Quand le NY Times dit qu’Abbas n’est pas un partenaire, un changement se profile
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Analyse

Quand le NY Times dit qu’Abbas n’est pas un partenaire, un changement se profile

La réaction mondiale au discours scandaleux du chef de l’AP montre une prise de conscience croissante que la paix exige une reconnaissance palestinienne des droits juifs

Raphael Ahren

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Mahmoud Abbas, leader de l'Autorité palestinienne, est reçu par Federica Mogherini, chef de la diplomatie étrangère de l'UE, avant d'assister à un sommet européen des Affaires étrangères au Conseil européen de Bruxelles le 22 janvier 2018 (EMMANUEL DUNAND / AFP)
Mahmoud Abbas, leader de l'Autorité palestinienne, est reçu par Federica Mogherini, chef de la diplomatie étrangère de l'UE, avant d'assister à un sommet européen des Affaires étrangères au Conseil européen de Bruxelles le 22 janvier 2018 (EMMANUEL DUNAND / AFP)

La réponse mondiale condamnant le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas pour son discours incendiaire de lundi, au cours duquel il a accusé les Juifs d’être responsables de leur propre massacre pendant l’Holocauste et a nié le lien juif avec la Terre Sainte, est très utile pour la diplomatie publique du gouvernement israélien, mais cela s’accompagne d’un avertissement.

De manière générale, Jérusalem se félicite de toute déclaration, d’où qu’elle vienne, critiquant le dirigeant palestinien, que les membres du gouvernement Netanyahu accusent depuis longtemps de duplicité, d’antisémitisme, de négationnisme de l’Holocauste, et, peut-être encore plus intensément, de refuser constamment l’idée de l’auto-détermination juive n’importe où entre le Jourdain et la mer Méditerranée.

Deux jours après le discours d’Abbas, alors que la teneur de ses propos pendant une intervention télévisée devant des centaines des personnes à Ramallah à commencait à être assimilé, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé mercredi la communauté internationale à « condamner l’antisémitisme sévère d’Abu Mazen ».

Avec une vitesse rare, une grande partie du monde a répondu à son appel.

Les condamnations ont commencé à pleuvoir, non seulement des gouvernements d’Allemagne, de France, de Grande-Bretagne, du Canada et de Lituanie, mais aussi de la part d’acteurs beaucoup moins attendus : de l’ambassadeur au Moyen-Orient des Nations Unies, de la chef de la politique étrangère de l’Union Européenne, du principal groupe de soutien pro-palestinien en Allemagne, même de la directrice de l’UNESCO, l’agence culturelle des Nations Unies qu’Israël va quitter à cause de ses préjugés anti-Israël bien connus.

« Les remarques totalement inacceptables du président Mahmoud Abbas concernant les victimes de la Shoah constituent une insulte inexcusable à la mémoire des millions de personnes assassinées par le Nazis et une déformation scandaleuse de la vérité », a tweeté Karin Kneissl, ministre autrichienne des Affaires étrangères. Kneissl est affiliée au parti Liberté, d’extrême droite, qu’Israël boycotte à cause de son passé néo-nazi et de sa présumée xénophobie.

Accueillant le Premier ministre japonais Shinzo Abe à Jérusalem mercredi, Netanyahu a une fois de plus « condamné les remarques antisémites d’Abu Mazen et a déclaré qu’elles révèlent la vraie raison pour laquelle il n’y a pas de paix », selon un communiqué fourni par le bureau de Netanyahu.

Les remarques d’Abbas, les dernières et les pires de ses efforts incendiaires pour inciter au sentiment anti-juif et anti-Israël parmi son peuple, correspondent, en effet, une justification de la perspective du Premier ministre qui explique depuis des années que l’absence de paix n’est pas due au projet d’implantation ni aux politiques ostensiblement dures vis-à-vis des Palestiniens.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmud Abbas, à gauche, durant une rencontre du conseil national palestinien à Ramallah, le 30 avril 2018 (Crédit : AFP PHOTO / ABBAS MOMANI)

Au lieu de cela, Netanyahu a souligné, un nombre incalculable de fois au fil des ans, que la paix ne pas peut avoir lieu parce que les Arabes palestiniens et leurs dirigeants refusent catégoriquement d’accepter un état juif à leurs frontières.

