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Quand Claude Sarraute racontait comment elle a appris qu’elle était Juive

La journaliste et romancière française est décédée à son domicile parisien dans la nuit de lundi à mardi

La journaliste et romancière française Claude Sarraute au Festival de Cannes, le 25 mai 2007. (Crédit : Valery HACHE / AFP)
La journaliste et romancière française Claude Sarraute au Festival de Cannes, le 25 mai 2007. (Crédit : Valery HACHE / AFP)

Pilier des émissions de Laurent Ruquier et des « Grosses têtes », après une longue carrière au Monde, la journaliste et romancière Claude Sarraute est décédée à l’âge de 95 ans.

Elle est décédée à son domicile parisien dans la nuit de lundi à mardi, a annoncé sa famille à l’AFP.

Pour beaucoup de téléspectateurs, Claude Sarraute incarnait la mamie indigne, faussement ingénue, qui imposait son sens du burlesque et ses bons mots sur les plateaux.

Née le 24 juillet 1927 à Paris, Claude Sarraute était la fille aînée d’une des grandes écrivaines du 20e siècle, Nathalie Sarraute (née Tcherniak), issue d’une famille juive bourgeoise assimilée de Russie, et de l’avocat Raymond Sarraute.

Quand elle évoquait sa judéité

En 2017, elle avait évoqué sa judéité alors qu’elle faisait la promotion de son quatorzième et dernier livre, Encore un instant (Ed. Flammarion). Dans cet ouvrage, elle évoquait la vieillesse, sa vieillesse, avec une grande franchise et auto-dérision.

Sur le plateau de Laurent Ruquier sur France 2, le chroniqueur Yann Moix lui avait rappelé un passage de son livre. « C’est quand vous apprenez votre judaïté. Vous dîtes du mal des Juifs à table, et tout à coup votre grand-père vous dit : ‘Stop ! Je suis Juif et toi aussi ma fille.’ C’est inouï d’apprendre que l’on est Juif en disant du mal d’eux ! », avait-il lancé.

« C’était un milieu intellectuel juif de Russie », avait répondu Claude Sarraute. « Il n’était pas question de parler de notre judaïté. Je ne savais pas ce qu’était Yom Kippour… »

« À l’école alsacienne on ne parlait que de ça, des ‘youpins’, des ‘youtres’ radins qui ne prêtent pas leurs gommes », racontait-elle.

Et puis un jour, alors qu’elle disait du mal de la nourriture de la cantine préparée par un Juif, son grand-père lui a demandé : « Qu’est-ce qu’un Juif pour toi ? »

Elle lui a alors énuméré toutes les tares antisémites supposées des Juifs : nez, doigt, oreilles, entendues à l’école.

« Et il me dit : ‘Je suis Juif, tu es Juive et Jésus-Christ était Juif !’ Vous pensez bien qu’à ce moment là, savoir que Jésus était Juif ne m’intéressait pas ! »

Le lendemain, quand elle interdit à ses copains de prononcer le mot « youpin » devant elle, parce qu’elle est Juive, ils lui répondent : « Ma pauvre… »

Hommages

Son décès a suscité de nombreuses réactions. Elle « a su être une femme libre, une journaliste indépendante et marier le sérieux du journal Le Monde à la fantaisie des Grosses Têtes. C’était une amie comme on en souhaite à chacun. Tout l’amusait et elle était curieuse de tout. Jusqu’à ses derniers jours, elle a été journaliste en observant même sa fin de vie. Journaliste d’elle-même, jusqu’au bout », a salué Laurent Ruquier, dans une déclaration transmise à l’AFP.

Il a animé mardi une émission spéciale des « Grosses Têtes », en hommage à son amie.

« Une plume piquante, une voix libre et un sens hors pair de la répartie. Ecrivaine, critique, chroniqueuse : du Monde aux Grosses Têtes, Claude Sarraute a accompagné les Français pendant plus de 60 ans. Son esprit vif et sa délicate irrévérence vont nous manquer », a salué sur Twitter la ministre de la Culture, Rima Abdul Malak.

Après deux mariages, Claude Sarraute a épousé en troisièmes noces le philosophe, essayiste, journaliste et académicien, Jean-François Revel, auprès de qui elle a vécu pendant près de 40 ans, jusqu’à sa mort en 2006. Selon Le Monde, elle avait fait graver son nom sur sa tombe au cimetière du Montparnasse, pour être enterrée aux côtés de son époux.

Légère, rieuse, anticonformiste, capable de traits d’esprit et aussi de coups de griffe, Claude Sarraute a écrit plusieurs romans (« Allô, Lolotte, c’est Coco », « Ah ! l’amour, toujours l’amour », « Sarraute, la nana de l’année », « Papa qui ? », « Dis, est-ce que tu m’aimes ? », « Dis voir, Maminette… » ou « Belle belle belle »…), qu’elle qualifiait malicieusement de « clowneries ».

Contre « le racisme antivieux »

Journaliste au quotidien Le Monde à partir de 1952, où elle restera 35 ans à la rubrique « Spectacles » puis « Télévision », elle a remporté un vif succès avec un billet quotidien insolent « Sur le vif », publié de 1983 à 1992.

« Son fameux billet, qu’elle voulait celui d’une ‘pipelette’, où elle parlait volontiers de son ‘Mimi’ – François Mitterrand – ou de son ‘Jacquot’ – Jacques Chirac –, lesquels n’appréciaient pas toujours ses propos, détonnait dans un journal fier de sa réputation austère », rapporte le quotidien mardi dans la nécrologie de l’autrice.

Membre de l’équipe des « Grosses têtes » sur RTL autour de Philippe Bouvard de 1985 à 1995, elle rejoint « La bande à Ruquier » dans les années 90. Elle continue auprès de lui lorsqu’il reprend « Les Grosses têtes » en 2014.

« J’ai tout plein de rides mais ce n’est pas un problème » pour passer à la télé, assurait-elle, en disant lutter « contre le jeunisme et le racisme antivieux ».

La chroniqueuse était par ailleurs membre du comité d’honneur de l’association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), qui défend la liberté de chacun à choisir les conditions de sa propre fin de vie.

« Notre association perd une fervente militante du droit de mourir dans la dignité. Nous perdons une amie. Pensée émue à tous ses proches… », a réagi sur Twitter l’association.

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