Selon les statuts, c’est Bennett le président de HaYamin HaHadash, pas Shaked
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Selon les statuts, c’est Bennett le président de HaYamin HaHadash, pas Shaked

Naftali Bennett est en mesure de se retirer unilatéralement de l'alliance Yamina, ce qui pourrait placer l'ex-ministre de la Justice dans une situation inextricable

Naftali Bennett et Ayelet Shaked lors d'une conférence de presse à Ramat Gan, le 21 juillet 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
Naftali Bennett et Ayelet Shaked lors d'une conférence de presse à Ramat Gan, le 21 juillet 2019. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

C’est Naftali Bennett qui est le président du parti HaYamin HaHadash et non pas Ayelet Shaked, la dirigeante de l’alliance Yamina, a révélé mardi Zman Yisrael, le site en hébreu du Times of Israel.

C’est ce qu’ils ont pourtant fait croire au public.

Ancien leader de HaBayit HaYehudi, Naftali Bennett, aux côtés de Shaked, ministre de la Justice à l’époque, avaient quitté le parti nationaliste-religieux au mois de décembre 2018 pour former HaYamin HaHadash, disant que leur nouvelle formation poursuivrait l’objectif de créer un plein partenariat égalitaire entre les secteurs laïc et religieux.

Les deux personnalités politiques avaient espéré attirer des électeurs du Likud du Premier ministre Benjamin Netanyahu et de l’Union des partis de droite – une faction comprenant HaBayit HaYehudi, l’Union nationale et la formation d’extrême droite Otzma Yehudit – mais cette manœuvre avait échoué, et HaYamin HaHadash n’avait pas réussi à franchir le seuil d’éligibilité de 3,25 % nécessaire pour entrer à la Knesset lors du scrutin du 9 avril.

Avant le second vote de cette année, prévu le 17 septembre – après que Netanyahu a échoué à former une coalition – HaYamin HaHadash a rejoint HaBayit HeYehudi et l’Union nationale au sein de l’alliance Yamina. Tentant d’élargir son appel, cette dernière a fait de Shaked – une femme politique très controversée mais très populaire – sa numéro un.

Toutefois, un examen des statuts du parti HaYamin HaHadash indique que Bennett est bien resté le président de la formation, même si Shaked a été présentée au public comme sa dirigeante pendant toute la campagne et qu’elle figure à la première place de la liste de Yamina.

Bennett étant le numéro deux de HaYamin HaHadash, il occupe la quatrième place sur la liste d’union.

En tant que président, il conserve l’autorité de sortir la formation de l’alliance Yamina après les élections, laissant potentiellement Shaked sans faction à diriger à la Knesset.

HaYamin HaHadash a refusé de commenter le statut légal du parti et de répondre à Zman Yisrael qui souhaitait savoir si Bennett était le seul dirigeant ou si Shaked était officiellement inscrite comme co-dirigeante.

(De gauche à droite) Ayelet Shaked, Naftali Bennett, Bezalel Smotrich et Rafi Peretz annonçant une fusion entre partis de droite religieuse, le 29 juillet 2019. (Autorisation)

La raison de cette ambiguïté semble être le désir du parti de maintenir Shaked à la tête de Yamina au cours de la campagne électorale et de repousser toute discussion sur l’avenir politique du pays à l’après-annonce des résultats.

Lors d’une conférence de presse organisée la semaine dernière par Bennett et Shaked aux côtés de trois responsables du parti Zehut de Moshe Feiglin — ce dernier a officiellement apporté son soutien à Yamina après avoir décidé de se retirer de la course pour intégrer le Likud – les deux responsables politiques ont été interrogés sur une éventuelle rupture entre HaYamin HaHadash et l’alliance Yamina au lendemain du scrutin.

Shaked a esquivé la question, s’excusant et ajoutant hâtivement qu’elle devait se rendre à un événement politique. Pour sa part, Bennett n’a pas mâché ses mots : « Moi, en tant que président de HaYamin HaHadash, j’affirme que nous proposons aujourd’hui un chemin indépendant. Vous pouvez constater la diversité des opinions [entre lui et Shaked]. J’insisterai pour que nous nous entretenions ensemble lors des négociations de coalition, mais nous différons grandement sur certaines questions ».

