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Analyse

Shaked : Quand l’accord à 2 états n’ira nulle part, Trump sortira des sentiers battus

En amont de la visite du président américain et d'une nouvelle initiative américaine de relancer les négociations de paix, la ministre de la Justice avertit que "les écarts sont trop importants"

La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, au ministère de la Justice, à Jérusalem, le 17 mai 2015 (Crédit : Flash90/Dudi Vaknin/Pool)
La ministre de la Justice, Ayelet Shaked, au ministère de la Justice, à Jérusalem, le 17 mai 2015 (Crédit : Flash90/Dudi Vaknin/Pool)

NEW YORK (JTA) — Dix jours avant l’investiture de Donald Trump, la ministre de la Justice Ayelet Shaked s’était rendue à l’implantation juive de Hébron.

Communauté de plusieurs centaines de personnes cloîtrée dans une ville de 150 000 Palestiniens, les résidents juifs de Hébron sont considérés comme faisant partie des habitants d’implantations les plus radicaux et les plus controversés.

Shaked, 41 ans, portant un jean et une ample polaire, était venue en signe de soutien.

« Plus d’excuses – dans dix jours, nous devrons continuer à construire à Hébron ! » avait-elle écrit sur Facebook, se référant à l’investiture de Trump. « Nous devons construire encore, développer Jérusalem et la Judée et Samarie. Parce que c’est notre foyer. C’est notre droit ».

Comme d’autres opposants à un état palestinien, Shaked avait salué la victoire de Trump au mois de novembre, la considérant comme une opportunité de renoncer au soutien axiomatique des Etats-Unis à la solution à deux états.

Elle avait des raisons de se montrer optimiste : la plate-forme républicaine en 2016 avait supprimé toute mention de la solution à deux états. Les conseillers de Trump sur Israël avaient inclus des Juifs orthodoxes qui s’étaient opposés à un état palestinien. Il avait également promis de délocaliser l’ambassade de Tel Aviv et de l’installer à Jérusalem, une initiative considérée par certains comme une reconnaissance tacite des revendications israéliennes sur la ville.

Six mois plus tard, Shaked peut avoir des raisons d’être décontenancée.

En amont d’une visite prévue en Israël à la fin du mois, Trump semble s’être engagé à réaliser ce qu’il a qualifié « d’accord ultime ». Il a envoyé son négociateur, Jason Greenblatt, dans la région pour y mener des pourparlers apparemment bienveillants avec les deux parties.

Le président a déclaré que sa rencontre, la semaine dernière, avec son homologue de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, avait été « un honneur », tandis que la droite israélienne insiste sur le fait que ce dernier continue à inciter les Palestiniens à la violence contre Israël et qu’il verse des salaires aux terroristes et à leurs familles.

Et ce transfert de l’ambassade ? Il doit toujours se faire.

Mais Shaked n’a pour autant pas perdu espoir. Parce que, quoi que dise Trump, elle ne croit pas en la possibilité d’un accord de paix.

« Je pense que nous sommes au milieu d’une opportunité historique, qu’il y a une administration qui aime vraiment Israël », a dit Shaked à JTA dans une interview accordée dimanche à la Conférence du Jerusalem Post, qui avait lieu là-bas.

« Je pense que lorsqu’ils étudieront véritablement et profondément la question, qu’ils verront vraiment ce qu’il se passe, ils ne pourront que constater que les écarts sont trop importants. Et si les responsables comprennent cela, je pense qu’ils deviendront vraiment des partenaires pour sortir des sentiers battus et envisager d’autres solutions ».

Shaked est une étoile montante dans le paysage politique israélien. Elle est entrée à la Knesset en 2013 comme constructrice de pont, une femme laïque habitant un quartier chic de Tel Aviv et représentant le parti HaBayit HaYehudi, une formation sioniste religieuse et pro-implantation.

Mais passer sa vie dans la Mecque libérale d’Israël n’a pas poussé Shaked vers la gauche : En plus de son opposition à un état palestinien, elle est opposée à la présence des demandeurs d’asile africains dans le pays, elle a soutenu un projet de loi définissant Israël comme état-nation des Juifs et appuyé une mesure exigeant des organisation non-gouvernementales (largement de gauche) financées par des gouvernements étrangers qu’elles déclarent éminemment ce fait.

Elle a remporté les primaires internes de son parti en amont des élections de 2015, ce qui fait d’elle la numéro 2 derrière Naftali Bennett, chef de la formation. A la fin de cette année-là, elle était devenue ministre de la Justice – peu de temps après son 39e anniversaire, ce qui avait fait d’elle la plus jeune femme à avoir jamais accédé à ce poste. Cette fonction lui a donné le titre de présidente de la Commission ministérielle pour la législation, qui peut accorder ou retirer le soutien du gouvernement – et par conséquent l’appui d’une majorité à la Knesset – aux projets de loi. Elle est également la seule femme appartenant au cabinet sécuritaire, qui vote les actions militaires.

Apparaître à des événements comme la conférence de dimanche devant un public juif américain fait partie depuis longtemps des moyens employés par les politiciens présents et passés d’accroître leur visibilité. Mais même si Shaked a offert les platitudes usuelles concernant la valeur accordée par Israël aux Juifs américains, elle a clairement établi qu’elle ne pensait pas que ces derniers puissent avoir leur mot à dire dans la manière dont travaille le gouvernement.

« Nous avons absolument besoin de travailler ensemble, avec la communauté juive américaine, en coopération et avec beaucoup de respect mutuel », a-t-elle dit à JTA. Mais elle a ajouté que « le destin d’Israël sera décidé par les habitants de l’Etat d’Israël et j’attends de la communauté juive américaine qu’elle respecte la décision finale qui sera prise par le peuple et par les citoyens de l’état d’Israël ».

Shaked a autant milité au sein de son ministère qu’elle milite pour maintenir le contrôle sur la Cisjordanie, tentant de pousser les tribunaux israéliens dans une direction plus conservatrice et moins activiste. Sa tentative, l’année dernière, de modifier le mode de sélection des juges de la Cour suprême a tourné court mais Shaked a toutefois réussi à nommer quatre magistrats conservateurs au sein de la Cour, forte de 15 membres, la semaine dernière. Ils resteront à leurs fonctions jusqu’à l’âge de la retraite obligatoire, à savoir 70 ans.

Dans l’ensemble, Shaked a fait nommer 200 des 750 juges du pays, en tentant de privilégier une certaine idée de la diversité. Elle a ainsi nommé deux juges d’ascendance éthiopienne, ainsi que la première femme juge dans les tribunaux religieux islamiques du pays.

Comme de nombreux jeunes politiciens sous le feu des projecteurs, Shaked se retient d’évoquer son avenir politique. Elle se concentre davantage sur le pouvoir dont elle jouit, qu’elle utilise pour pousser Israël vers la droite – dans les tribunaux et sur les frontières.

« J’emmène le système dans une direction plus conservatrice », a-t-elle déclaré au sujet des tribunaux. « Je suis très satisfaite de ma fonction au niveau politique – pour deux ou trois ans encore, c’est dur à dire. J’espère que ce gouvernement achèvera son mandat. Je pense que c’est un bon gouvernement ».

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