Rechercher

Quand Alain Chabat, arrivé sur TF1 avec son « Late show », évoquait sa judéité

Né dans une famille juive d’Oran en 1958, le comédien français a déclaré avoir "un peu" regretté de n'avoir reçu "aucune éducation religieuse"

Alain Chabat dans l’émission « Le Late », sur TF1 en cette fin 2022. (Crédit : Etienne Jeanneret / TF1)
Alain Chabat dans l’émission « Le Late », sur TF1 en cette fin 2022. (Crédit : Etienne Jeanneret / TF1)

Invités se succédant dans un fauteuil, sketchs, orchestre… Alain Chabat reprend les codes des programmes popularisés par David Letterman et Jimmy Fallon aux États-Unis pour un « late show » sur TF1, où il jouit, chaque soir de la semaine à 23h, pendant deux semaines, de « la même liberté » qu’aux grandes heures de Canal+, dit-il.

Révélé il y a plus de 30 ans avec « Les Nuls » sur la chaîne cryptée, le roi de l’absurde reçoit au quotidien depuis lundi une brochette de stars allant de Monica Belluci à Jean Dujardin en passant par Marina Foïs et Léna Situations.

OrelSan, Angèle ou encore Etienne Daho joueront leurs morceaux en live, tandis que « pas mal d’invités surprise viendront faire une petite bêtise très rapide » dans l’une des dix émissions programmées à l’occasion du Mondial de foot, a expliqué Alain Chabat devant la presse début novembre.

Entouré des mêmes auteurs que pour « Burger Quiz » (jeu loufoque, diffusé sur Canal+ de 2001 à 2002 et ressuscité 16 ans plus tard sur TMC, autre chaîne du groupe TF1), l’humoriste et acteur de 63 ans a eu « carte blanche ».

TF1, le « nouveau Canal+ »

« Je retrouve exactement la même ambiance, la même liberté qu’à Canal à l’époque de » ses co-fondateurs Pierre Lescure et André Rousselet, et de l’ancien numéro 2 de la chaîne, Alain de Greef, à l’origine de programmes cultes comme « Nulle part ailleurs », « Les Guignols » ou « Groland », a-t-il assuré, évoquant « des gens extrêmement bienveillants, drôles, clients ».

« C’est très étrange mais c’est comme ça, donc oui », TF1 peut être qualifiée de « nouveau Canal+ », a estimé Alain Chabat, qui s’attaquera par exemple aux conséquences environnementales de la Coupe du monde au Qatar, co-diffusée par TF1.

De fait, le groupe audiovisuel de Bouygues a recruté plusieurs figures emblématiques de la chaîne cryptée depuis sa reprise en main par le milliardaire Vincent Bolloré via le groupe Vivendi, régulièrement accusé d’ingérence et de censure.

À commencer par l’ex-dirigeant de Canal+ Rodolphe Belmer qui vient de prendre la tête de TF1, y rejoignant son ancien collaborateur Ara Aprikian, directeur général adjoint des contenus, ou encore Yann Barthès, aux commandes de « Quotidien » (TMC) après avoir longtemps présenté « Le Petit Journal ».

Un joli pied de nez pour la Une, autrefois qualifiée de « boîte à cons » dans les « Guignols » au moment où Alain Chabat brillait avec ses compères des « Nuls », Chantal Lauby, Dominique Farrugia et Bruno Carette. « Ça a changé, c’est marrant quand même (…) C’est ça qui est beau dans la vie, des surprises dans tous les sens », raille-t-il.

Un « late show » proposé dans le cadre du Mondial

C’est grâce au bouleversement de la grille de TF1 induit par le Mondial qu’Alain Chabat, fan du présentateur américain Conan O’Brien, a pu réaliser son rêve de « late show » quotidien, évoqué il « y a une dizaine d’années » auprès d’Ara Aprikian.