C’est pour cette raison qu’il a toujours mentionné la reconnaissance palestinienne d’Israël comme l’état-nation du peuple juif comme l’un de deux pilliers essentiels sur lesquels un futur accord de paix doit se construire (l’autre étant la démilitarisation de l’état palestinien et des garanties sécuritaires solides pour Israël).

De nombreux dirigeants occidentaux, et même de nombreux politiciens centristes et de gauche, considèrent que l’insistance de Netanyahu sur la reconnaissance palestinienne d’un état juif constitue un obstacle inutile.

Pourtant, le discours d’Abbas au Conseil National Palestinien – où il a affirmé que l’Holocauste a été provoqué par le « comportement social » des Juifs d’Europe, notamment par leur activité d’usuriers, et lorsqu’il dit que les Juifs ashkénazes sont des descendants de Khazars et n’ont donc « aucuns liens historiques » avec la Terre d’Israël – a servi à mettre en évidence un argument de Netanyahu : comment attendre que les Israéliens fassent la paix avec ceux qui nient leur lien le plus basique à cette terre ?

La communauté internationale n’a pas manqué de relever l’argument.

La rhétorique d’Abbas « ne sert pas les intérêts du peuple palestinien et n’aide vraiment pas la cause de la paix », a déclaré jeudi Alistair Burt, le ministre britannique pour le Moyen-Orient, faisant écho aux propos formulés par d’autres responsables occidentaux.

La communauté internationale n’est pas sur le point de soutenir les implantations en Cisjordanie ou de défendre l’utilisation de balles réelles contre les manifestants à la frontière de Gaza. Elle ne va certainement pas abandonner son soutien à la solution à deux états que Netanyahu soutient peut-être, ou pas encore.

Pourtant, la réaction négative aux remarques d’Abbas montre que l’argument selon lequel le conflit israélo-palestinien n’est pas uniquement un litige sur de l’immobilier, et qu’il pourrait facilement être résolu si seulement Israël était prêt à faire les concessions territoriales nécessaires, est en train de gagner de la force.

Sur la base des déclarations émises, de nombreux acteurs internationaux sont en train d’intérioriser que pour que la paix prévale, les Palestiniens doivent accepter le fait que les Juifs ont des millénaires d’histoire sur cette terre et un droit à la souveraineté ici qui n’a rien à voir avec la Shoah.

Lorsque le New York Times estime qu’Abbas, « en nourrissant des mythes et des théories du complot antisémites répréhensibles » qui « lui ôtent toute crédibilité en tant que partenaire fiable », c’est que quelque chose de fondamental a manifestement commencé à changer.

Alors pourquoi une mise en garde ? Pourquoi les retombées ont-elles également des inconvénients partiels pour les défenseurs pro-israéliens, pour la hasbara?

Parce que les défenseurs de la réputation israélienne ne pourront plus clamer facilement que la communauté internationale est complètement biaisée en faveur des Palestiniens. La majorité automatique arabe à l’UNESCO sera encore présente après que cette controverse d’Abbas a quitté les gros titres. La partialité numérique anti-israélienne de l’ONU ne va pas se recréer rapidement. Mais cela sera néanmoins plus difficile de dire que « tout le monde est instinctivement contre nous » ou que les Européens ont une dent permanente contre les Juifs et Israël.

Au mois de janvier, l’EU avait refusé de condamner Abbas qui avait dit qu’Israël était « un projet colonial qui n’a rien à voir avec le judaïsme ».

« Notre politique est de ne pas commenter les commentaires », avait dit au Times of Israel un porte-parole de l’UE à Bruxelles à ce moment-là.

Mercredi, en comparaison, l’UE a dénoncé les « paroles inacceptables d’Abbas sur les origines de l’Holocauste et la légitimité israélienne ».

Apparemment, la politique de Bruxelles n’est plus de ne pas commenter les commentaires. La rhétorique d’Abbas était trop vicieuse pour ne pas être remarquée.

Mais cela ne signifie pas qu’Israël obtiendra carte blanche dorénavant. Cela signifie que la critique d’Israël, qui émanera de ceux qui se sont exprimés cette semaine contre Abbas, pourrait bien être un peu plus difficile à écarter d’un revers de main.

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