Retour sur la soirée de Gala des 50 ans de l’AUJF en présence de Nicolas Sarkozy
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Exclusif'Sans les Rothschild, le Louvre ne serait pas le Louvre !'

Retour sur la soirée de Gala des 50 ans de l’AUJF en présence de Nicolas Sarkozy

Près de 500 000 euros de dons promis, des discours et des explications sur le rôle de l'Appel unifié juif de France

Gala de l'AUJF, de gauche à droite, David de Rothschild, S.E. Aliza Bin-Noun, Ariel Goldmann, Nicolas Sarkozy, Pierre Besnainou. Paris le 15 février 2018. (Crédit : Ludovic Boulnois autorisation AUJF)
Gala de l'AUJF, de gauche à droite, David de Rothschild, S.E. Aliza Bin-Noun, Ariel Goldmann, Nicolas Sarkozy, Pierre Besnainou. Paris le 15 février 2018. (Crédit : Ludovic Boulnois autorisation AUJF)

L’Appel unifié juif de France (AUJF) a pour habitude de réunir en début d’année civile ses principaux donateurs, dans la capitale comme dans les grandes villes de province, pour lancer sa fameuse collecte. Ces rassemblements se font généralement sous forme de dîners de gala.

Mais la soirée parisienne du 15 février, cette fois, était particulière. Les organisateurs avaient mis les bouchées doubles puisqu’il s’agissait de célébrer du même coup le cinquantenaire de l’institution.

Une première : le repas s’est tenu dans les salons de l’Hôtel George V (qui appartient à son fondateur Isador Sharp, à un prince saoudien et à Bill Gates), près des Champs-Elysées – autrement dit l’un des palaces les plus prestigieux de la planète.

L’invité d’honneur était l’ancien chef de l’Etat Nicolas Sarkozy et environ trois cents convives en ont profité pour promettre des contributions financières à hauteur de quelque cinq cent mille euros, soit trois fois plus qu’en 2017 !

Un chiffre impressionnant et inattendu, même en cette année du jubilé, puisque la collecte est en baisse constante depuis 2008 (au moins), du fait de la crise économique qui a poussé de nombreux donateurs fortunés au départ, notamment vers les pays anglo-saxons et la Belgique, et en raison de l’alyah massive enregistrée depuis 2012. Celle-ci érode le noyau dur de la communauté juive et atrophie peu à peu le vivier des personnes prêtes à s’engager matériellement en faveur de leurs coreligionnaires. Sans oublier la prolifération exponentielle d’appels aux dons « concurrents », surtout dans les milieux très pratiquants.

Gala du cinquantenaire de l’AUJF. Paris le 15 février 2018. (Crédit : Erez Lichtfeld autorisation AUJF)

80 % des dons destinés au judaïsme français, 20 % à Israël

Rappelons que l’AUJF a été créé en même temps que le Fonds social juif unifié (FSJU) dans un triple contexte : la perte de confiance entre le général de Gaulle et les dirigeants israéliens et la menace existentielle qui planait sur l’Etat juif en 1967, suivies de la victoire éclatante de la guerre des Six Jours. Ce bouleversement a réveillé un judaïsme hexagonal endormi depuis la Libération. L’arrivée concomitante des séfarades d’Afrique du Nord a induit de nouveaux besoins en matières sociale, éducative et culturelle.

Le FSJU a fédéré l’ensemble de la vie associative juive non cultuelle (réservée au Consistoire ou indépendante). Il reste jusqu’à présent l’interlocuteur des pouvoirs publics sur le plan de l’enseignement délivré dans les établissements confessionnels. Il a aussi pour vocation de pallier les difficultés des plus nécessiteux : handicapés, personnes âgées, chômeurs…

L’AUJF se charge de la collecte au profit du FSJU, mais également d’Israël, selon une clé de répartition qui a beaucoup évolué : autrefois, la majorité des dons étaient attribués à Jérusalem. Désormais, l’enrichissement d’Israël et la crise qui frappe la France depuis 2008 sont tels que seul 20 % du volume global des sommes récoltées est destiné à l’Etat juif. Plus exactement à des associations ou organismes censés soutenir l’intégration des nouveaux immigrants à travers des programmes sociaux et pédagogiques. Autrement dit, ce pourcentage représente plus qu’un symbole : la poursuite, au moins indirecte, de l’aide aux Juifs français lorsqu’ils réalisent leur alyah.

Le 15 février, les présidents successifs de l’AUJF – et du FSJU – étaient présents, à l’exception du premier, décédé depuis 2008 : Guy de Rothschild. Son fils David, qui a occupé la même fonction durant deux décennies, lui a rendu hommage, tout comme l’homme d’affaires Pierre Besnainou (aujourd’hui installé en Israël) et le président actuel, l’avocat Ariel Goldmann, fils de l’ancien grand rabbin de Paris Alain Goldmann.

