Shapiro : Netanyahu avait initialement salué l’initiative de paix de Kerry
Rechercher

Shapiro : Netanyahu avait initialement salué l’initiative de paix de Kerry

"Oui, faisons-le", avait répondu le Premier ministre en 2013 après que le secrétaire d’Etat américain a proposé de nouveaux pourparlers, se souvient l'ex-envoyé américain

Raphael Ahren est le correspondant diplomatique du Times of Israël

Le secrétaire d'État américain John Kerry salue l'ambassadeur américain en Israël, Daniel Shapiro, avant d'embarquer son avion à l'aéroport international Ben Gurion, le 1er avril (Crédit : Jacquelyn Martin/POOL/AFP)
Le secrétaire d'État américain John Kerry salue l'ambassadeur américain en Israël, Daniel Shapiro, avant d'embarquer son avion à l'aéroport international Ben Gurion, le 1er avril (Crédit : Jacquelyn Martin/POOL/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avait été favorable dans un premier temps à l’initiative de paix proposée par le secrétaire d’Etat de l’époque, John Kerry, a fait savoir mardi l’ancien ambassadeur américain en Israël Dan Shapiro.

Le gouvernement de Netanyahu se querellait âprement avec l’administration américaine sur la question palestinienne. Mais lorsque Kerry avait le premier émis l’idée d’un nouvel effort pour réaliser un accord de statut final en 2013, le Premier ministre avait été enclin à lui donner le feu vert, a expliqué Shapiro.

Kerry avait commencé à coordonner son initiative de paix durant la première visite présidentielle effectuée en Israël par Barack Obama à la fin du mois de mars 2013, a dit Shapiro dans une série de posts sur Twitter marquant le cinquième anniversaire de ce voyage, mardi.

« Netanyahu avait toujours voulu des négociations avec les Palestiniens et il soutenait l’initiative de Kerry », a écrit l’ancien envoyé. