la Knesset.

Les sondages étant ce qu’ils sont, il serait peut-être sage pour toutes les personnes concernées, qu’il s’agisse du personnel de campagne ou de l’équipe des bureaux de vote, de ne pas se disperser trop rapidement après le 23 mars. Ironiquement, et peut-être de façon exaspérante, l’implosion de Gantz n’a fait que pousser une victoire décisive encore plus loin, hors de portée de n’importe quel camp. Nous aurons probablement besoin de ces collaborateurs une fois de plus pour une cinquième élection anticipée en août.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...