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Interview

Saar: Sauver la coalition exige des sacrifices de la part des différents partenaires

Le chef de Tikva Hadasha pense que les autres partis doivent s'attaquer au problème des députés récalcitrants et il note avoir lui-même fait des compromis

Le ministre de la Justice Gideon Saar en séance plénière de la Knesset, le 15 décembre 2021. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)
Le ministre de la Justice Gideon Saar en séance plénière de la Knesset, le 15 décembre 2021. (Crédit : Arie Leib Abrams/Flash90)

Dimanche, le ministre de la Justice Gideon Saar a essayé pour la énième fois de faire taire les rumeurs laissant entendre qu’il serait en pourparlers avec le parti du Likud concernant la formation d’un gouvernement d’alternance.

« Il n’y a aucune négociation en cours avec le Likud », a-t-il dit aux journalistes alors qu’il se rendait à la réunion hebdomadaire du cabinet à Jérusalem. « Vous pouvez oublier le sujet. J’écoute les informations et chaque matin, il y a un nouvel élément de propagande là-dessus… Je ne vais pas retourner au Likud. »

Et lundi, il a déclaré devant les caméras de Kan : « Nous ne ferons pas revenir Netanyahu. Le pays doit aller de l’avant, il ne doit pas revenir en arrière ».

Il y a très exactement un an, Saar était parvenu à faire taire des rumeurs similaires une bonne fois pour toute – ou, tout du moins, c’est ce qu’il avait pensé – quand son parti Tikva Hadasha et sept autres s’étaient alliés pour former un gouvernement dirigé par Naftali Bennett, le chef de Yamina. C’était une alliance qui était assurément fragile – il y avait des différences irréconciliables qui n’allaient pas être dépassées – mais elle démontrait, pour la toute première fois, la volonté de coopération de formations issues de la droite et de la gauche de l’échiquier politique ; elle incluait la participation, là aussi sans précédent, d’un parti arabe majeur dans une coalition au pouvoir, et elle avait eu l’audace de vouloir construire des ponts permettant de combler les clivages entraînés par des années d’élections conflictuelles.

Mais un an plus tard, il ne reste plus grand-chose de ce rapprochement et ce sont les dysfonctionnements qui dominent dorénavant le gouvernement de Bennett qui semble se désintégrer à grande vitesse. Dans une interview accordée au Times of Israel dimanche, Saar a mis en cause ses partenaires pour ce qu’il a décrit comme une série de faux-pas législatifs et leur reproche de ne pas faire suffisamment pour tenter de sauver l’intégrité de la coalition aujourd’hui.

« Les chefs de parti n’ont montré aucune détermination, même si nous étions très proches du but. Nous avons raté l’opportunité d’un projet de loi qui aurait dû être la pierre d’achoppement de ce gouvernement, » regrette-t-il en évoquant un projet de loi qu’il avait défendu et qui aurait établi une limitation du nombre de mandats pour un Premier ministre.

Il continue pourtant à garder de l’espoir concernant la survie du gouvernement, tout en prophétisant sa chute imminente.

« Je n’ai pas abandonné le gouvernement. Dans la vie politique, il faut faire tout ce qui est en notre pouvoir pour la cause dans laquelle on croit mais tout ne dépend pas non plus de soi », indique-t-il. « C’est possible de maintenir une coalition de 60 députés [une coalition minoritaire dans la mesure où le Parlement israélien compte 120 sièges], mais si et seulement si les 60 membres sont par ailleurs disciplinés. Et ce n’est malheureusement pas ce qui s’est produit au cours des dernières semaines. »

Les membres du nouveau gouvernement israélien (de gauche à droite), le ministre de la Défense Benny Gantz, le Premier ministre par alternance et ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, le Premier ministre Naftali Bennett, le ministre de la Justice Gideon Saar, le ministre des Transports Merav Michaeli et le ministre de la Santé Nitzan Horowitz, regardent, assis dans la salle de la Knesset, tandis que (derrière C) le ministre des Finances Avigdor Liberman après une session spéciale pour voter sur un nouveau gouvernement à la Knesset à Jérusalem, le 13 juin 2021. (Crédit : EMMANUEL DUNAND / AFP)

