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Opinion

Quand assister aux obsèques de sa sœur jumelle et de sa mère assassinées est trop dangereux

Les crimes meurtriers dans la communauté arabe sont une crise nationale depuis bien - trop - longtemps

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Manar Hajaj et sa fille. (Crédit : Autorisation)
Manar Hajaj et sa fille. (Crédit : Autorisation)

Cette semaine, à deux reprises, des hommes armés ont commis d’horribles meurtres au sein de la communauté arabe israélienne. Et il ne s’agit pas d’un chiffre particulièrement inhabituel, – statistiquement parlant.

Dimanche, Nadal Ighbaria, un journaliste, a été abattu dans sa voiture à Umm al-Fahm, une ville du nord du pays, alors qu’il rentrait apparemment de la mosquée.

Vingt-quatre heures plus tard, ce sont Manar Hajaj et sa fille Khadra, âgée de 14 ans, qui ont été tuées par balle aux abords de leur maison alors qu’elles déchargeaient des courses de leur voiture à Lod, près de Tel Aviv. La sœur jumelle de Khadra, Maryam, a été blessée à la jambe alors qu’elle prenait la fuite, et elle ne serait parvenue, semble-t-il, à avoir la vie sauve que parce que l’arme du meurtrier se serait enrayée.

Il y a seulement un petit plus d’un an, Lod avait été le théâtre des pires violences opposant Juifs et Arabes connues par Israël depuis des décennies, des violences qui avaient accompagné le conflit entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas. Les meurtres de cette semaine, en contraste, relèvent de toute évidence de la vague de meurtres qui décime la communauté arabe de l’intérieur, en lien avec les guerres entre gangs. En tout, les trois défunts sont les 73e, 74e et 75e victimes, cette année, des violences qui déchirent directement et sans relâche la communauté arabe et qui horrifient tous les Israéliens, les mettant aussi potentiellement en danger.

Ammar Muhammad Hujayrat (Autorisation)

Les trois victimes, selon la police, n’avaient aucun lien avec le milieu du crime mais elles s’y sont trouvées mêlées contre leur gré, avec des conséquences mortelles. Cela avait été également le cas dans de nombreux meurtres similaires où des innocents avaient été pris pour cible dans le cadre de représailles contre d’autres criminels pour faire passer un message de dissuasion, ou qui s’étaient simplement trouvés au mauvais endroit au mauvais moment, pris au piège de tirs croisés ou de balles perdues. Ainsi, au mois de janvier, Ammar Hujayrat, quatre ans, avait été tué par une balle perdue alors qu’il se trouvait sur un terrain de jeu.

Aucun lieu n’est sûr.

Ighbaria, le journaliste, avait – ironie de l’histoire – couvert la vague criminelle dans sa ville et il avait déjà été désigné comme cible pour un assassinat.

« C’était écrit », a déclaré son père, bouleversé, dans la journée de lundi. Les impacts de balle apparaissant dans le mur de son habitation étaient pourtant un présage de mauvais augure : au mois de juin de l’année dernière, des dizaines de coups de feu avaient visé la maison dans laquelle il vivait avec son épouse et avec sa fille, dans une attaque qui avait été, semble-t-il, motivée par son travail de journaliste consacré justement à la vague criminelle.

Le journaliste arabe israélienne Nadal Ighbaria (Autorisation)

Certains ont suggéré que sa mort, dimanche, pourrait avoir été liée à des tractations financières faites par son frère.

La police soupçonne que le meurtre de Manar Hajaj et de sa fille de 14 ans a eu lieu dans le cadre d’un long conflit entre gangs – une histoire d’horreur compliquée, actuellement placée sous embargo par les enquêteurs, impliquant un mariage, des violences, une tentative d’attaque à la bombe et un meurtre antérieur.