« Un peu avant l’été, il (Ara Aprikian) m’a envoyé un texto en me disant ‘j’ai un truc potentiellement marrant à te proposer’ », relate-t-il. Avec des matches de poules sans prolongations, diffusés à partir de 20h, suivis d’un magazine dédié d’une cinquantaine de minutes, un créneau d’une heure s’est libéré pour tester ce type de programme « qui coûte cher à produire et que personne ne regarde ».

Une proposition « très, très sexy » impossible à décliner pour celui qui réalise actuellement une série animée tirée d’Astérix sur Netflix.

D’autres avant lui se sont frottés à l’exercice du late show, à l’instar d’Arthur ou Jean-Pierre Foucault, sans succès. Alain Chabat n’aura en tout cas pas la pression des audiences, son programme étant limité dans le temps.

« Je n’aurais pas signé pour un an, je ne peux pas, on signe avec son sang, je n’ai plus 50 ans », assure Alain Chabat.

Lundi, l’émission a été suivie par un million de téléspectateurs – un chiffre plutôt décevant. Le lendemain, à la suite du match de l’équipe de France diffusé sur TF1, près de 1,6 million de téléspectateurs ont pu rire avec Alain Chabat, Jamel Debbouze, Charlotte Gainsbourg, Orelsan et son frère Clément, Dominique Farrugia et Pierre Richard.

Ce mercredi, l’émission recevra Monica Bellucci, Laurent Lafitte et le groupe Thumpasaurus, qui se produira en live.

Quand l’acteur évoquait son rapport à la religion

Il y a quelques années, à plusieurs reprises, Alain Chabat, homme discret qui n’accorde que peu d’interviews, a évoqué avec les médias son rapport à sa judéité et au judaïsme.

Né dans une famille juive d’Oran en 1958, il est arrivé en France avec ses proches durant son enfance.

En 2017, au magazine Psychologies, il avait déclaré que, s’il se « sentait Juif », il n’avait eu « aucune éducation religieuse ». « Je le regrette un peu aujourd’hui, parce que la culture ou le folklore peuvent être intéressants, quelle que soit la religion », a-t-il dit.

« En revanche, avoir les réponses ne m’intéresse pas du tout, je ne veux que les questions. Pour ça, chez les Juifs, on est servi : on répond à ta question par une autre question. Je comprends que ça fasse du bien d’avoir les réponses, mais je peux aussi bien croire à une pieuvre à moumoute verte qui guide ma vie et demander aux autres de respecter ma croyance… Tout le monde gravit la même montagne, mais sur un flanc différent. Celui qui est pénible, c’est celui qui pense que le seul bon chemin est le sien. J’ai envie de lui dire : ‘Laisse-moi tranquille’ », ajoutait-il.

En 2020, dans une autre interview, pour le magazine GQ, il répétait se « sentir Juif », tout en se disant « par nature réfractaire aux clans ». « Mais je ne me définirais pas ainsi [tel que Juif] », expliquait-il. « Prenez René Goscinny, l’un de mes maîtres. J’ai appris très tard qu’il était Juif. À l’époque, je connaissais très peu de choses de sa vie mais j’étais sensible aux valeurs que véhicule son œuvre. Ce n’est qu’après que j’ai fait le lien. Il n’y va pas en frontal, mais ça ne manque pas pour autant de points de vue. Comme lui, je déguise mes projets artistiques en objets de divertissement grand public mais j’y injecte au passage quelques convictions. »

En 1993, à l’époque des Nuls, il avait expliqué éviter les blagues sur la religion, cela causant trop de « problèmes ». Il citait notamment une fausse pub pour de « l’Hyper Glue 4 » qui « fait des miracles », montrant Jésus collé à une croix, « sans clou ni attache ».

Sur le plateau du « Burger Quiz » il y a quelques années, il avait néanmoins lancé un jeu intitulé « Juif, Arabe ou les deux ? », dans lequel les candidats devaient répondre à une série de questions avec les réponses « Juif », « Arabe » ou « les deux ». L’idée avait été vivement applaudie, notamment sur les réseaux sociaux. « Il n’y a que Chabat capable de proposer un questionnaire comme ça en 2018 sans être cloué au pilori ! Le talent », avait par exemple écrit un internaute.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...