Ces paroles, cet ex-ministre du Likud âgé de 55 ans les a souvent prononcées ces dernières semaines alors qu’il se battait pour faire adopter une législation concernant le renouvellement d’une mesure d’urgence qui permet d’élargir certaines dispositions du droit israélien aux résidents des implantations de Cisjordanie – cette mesure expirant d’ici quelques semaines. Ses efforts ont été entravés par des membres de sa propre alliance – à la Knesset, où des membres du Parlement se sont soustraits à la discipline de leur parti en s’opposant au texte, et au sein des factions politiques qui ont refusé, elles aussi, d’imposer cette discipline. Et avec le positionnement inébranlable de l’opposition, qui a juré de s’opposer à toutes les lois soumises par la coalition indépendamment de leur intérêt idéologique, le texte n’a dorénavant que peu de chance de survie.

Certains ont mis en doute la logique politique de faire d’une bataille perdue un combat qui déterminera la mort ou la survie de la coalition. Mais d’autres ont supposé qu’en choisissant ce projet de loi comme cheval de bataille, Saar s’est donné un coup de pouce auprès des électeurs de droite – ce qu’il rejette en évoquant une hypothèse « insensée ».

« Ce n’est absolument pas mon choix, mais ce sont des régulations qui sont sur le point d’expirer. Les implications de cette expiration sont plus importantes que pour toute autre législation », explique-t-il. « Le contraire est vrai également : J’ai fait preuve d’une patience excessive pour qu’une solution soit trouvée ; j’ai reporté le vote de quatre semaines ».

Le ministre de la Justice Gideon Saar arrive à une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 12 juin 2022. (Crédit : Yoav Ari Dudkevitch/POOL)

L’entretien menée par le Times of Israel avec le ministre Gideon Saar a eu lieu en hébreu. Il a été révisé à des fins de clarté et de brièveté.

Vous attendez-vous à ce que la 24e Knesset se dissolve pendant cette session d’été ?

La coalition de 60 membres va devoir se réveiller ou nous allons aller dans la mauvaise direction. Finalement, il y a aussi des actions que les leaders des partis doivent entreprendre. Je parle des partis où il y a un député qui décide de ne pas voter avec la coalition, comme au Meretz ou au sein de Kakhol lavan. Dire simplement que c’est important que ce gouvernement existe n’est pas suffisant s’il n’y a pas d’actions entreprises par ailleurs.

Faites-vous référence au dirigeant du Meretz, Nitzan Horowitz, qui devrait donc en faire plus, selon vous, pour exclure la députée Ghaida Rinawie Zoabi et au chef de Raam, Mansour Abbas, qui devrait pousser vers la sortie le parlementaire Mazen Ghanaim, et à ce que devrait faire le responsable de Kakhol lavan, Benny Gantz, avec son député rebelle Michael Bitton?

Je ne vais pas attribuer de note aux autres ministres. Je dis juste que lorsque la discipline est violée, un leader de parti doit prendre ses responsabilités et résoudre le problème. Il est tout simplement impossible de continuer avec une « co-opposition » – cette nouvelle invention qui est l’opposition au sein même de la coalition.

Le procureur de l’État Raz Nizri a expliqué que si la mesure n’était pas adoptée, les prisons israéliennes ne seraient pas autorisées à mainteniren détention près de 3 000 prisonniers palestiniens. Est-ce au cœur de l’affaire ?

Nizri a évoqué ce fait sous forme d’exemple extrême d’un problème énorme. Si la loi n’est pas adoptée, ce sera comme si la Judée-Samarie [Cisjordanie] était séparée de l’État d’Israël. C’est un désengagement juridique. Cela portera préjudice aux enquêtes et aux poursuites criminelles, que ce soit en Judée-Samarie ou en Israël. Et cela nuira au travail de la police, aux enquêtes pour terrorisme.

N’est-il pas possible d’établir un partenariat politique avec un parti arabe ? Les parlementaires arabes se sont opposés aux lois octroyant des bourses aux soldats ou à la loi sur l’uniformisation de la citoyenneté, mais ils ont soutenu les allocations budgétaires en direction de la communauté arabe.

Cela sera très triste, mais cela pourrait être la fin si nous ne parvenons pas à faire adopter ce projet de loi. Voter pour des choses avec lesquelles vous êtes d’accord, cela ne pose de problème à personne. Une coalition doit aussi voter sur des sujets à l’ordre du jour sur lesquels sommes idéologiquement en désaccord. Ce n’est pas une cause perdue. Je pense que Mansour Abbas tente de remettre Raam en ordre de marche.

Vous blâmez la gauche et Raam, mais quand votre parti a-t-il eu à voter contre ses convictions idéologiques ? Est-ce que les partis de droite n’ont pas davantage de marge de manœuvre politique, tandis que les formations de gauche sont toujours forcées de faire des compromis, de se conformer ?

Nous avons dû voter à contrecœur dans de nombreux cas, en majorité sur des lois initiées par des députés de droite (des initiatives privées). Il y a eu un grand nombre de projets de loi sociaux remplis de bonnes intentions qui auraient bénéficié aux citoyens et nous aurions aimé voter pour eux – mais il y a la discipline de coalition et il y a aussi des contraintes budgétaires, alors nous ne l’avons pas fait.

Et concernant cette affirmation que ce serait la gauche qui est toujours amenée à faire des concessions, c’est complètement le contraire. La plus grande partie des factions d’opposition est à droite et il y a donc de nombreuses frictions entre nous. Elles présentent des projets de loi que nous aurions aimé soutenir, mais nous ne pouvons pas le faire.

Les sondages montrent que vous auriez des difficultés à intégrer la Knesset si des élections devaient avoir lieu. Y a-t-il une possibilité que Tikva Hadasha unisse ses forces avec Yamina, la prochaine fois ?

Ce n’est pas une option. Tikva Hadasha se présentera sous mon autorité, rien n’a changé. Selon les enquêtes d’opinion, nous n’aurons pas de difficulté à franchir le seuil électoral. Il y a une campagne du Likud et les médias ont décidé de lui donner de l’écho en affirmant que nous avons des difficultés mais nous n’avons pas de problème dans les faits. Nous nous présenterons sous l’étiquette de Tikva Hadasha et nous réussirons.

Lors du dernier scrutin, vous avez revendiqué avec force un mot d’ordre qui était : « Si vous voulez Netanyahu au poste de Premier ministre, alors ne votez pas pour moi ». Vous étiez-vous basé sur les sondages qui avaient révélé qu’un groupe défini d’électeurs de droite en avaient assez de Netanyahu et maintenant, ce groupe a-t-il évolué ?

Mon positionnement ne s’est pas basé sur des sondages, mais il est né d’un positionnement de principe, de valeurs, du sentiment que le précédent gouvernement devait être remplacé. Au contraire, je suis convaincu que que j’ai perdu certains votes parce que j’ai été clair à ce sujet. C’est important pour moi de le souligner. Je ne voulais pas me trouver dans un positionnement post-électoral où mes partisans m’auraient dit avoir été trompés. Pendant le scrutin, j’avais parlé d’un « gouvernement du changement », d’une composition de coalition différente de ce à quoi nous étions habitués.

C’est vrai qu’il y a une partie du public qui, dans le passé, soutenait les partis de droite de la coalition mais qui ne le font plus, selon les enquêtes d’opinion. C’est un fait. Je pense que nous n’avons pas toujours su expliquer correctement nos réussites au public, nous non plus – mais quand on croit en quelque chose, il faut y aller. Je pense que le gouvernement actuel est fondamentalement meilleur que l’alternative. Nos partenaires de gauche pourraient bien être à l’origine de ce son effondrement et ce serait honteux – mais cela pourrait bien arriver.

Et pourtant, si je réfléchis une fois encore à l’année dernière, je me dis que si j’avais encore à choisir, je prendrais encore la même décision.

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