Le chef de la police Kobi Shabtai a déclaré que rattraper le ou les meurtriers était l’une des priorités absolues des forces de l’ordre. « Des hommes qui prévoient de tuer une mère et ses deux petites filles appartiennent à la catégorie des criminels les plus vils et les plus brutaux », a-t-il dit. En visite à Lod dans la journée de mardi, Shabtai a annoncé la formation d’une force opérationnelle de 300 agents « qui seront chargés de mener des missions substantielles et offensives dans le secteur ».

De son côté, le ministre de la Sécurité intérieure Omer Barlev a noté, lundi, que le crime dans la communauté arabe avait atteint des sommets depuis des années, évoquant des années de négligence relative de la part des précédents gouvernements et de la police, qui avaient été réticents à s’attaquer au problème. Il a aussi souligné la complexité de cette tâche – pour des forces de l’ordre qui tentent d’imposer la loi et l’ordre dans une communauté dont une partie des membres est trop effrayée pour apporter son aide et dont une autre petite partie, a-t-il laissé entendre, glorifie la violence.

Des agents sur les lieux d’un double meurtre à Lod, où une mère d’une trentaine d’années et sa fille de 14 ans, l’une des deux jumelles, ont été tuées. La jumelle survivante a été gravement blessée, le 5 septembre 2022. (Crédit : Police israélienne)

« La lutte contre le crime dans la société arabe est difficile, elle est complexe et elle nécessite des activités policières et d’application stricte de la loi à la fois énergiques et déterminées pendant une longue période », a dit Barlev. « Ce qui va main dans la main avec d’importants investissements dans, entre autres, l’éducation, le domaine social et le secteur de l’emploi, en plus d’un changement dans la perception culturelle : traiter le fléau de la violence dans la société arabe ne consiste pas seulement à déjouer les attaques et à résoudre les affaires criminelles ».

L’année dernière, le gouvernement avait accordé la priorité à cette gangrène de la violence et il avait accordé des ressources pour tenter d’en venir à bout, avec Yoav Segalovitz, l’adjoint de Barlev, ancien officier de police redoutable, sur le front de la lutte. Mais face au défi que représente le crime dans la communauté arabe israélienne et face aussi à d’autres crises, les forces de l’ordre restent en sous-effectif et débordées.

Selon le groupe de veille Abraham Initiatives, seules neuf affaires de meurtres survenus cette année dans la communauté arabe israélienne ont été résolues jusqu’à présent. Si ces meurtres avaient eu lieu dans la communauté juive, s’est insurgé le maire de Lod, Yair Revivo, là même où Manar Hajaj et sa fille ont été tuées lundi, « le pays tout entier serait sens dessus dessous ».

Mardi, le Premier ministre Yair Lapid a convié les responsables de la sécurité pour souligner l’impératif de garantir que ces derniers meurtres n’entraîneront pas, en retour, des attaques de représailles, s’attardant également sur la nécessité urgente de progresser dans la dure lutte contre cette menace meurtrière.

Le maire de Lod Yair Revivo à la Knesset, à Jérusalem, le 8 novembre 2021. (Crédit :  Yonatan Sindel/Flash90)

Ighbaria avait porté plainte et il avait confié aux policiers tout ce qu’il savait sur les menaces qui planaient sur lui, a fait savoir un reportage de la Radio militaire qui a été diffusé jeudi, et sa vie n’a pourtant pas pu être sauvée. En réponse, le porte-parole de la police Eli Levy a déclaré sobrement que les forces de l’ordre progressaient dans cette bataille, qu’elles n’avaient pas besoin que l’agence de sécurité du Shin Bet s’y implique et qu’elles étaient parvenues à déjouer pas moins de 60 meurtres dans la communauté arabe, cette année – des incidents dans lesquels le potentiel assassin était déjà en route « avec une balle dans le chargeur ».

Pour sa part, Maryam Hajaj, l’adolescente rescapée des coups de feu de lundi à Lod, aurait quitté l’hôpital dans lequel elle avait été prise en charge dans le centre d’Israël et elle serait dorénavant dans un lieu qui est tenu secret. Sa mère et sa sœur jumelle ont été inhumées mercredi. Maryam n’était pas là. La police a estimé que ce serait trop dangereux…

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