Les membres de la faction Yamina, a-t-il expliqué, « s’accordent sur pratiquement tout s’agissant de politique diplomatique, mais nous différons sur les questions relatives à la religion et à l’Etat ».

« Sur l’économie – il y a des choses sur lesquelles nous sommes d’accord, d’autres sur lesquelles nous sommes en désaccord. Et c’est pour cela que je considère finalement que HaYamin HaHadash sera une faction à long terme… HaYamin HaHadash sera une formation indépendante à la Knesset », a-t-il ajouté.

Les statuts de HaYamin HaHadash désignent comme président Naftali Bennett (via Zman Yisrael)

Un examen des dossiers publics, au Registre des partis politiques – une unité du ministère de la Justice – montre que Bennett est répertorié seul président du parti qui, incidemment, porte encore le nom de « parti du sionisme, du libéralisme et de l’égalité ».

Tenant sur une page, les statuts de la formation n’ont pas été remis à jour depuis le mois de décembre. La charte nomme Bennett au poste de chef du parti et lui accorde l’autorité sur ses opérations, notamment sur la nomination d’un secrétaire-général et d’un contrôleur, sur la formation et la finalisation de la liste des candidats à la Knesset, le changement des statuts, l’admission de nouveaux membres et sur « toute autre décision qui n’a pas été soumise à une autre institution énumérée dans ces statuts ».

Concernant les droits octroyés aux membres du parti, les statuts précisent que ces derniers « serviront en capacité de conseil relativement aux opérations » de la formation – et rien de plus. Ce qui signifie que le statut de Shaked est pour le moins ambigu.

Incertain

Depuis le lancement de la campagne électorale, Shaked travaille comme si sa vie dépendait des résultats qu’obtiendra de Yamina lors des élections du 17 septembre. Elle a arpenté le pays en long et en large, assistant à un événement politique après l’autre et investissant tout autant d’énergie sur les réseaux sociaux, en particulier sur Facebook, où elle est la personnalité politique la plus active – à l’exception de Netanyahu – proposant une retransmission en direct presque tous les deux jours.

Ayelet Shaked prend un selfie avec des jeunes pendant sa campagne électorale, le 31 août 2019. (Crédit : MENAHEM KAHANA / AFP)

Dans ces vidéos, elle répète que seule l’alliance Yamina sera en mesure d’empêcher un gouvernement futur, avec à sa tête Netanyahu, de dévier vers la gauche.

Jusqu’à présent, les sondages n’ont pas été tendres avec l’ancienne ministre de la Justice. Alors qu’au mois d’août, les enquêtes d’opinion faisaient savoir que Yamina pourrait remporter 11 sièges au Parlement qui en compte 120, l’alliance a chuté à huit ou neuf sièges au mois de septembre.

En public, elle s’efforce de maintenir son image de « princesse de glace », mais les journalistes et les partisans de la formation qui l’ont côtoyée ces dernières semaines évoquent une humeur inégale doublée d’irritabilité.

Ce qui rend Shaked réellement soucieuse est ce qui lui arrivera après les élections – parce qu’elle sait pertinemment que Bennett n’aura pas besoin de son consentement pour rompre avec Yamina.

Le ministre de l’Education sortant Naftali Bennett, à gauche, parle avec le nouveau ministre de l’Education Rafi Peretz au cours d’une cérémonie à Jérusalem, le 26 juin 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Vu la tournure des événements, la décision de Bennett d’abandonner la barre du parti n’est que temporaire, ce qui laisse Shaked très exactement dans la situation où elle se trouvait après les élections – en prise avec la décision sur son avenir.

Elle doit maintenant décider si elle quittera Yamina avec Bennett si – et quand – il prendra cette initiative, ou si elle s’éloignera elle-même, devenant députée indépendante.

Naturellement, personne, au sein de Yamina, ne semble savoir ce qu’elle pourrait avoir prévu.

Un scénario donne à Shaked la possibilité de rester au sein de Yamina en rejoignant HaBayit HaYehudi, où elle devrait affronter le président actuel de la formation, Rafi Peretz, dans la course au leadership du même mouvement qu’elle avait quitté il y a un an et demi. C’est un scénario improbable – zigzaguer entre les partis lui nuira politiquement et pourrait aller à l’encontre de son intention de rejoindre la liste du Likud lors de ses prochaines primaires.

