Quand la Russie a envahi l’Ukraine, les rabbins aussi se sont faits la guerre
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Quand la Russie a envahi l’Ukraine, les rabbins aussi se sont faits la guerre

Comment le conflit de 2014 a dressé les communautés juives les unes contre les autres

Des immigrants juifs ukrainiens arrivent à l'aéroport international Ben Gurion, Israël, le 22 décembre 2014. (AP Photo/Oded Balilty)
Des immigrants juifs ukrainiens arrivent à l'aéroport international Ben Gurion, Israël, le 22 décembre 2014. (AP Photo/Oded Balilty)

Début 2014, citant ce qu’il prétendait être des menaces contre les Juifs, les russophones et d’autres minorités, le président russe Vladimir Poutine a envahi l’Ukraine, provoquant un conflit permanent qui a tué plus de 13 000 personnes et décimé la vie juive dans l’Est de l’ancienne république socialiste soviétique. Sous l’impulsion d’un soulèvement populaire connu sous le nom d’Euromaidan, au cours duquel des centaines de milliers de manifestants ont pris le contrôle de la capitale ukrainienne de Kiev, renversant le président pro-russe Viktor Ianoukovitch, la guerre a fait de sérieux dégâts dans un pays toujours sous contrôle impérial russe depuis des générations.

Dans la zone de guerre, les communautés juives locales – qui avaient été progressivement reconstruites dans les décennies qui avaient suivi la fin du communisme – ont commencé à s’effondrer alors que nombre de leurs membres rejoignaient plus de 32 000 de leurs compatriotes fuyant la guerre pour les côtes israéliennes. Au début du conflit, les dirigeants juifs de Russie et d’Ukraine se sont joints à la mêlée, attaquant leurs coreligionnaires dans une guerre de mots qui s’est déroulée parallèlement au conflit plus large entre leurs gouvernements respectifs.

L’article qui suit, qui s’ouvre sur un rabbin ukrainien décrivant le conflit en termes presque eschatologiques lors d’un sermon contre les Russes, est tiré du livre récemment publié par le journaliste Sam Sokol, « Putin’s Hybrid War and the Jews« .

« Nous vivons ensemble avec les Ukrainiens depuis mille ans et l’Ukraine est notre patrie », tonne le rabbin. « Aujourd’hui, nous lirons un passage du livre d’Esther, comme nous le faisons depuis des milliers d’années pour Pourim. Et aujourd’hui, cette lecture revêt une importance particulière. Aujourd’hui, un nouvel Haman, notre ennemi commun avec les Ukrainiens, est très proche… »

Nous sommes en 2014 et les Russes viennent d’envahir la péninsule de Crimée, la coupant du continent ukrainien et déclenchant un conflit qui fera 13 000 morts au cours des cinq années suivantes, les combats entre unités gouvernementales et milices indépendantistes soutenues par la Russie ayant transformé l’Est du pays en terre désolée.

A Dnipropetrovsk, une ville orientale qui devenait rapidement le siège de la contre-insurrection de Kiev, l’émissaire local du mouvement Habad Loubavitch, Shmuel Kaminezki, était devenu l’un des plus ardents défenseurs rabbiniques de l’Ukraine.

Shmuel Kaminezki, (à droite), avec l’ancien envoyé spécial des États-Unis pour surveiller et combattre l’antisémitisme, Ira Forman, en Ukraine en 2014. (Avec l’aimable autorisation du département d’État)

Tandis que les fidèles de Kaminezki applaudissaient son sermon, tous ses collègues rabbiniques n’étaient pas aussi enthousiasmés par un tel message manichéen. Comparer Vladimir Poutine à un méchant biblique génocidaire et peindre le conflit en termes existentiels n’a pas plu au grand rabbin russe et à son collègue Habad Berel Lazar.

Le religieux d’origine italienne a réagi rapidement. Quelques jours plus tard, le 18 mars, le jour même où la Crimée a été officiellement introduite dans la Fédération de Russie, Lazar a publié une lettre ouverte dénonçant les manifestations rabbiniques ukrainiennes.

Un juif ultra-orthodoxe se prépare aux prières du matin dans le village ukrainien d’Anipoli, le 13 novembre 2013. (Yaakov Naumi/Flash90)

« Nous, les rabbins de Russie et d’Ukraine, voyons notre devoir d’exhorter toutes les parties, et tout d’abord nos coreligionnaires, à la paix et à la recherche d’une compréhension mutuelle en ces temps difficiles », a-t-il écrit.

« Nous comprenons qu’il y a des problèmes politiques, mais nous croyons que les gens, en particulier les chefs spirituels et les chefs communautaires, ne devraient pas interférer dans la sphère d’activité des politiciens. Nous ne devons pas oublier que tout mot téméraire peut avoir des conséquences dangereuses pour beaucoup de gens. »

Le Président russe Vladimir Poutine, (à droite), s’entretient avec le Grand Rabbin de Russie Berel Lazar, lors d’une cérémonie d’inauguration du mémorial aux membres de la résistance juive dans les camps de concentration nazis pendant la Seconde Guerre mondiale, au Musée juif et Centre de tolérance à Moscou, le 4 juin 2019. (Sergei Ilnitsky/Pool/AFP)

Cosignée par 54 autres rabbins Habad, tant en Russie qu’en Ukraine, la lettre contredit quelque peu le simple récit selon lequel il y avait une démarcation claire entre les chefs religieux ukrainiens et russes, chacun prenant le parti de son propre pays, mais ne pouvait masquer les tensions fondamentales que la crise de l’Ukraine avait créées entre les deux communautés juives.

Immédiatement après que les troupes russes non identifiées, connues familièrement sous le nom de « petits hommes verts », ont commencé à prendre le contrôle de la Crimée, le grand rabbin ukrainien Yaakov Dov Bleich, membre de la communauté hassidique Karlin-Slolin, a tenu à New York une conférence de presse dans laquelle il a accusé sans ménagements le Kremlin de recourir à des tactiques empruntes au troisième Reich.

« Il est possible que les Russes se déguisent en nationalistes ukrainiens… comme les nazis l’ont fait lorsqu’ils ont voulu aller en Autriche et ont créé des provocations », a dit M. Bleich, laissant entendre que les attaques contre les Juifs pendant la récente révolution où les Ukrainiens avaient destitué leur président pro-russe, Viktor Yanukovitch, qui était corrompu, ont été orchestrées par Moscou.

« Les Russes font exploser l’antisémitisme ukrainien, c’est hors de proportion. Il y a eu beaucoup de divergences d’opinion tout au long de la révolution, mais aujourd’hui, tout cela a disparu. Nous sommes confrontés à une menace extérieure appelée Russie. Elle a rassemblé tout le monde. »

Des membres du mouvement Habad Loubavitch devant la synagogue Brodsky Choral, la plus grande synagogue de Kiev, Ukraine, 14 février 2018. (Nati Shohat/Flash90)

La déclaration de Bleich était plus que ce que les dirigeants juifs russes ne pouvaient tolérer. Au cours de son accession au pouvoir, Poutine avait travaillé dur pour lier la communauté juive organisée du pays à son régime, mettant à l’écart le Congrès juif russe plus indépendant d’esprit et positionnant la Fédération des communautés juives de Russie (FEOR), alignée sur le mouvement Habad, comme la force dominante du judaïsme russe. Le mouvement Habad, qui a été critiqué dans certains milieux pour sa volonté de rester en dehors de la politique et sa proximité avec les dirigeants nationaux rejetés par d’autres tendances juives, semblait n’avoir d’autre choix que de s’entendre.

Le rabbin Alexander Boroda, président de la Fédération des communautés juives de Russie, accepte le prix UNESCO de la tolérance, le 16 novembre 2016 à Paris. (Autorisation)

Maintenant, en réponse aux paroles dures des Juifs ukrainiens, la direction rabbinique russe alignée sur le Kremlin est venue à la défense de Poutine. Alors que la date butoir fixée par la Russie pour la reddition des forces ukrainiennes en Crimée était dépassée, Alexander Boroda, président de la Fédération des communautés juives de Russie, a exhorté ses coreligionnaires ukrainiens à garder le silence. « Les juifs et les rabbins devraient rester à l’écart de la politique », a-t-il déclaré sans appel, affirmant que le conflit russo-ukrainien n’était « pas lié aux juifs ». Et bien que le climat actuel ne soit pas caractérisé par un antisémitisme endémique, l’avenir reste incertain. « Nous nous sentons comme une seule famille, les Juifs en Ukraine et en Russie, comme une seule communauté, et nous nous inquiétons pour les Juifs ukrainiens. »

Le même après-midi, Vladimir Poutine a tenu une conférence de presse à Moscou au cours de laquelle il a nié que les petits hommes verts étaient des troupes russes et a déclaré que toute action militaire russe serait, en fait, totalement légale, car il avait reçu un « appel direct » de Viktor Ianoukovitch, le président « légitime » de l’Ukraine, pour utiliser ses forces armées « pour protéger la vie, la liberté et la santé des citoyens d’Ukraine ».

Soldats ukrainiens à la base aérienne de Belbek, le 21 mars 2014. (Viktor Drachev/AFP)

« Quelle est notre plus grande préoccupation », a-t-il demandé rhétoriquement. « Nous voyons le déchaînement des forces réactionnaires, nationalistes et antisémites dans certaines parties de l’Ukraine, dont Kiev ». Enumérant une litanie de violences ukrainiens présumées, Poutine a affirmé que la Russie conservait le droit « d’utiliser tous les moyens disponibles pour protéger ces personnes ».

Les dirigeants d’un certain nombre d’organisations juives, y compris les dirigeants des branches ukrainiennes des mouvements réformés et massorti, étaient furieux. Dans une lettre commune à Poutine, ils accusent le dirigeant russe de propager « le mensonge et la calomnie ». Poutine a peut-être confondu « l’Ukraine avec la Russie, où les organisations juives ont remarqué une croissance des tendances antisémites l’année dernière », ont-ils déclaré avec sarcasme. « Nos très rares nationalistes sont bien contrôlés par la société civile et le nouveau gouvernement ukrainien, ce qui est plus que ce que l’on peut dire des néo-nazis russes, qui sont encouragés par vos services de sécurité ». De plus, les minorités étaient également bien représentées au sein du gouvernement, Volodymyr Groysman, le maire juif de Vinnytsia, ayant été nommé vice-Premier ministre. (Il sera ensuite nommé président du Parlement et, en 2016, Premier ministre.) Déclarant que la principale menace pour l’Ukraine était Poutine lui-même, les dirigeants juifs ont conclu catégoriquement qu’ils ne voulaient « pas être ‘défendus’ par la Russie ».

Depuis la fin de l’Euromaidan, la communauté organisée est devenue de plus en plus patriotique. Décrivant l’après-Maidan, Zelig Brez, le directeur de la communauté juive de Dnipropetrovsk, au visage rond, à la barbe fournie et toujours aimable, dit que, pour lui, une nouvelle nation politique ukrainienne était née dans les incendies du conflit, une époque où la défiance historique des différents groupes ethniques du pays avait commencé à disparaître. Les Juifs, a-t-il dit, « se sentent fiers d’être les citoyens de l’Ukraine » et ne sont plus « un groupe très isolé qui n’était pas si impliqué dans la communauté en général ».

Un garçon ultra-orthodoxe joue avec un pistolet en plastique à Ouman, en Ukraine, le 3 septembre 2013. (Yaakov Naumi/Flash90)

Les communautés de Brez et de Kaminezki avaient plus de raisons que beaucoup de gens de penser ainsi. Leur principal bienfaiteur financier, l’oligarque Ihor Kolomoisky, a récemment été nommé gouverneur de l’Oblast de Dnipropetrovsk (district) et a été chargé de réprimer les mouvements séparatistes pro-russes en herbe dans la région.

C’est ce sentiment patriotique qui s’est manifesté lorsque Kaminezki a décrit Poutine comme Haman, incitant nombre de ses collègues des deux côtés de la ligne à appeler les rabbins à ne pas faire de déclarations politiques.

Dans un article paru dans le Israel Journal of Foreign Affairs, le Dr Kiril Feferman, spécialiste russe de la Shoah à l’Université d’Ariel, a expliqué que « les attitudes des rabbins russes et ukrainiens vis-à-vis de la crise ukrainienne reflètent largement la ligne adoptée par leurs gouvernements ».

« Le gouvernement ukrainien a affirmé à plusieurs reprises que l’Ukraine était en guerre avec la Russie ; par conséquent, les rabbins ukrainiens ont agi conformément à cette position en appelant leurs coreligionnaires à soutenir sans équivoque l’Ukraine dans cette lutte », a-t-il écrit.

Des soldats russes gardent le centre de Simferopol, Crimée, le 27 mars 2014. (AP/Max Vetrov)

« Le Kremlin persiste à prétendre que la Russie n’est pas en guerre avec l’Ukraine, mais plutôt que l’Ukraine est engagée dans une guerre civile. Cela permet aux rabbins russes d’éviter le conflit et d’appeler les juifs ukrainiens à suivre leur exemple en ne s’empêtrant pas dans une guerre qui n’a rien à voir avec eux. En fait, la position des rabbins russes rappelle une politique communale juive pré-moderne qui consiste à s’abstenir de s’impliquer dans les affaires de l’Etat, en particulier dans les guerres menées par les Gentils. Il semble que tant que le Kremlin ne demandera pas à tous les groupes politiques, ethniques et religieux de s’engager pleinement à soutenir les politiques russes en Ukraine, les rabbins russes pourront rester non-engagés. »

L’Ukraine, quant à elle, était « un jeune État-nation en voie d’édification » qui se sentait menacé et dont « le gouvernement attend de tous les groupes ethniques et religieux qu’ils soutiennent sans équivoque sa politique. Dans un tel contexte, les rabbins ukrainiens n’ont pas la même marge de manœuvre que leurs homologues russes et n’ont d’autre choix que de s’identifier pleinement aux politiques de leur gouvernement ».

En tenant compte de l’hypothèse de Feferman, le comportement des rabbins alignés sur Lazar s’explique par leur éloignement des centres de pouvoir en Ukraine et leur alignement idéologique avec le Habad. Bon nombre de ceux qui ont pris la parole – comme Bleich et les dirigeants massorti et réformés locaux – étaient proches des autorités ukrainiennes ou appartenaient à des groupes confessionnels plus progressistes et socialement intégrés. Lazar semble avoir misé sur cette réticence naturelle à s’engager en politique pour amener ses compatriotes « Habadniks » en Ukraine à s’opposer à leurs collègues plus francs.

Des hommes ultra-orthodoxes à Ouman, Ukraine, le 7 septembre 2013. (Yaakov Naumi/Flash90)

Cela ne signifie pas pour autant que les dirigeants juifs russes ne se sont pas engagés dans des actions qui pourraient être considérées comme de la propagande pour le Kremlin.

Chaque été depuis 1992, les Juifs de Sébastopol organisent une cérémonie commémorative de la Shoah à laquelle peu de monde assiste. Jamais un grand événement, il n’a invariablement pas réussi à attirer l’attention sur le genre d’attention prodiguée lors de rassemblements similaires dans des villes plus en vue. Après l’annexion de la péninsule de Crimée par la Russie, cependant, l’événement est passé de quelques dizaines à plusieurs centaines de participants.

En juillet 2014, d’importantes délégations de rabbins et de journalistes sont arrivées en avion affrété de Moscou en direction de la Crimée et ont été transportées dans les rues par une escorte de la police, mêlées à la population locale autour du mémorial, désormais gardé par les troupes russes. C’était la suite logique pour la Russie. Vladimir Poutine s’était déjà fait passer pour le sauveur des Juifs, d’abord lors de sa conférence de presse du 3 mars, lorsqu’il avait utilisé la question de l’antisémitisme pour justifier une intervention militaire, puis lors d’une réunion des rabbins peu avant la commémoration.

Des militaires ukrainiens surveillent la mer d’Azov près de la ville ukrainienne de Mariupol, le 26 novembre 2018. (Sega Volskii/AFP)

S’adressant aux rabbins israéliens et européens à Moscou peu avant la commémoration, Poutine avait fait une déclaration largement interprétée comme laissant entendre que son voisin occidental était tombé dans le fascisme. Louant les efforts de son propre pays pour préserver la mémoire des Juifs d’avant-guerre, le président russe a déclaré qu’il voulait « vous assurer qu’en Russie, non seulement nous nous souviendrons toujours de ces tragédies, mais que nous garderons toujours soigneusement la mémoire de ceux qui ont péri ».

« Et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour que de telles tragédies ne se reproduisent pas à l’avenir », a-t-il déclaré. « Bien sûr, la renaissance des idées nazies ici et là est particulièrement alarmante. Je tiens à remercier la communauté juive et les organisations publiques qui continuent activement et courageusement… de lutter sans compromis contre toute manifestation et toute tentative de ranimer l’idéologie nazie. Je tiens à dire qu’à cet égard, nous vous considérons comme nos alliés les plus proches et je vous demande de nous considérer dans la même optique. »

Le lendemain, à Sébastopol, il n’y avait guère d’illusion sur le fait que tout le spectacle avait été organisé pour que Moscou apparaisse sous son meilleur jour. Le rabbin Boruch Gorin, porte-parole de Berel Lazar, a été incroyablement franc sur ce qui se passait. « Vous ne pouvez pas cacher le fait qu’il est très important pour Poutine et le Kremlin que tout se passe dans l’ordre en Crimée », a-t-il dit à la JTA.

« Il y a beaucoup plus d’intérêt médiatique pour cette cérémonie cette année. Et, bien sûr, c’est aussi dans l’intérêt de la propagande, pour montrer que tout va bien et qu’il n’y a pas d’antisémitisme mais [plutôt] la paix et le calme. »

Kiev, Ukraine, 13 février 2018. (Nati Shohat/Flash90)

Il était évident dès le début que l’objectif principal de l’événement était de donner un lustre de légitimité à l’occupation en la présentant comme bénéfique pour les minorités locales, et la couverture médiatique pendant la période précédant la commémoration a clairement démontré que la Russie était également intéressée à promouvoir une histoire d’acceptation internationale de sa conquête. Les grands rabbins israéliens David Lau et Yitzhak Yosef figuraient sur la liste des rabbins israéliens influents qui devaient participer à l’événement, sur invitation de la société russe de relations publiques Mikhailov and Partners. Le fait d’amener de hauts responsables israéliens aurait signifié que les Israéliens étaient d’accord avec le revanchisme russe. Malheureusement pour les Russes, les deux bureaux des rabbins ont nié toute connaissance de l’événement, l’assistant de Lau le qualifiant d’ « arnaque ».

« Personne ne l’a invité », m’a-t-il dit. « Il n’irait jamais là-bas. C’est de la folie. »

Le président russe Vladimir Poutine, (à gauche), le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, (au centre), écoutent le chef de la Fédération russe des communautés juives et le directeur du musée Alexander Boroda, (à droite), pendant leur visite au Musée juif et Centre de tolérance de Moscou, Russie, lundi 29 janvier 2018. (Alexei Nikolsky, Spoutnik, Kremlin Pool Photo/AP)

Les réclamations douteuses s’accumulaient. Malgré les affirmations de la Fédération des communautés juives et de Mikhailov and Partners selon lesquelles la communauté juive de Crimée était impliquée dans l’organisation de l’événement, le rabbin Habad local Benjamin Wolf, a clairement indiqué qu’il n’avait pas été informé à l’avance et n’en savait qu’un minimum. Cependant, au moment de l’événement lui-même, Wolf et d’autres habitants de la région interviewés se sont montrés très élogieux à l’égard de leurs nouveaux maîtres. S’adressant à JTA, Wolf a affirmé que « la situation a changé pour le mieux » et que le gouvernement donnait aux Juifs tout ce dont ils avaient besoin. « Les Juifs se sentent à l’aise ici », a-t-il dit à l’agence de presse. « Ils n’ont pas honte de s’identifier comme Juifs, et c’est en partie à cause des instructions qui viennent d’en haut, des hauts fonctionnaires aux jeunes, que les Juifs doivent être respectés et aidés. »

Ironiquement, malgré le fait que le conflit semblait au départ séparer les Juifs russes et ukrainiens, cette division n’a pas entravé la coopération quotidienne sur le terrain. En fait, le conflit entre les communautés juives des deux pays est resté largement rhétorique. Avec l’escalade de la guerre à l’Est et la fuite en masse des Ukrainiens de la zone de conflit, la communauté juive russe, de concert avec des organisations de la diaspora comme le JDC [Joint Distribution Committee], a commencé à injecter de l’argent en Ukraine pour réinstaller les réfugiés juifs et les rabbins des deux camps ont commencé à travailler ensemble à des fins humanitaires.

Vers la fin de 2014, alors que l’exode de l’est s’est transformé en ras de marée, les communautés juives locales ont commencé à s’étioler. Si les chiffres exacts de cette période sont difficiles à obtenir, nous savons qu’à la mi-septembre, Lyudmila Saprikina, la directrice de la branche Donetsk de Hesed – une organisation de services sociaux dirigée par le JDC – estimait qu’environ 70 % des Juifs de la ville avaient fui.

La Fédération des communautés juives de Lazar s’est impliquée dans divers efforts de réinstallation de réfugiés, y compris la création, avec la Communauté internationale des chrétiens et des juifs [IFCJ], d’un camp de transit pour réfugiés à Zarychany, une banlieue de Zhytomyr.

Le livre de Sam Sokol « Putin’s Hybrid War and the Jews ».

La Fédération, dont le siège est à Moscou, a travaillé en étroite collaboration avec la Communauté internationale des chrétiens et des juifs pour assurer le financement des réfugiés, a déclaré le rabbin Pinchas Vishedski, ancien chef de la communauté juive de Donetsk occupé au Times of Israel. La Fédération, a dit le rabbin, qui dirige maintenant une congrégation de Juifs déplacés à Kiev, a égalé l’IFCJ Dollar for Dollar, ce qui, s’il est vrai, signifie que l’organisation doit avoir versé des millions en Ukraine.

« Ils se soucient vraiment et continuent à donner, même quand ils ont des problèmes de budget, pour aider les Juifs d’ici », dit-il.

Il semble que si la guerre a séparé les communautés juives de Russie et d’Ukraine, lorsqu’elle a été poussée à bout et que les Juifs souffraient, elle les a aussi unis.

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