Gala du cinquantenaire de l’AUJF, Nicolas Sarkozy, ancien président de la République. Paris le 15 février 2018. (Crédit : Ludovic Boulnois autorisation AUJF)

Sarkozy contre « l’alyah motivée par la peur »

L’ambassadrice d’Israël, Aliza Bin-Noun, participait au gala, ainsi que le député UDI des Français de l’étranger Meyer Habib (dont la circonscription comprend l’Etat juif). Enrico Macias a chanté sous les ovations « Enfants de tous pays » et « Toi Paris, tu m’as pris dans tes bras ».

Nicolas Sarkozy, venu « en ami » et à titre évidemment gracieux, a vivement remercié la famille Rothschild pour sa contribution au patrimoine national. Il a souligné l’importance des œuvres qu’elle a léguées aux grands musées. « Sans elle, a-t-il lancé, le Louvre ne serait pas le Louvre ! »

Il a félicité l’AUJF pour son action et remarqué que l’arrivée des Hébreux en terre de Canaan, après la sortie d’Egypte, eût été « largement facilitée » si l’Appel unifié avait existé à cette lointaine époque. Il s’est déclaré proche d’Israël mais « critique », notamment à l’égard de sa « communication » à l’intention du monde extérieur. Enfin, il a affirmé comprendre « l’alyah par choix », mais jugé « inconcevable l’alyah motivée par la seule crainte de l’antisémitisme. On ne doit jamais prendre de décision sous le coup de la peur », a-t-il proclamé.

Pierre Besnainou a rappelé que l’invité d’honneur, quand il était ministre de l’Intérieur, avait signé la première convention avec le FSJU permettant de sécuriser les bâtiments communautaires. C’était en 2006 : des portes blindées ou caméras de surveillance avaient alors pu être posées avec l’aide de l’Etat.

Ariel Goldmann, comme ses prédécesseurs, a insisté sur l’esprit d’ouverture de l’AUJF, qui s’adresse « à tous les Juifs », quelles que soient leurs attitudes religieuses ou politiques. Il s’est voulu combattif et positif. Aliza Bin-Noun a d’ailleurs salué son « courage ».

Gala du cinquantenaire de l’AUJF, S.E. Aliza Bin-Noun, ambassadrice d’Israël en France. Paris le 15 février 2018. (Crédit : Ludovic Boulnois autorisation AUJF)

Précarité et antisémitisme : pour certains Juifs, c’est « double peine »

Interrogé par le Times of Israël, il indique que les cinq cent mille euros promis pendant la soirée sont le fruit d’un long travail préparatoire des militants et permanents de l’institution qu’il préside.

« Mais ce n’est qu’un lancement de campagne, ajoute-t-il. Nous ignorons si l’essai sera transformé en cours d’année ». D’autre part, il minimise la baisse des dons : elle ne serait que de 10 à 15 %, au total, depuis dix ans. « Ce n’est pas un effondrement, s’exclame-t-il, contrairement à ce que j’entends ici ou là ! »

Pourtant, les effectifs du FSJU auraient été divisés par quatre en quelques courtes années, selon un pilier de la maison.

Gala du cinquantenaire de l’AUJF, Ariel Goldmann, président de l’AUJF. Paris le 15 février 2018. (Crédit : Ludovic Boulnois autorisation AUJF)

« Cette statistique ne me paraît pas exacte, réplique-t-il. Mais le rétrécissement indéniable de la masse salariale est précisément un outil destiné à compenser nos difficultés budgétaires, en privilégiant des partenariats avec toute une série d’associations et d’intervenants locaux. Cette décentralisation souple nous amène à orienter tel ou tel groupe caritatif pour qu’il trouve de l’argent par lui-même et à créer des dynamiques pourvoyeuses de subventions. C’est efficace et il faut continuer en ce sens ».

Il n’empêche que les Juifs français subissent la crise de plein fouet et au moins autant que les autres. A rebours d’une légende tenace, ils détiendraient un patrimoine moyen globalement inférieur à celui des non-Juifs et sont parfois en butte à une « double peine », selon l’expression d’Ariel Goldmann : victimes du chômage et de la précarité, mais aussi de l’antisémitisme ou d’un climat pesant qui les pousse de plus en plus fréquemment à inscrire leurs enfants dans des écoles privées… forcément onéreuses.

Le FSJU est donc débordé mais parvient tout de même à soutenir des milliers de familles monoparentales par l’octroi de bourses. L’accent est mis sur l’enfance nécessiteuse et, dans un autre registre, sur la jeunesse afin de former les cadres de la communauté organisée de demain. Une priorité alors qu’elle peine à se renouveler.

Quant à la multiplication des collectes « parallèles » dans les milieux religieux qui ne font guère confiance à l’AUJF, Ariel Goldmann en prend acte mais souligne que l’Appel unifié évolue au moyen de campagnes ciblées, comme l’Appel national pour la Tsedaka (charité) – chaque année en décembre – qui permettrait de recueillir « environ trois millions d’euros en un mois », y compris auprès de petits donateurs.

L’AUJF ne serait pas seulement la vieille dame embourgeoisée, élitiste et déconnectée du terrain souvent décriée : « Le modèle né il y a cinq décennies est en partie obsolète, reconnaît le président Goldmann, mais si nous avons encore de grands progrès à accomplir, la modernisation est en marche et donnera des résultats tangibles, j’en suis sûr ».

L’avenir le dira.

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