Autre scénario : rejoindre Bennett, quitter Yamina et rester au sein de HaYamin HaHadash. Une possibilité elle aussi improbable, car elle ne lui permettrait pas d’amorcer les trois années d’adhésion obligatoires au Likud nécessaires pour ceux qui veulent se présenter à ses primaires.

Elle a aussi l’option de quitter Yamina et de devenir députée indépendante avant de rejoindre le Likud mais la Loi fondamentale sur la Knesset – une législation quasi-constitutionnelle qui régit le processus électoral au Parlement israélien – interdit aux indépendants de rejoindre des listes déjà élues à la Knesset, ce qui signifie qu’elle devrait attendre de prochaines élections pour rejoindre les rangs du Likud.

En comparaison, la loi sur la Knesset, qui régit les opérations quotidiennes du Parlement, fait une distinction entre quitter une faction et rompre avec un parti, disant que quitter une faction n’empêche pas un député de se présenter pour une place sur la liste d’une autre formation. Elle demande toutefois qu’au moins deux parlementaires rompent avec leur formation pour ce faire, ce qui signifie que cette voie est également sans issue pour Shaked.

La présidente du parti Yamina, Ayelet Shaked, prend la parole lors d’une conférence de la Manufacturers Association à Tel Aviv, le 2 septembre 2019. (Flash90)

Les juristes spécialisés dans le droit relatif aux partis politiques et aux élections ont expliqué à Zman Yisrael que le scénario le plus simple permettant à Shaked de rejoindre le Likud et de se présenter aux primaires, lorsqu’elle aura une ancienneté de trois ans dans la formation, est de quitter la Knesset. Mais la probabilité est mince si elle ne devient pas membre du gouvernement, car ce serait admettre qu’elle a fait une erreur en se pressant de revenir en politique après le scrutin du mois d’avril.

Toutefois, si elle obtient un portefeuille ministériel – pour lequel, aux yeux du droit israélien, il n’est pas nécessaire qu’elle soit députée – elle pourrait alors démissionner de la Knesset et faire avancer son projet.

La décision de s’allier à HaBayit HaYehudi et à l’Union nationale a, pour sa part, restreint son électorat au secteur national-religieux, entraînant une campagne à la fois ennuyeuse et anémique.

Bennett regrette certainement lui aussi cette décision, mais il s’est engagé à soutenir sa co-listière jusqu’au jour des élections de manière à optimiser les performances de Yamina dans les urnes. C’est la raison pour laquelle il s’efforce régulièrement de souligner, dans les événements politiques, qu’il « n’a pas son mot à dire » au sein de Yamina, et qu’il en est tout simplement un membre comme un autre.

Prenant la parole lors d’un rassemblement organisé lundi à Jérusalem, l’ex-ministre de l’Éducation a salué Shaked, déclarant à l’auditoire : « Ayelet est une dirigeante phénoménale. Elle sait comment faire des compromis, elle sait comment rassembler, elle sait comment s’adresser à tous. Netanyahu a besoin d’une femme forte comme elle à ses côtés ».

Alors qu’il lui était demandé si Yamina, finalement, ne marquait pas un retour aux sources au sein de HaBayit HaYehudi qu’il a quitté il y a moins d’un an, il a répondu que « avant tout, nous avons failli – et il n’y a rien à y faire. Deuxièmement, c’est un bloc technique. Et enfin – cette fois-ci, je ne suis pas dirigeant, je ne suis que le numéro quatre sur la liste de la faction ».

Des déclarations de cette nature ne sont qu’un écran de fumée. L’état d’esprit de Bennett est celui du président de HaYamin HaHadash – qui consacre toutes ses forces à rassembler autant de sièges que possible pour Yamina, car un score minimum à neuf sièges le placerait à la tête d’une minuscule faction de deux membres (avec le numéro 7 de Yamina, Matan Peleg).

A partir de là, comme il l’a établi récemment, il faudra qu’il fasse preuve de la patience propre à ceux qui désirent survivre à un long voyage – même sans une « femme forte » à ses côtés.

Cet article a été publié en exclusivité sur le site en hébreu du Times of Israel, Zman Yisrael.

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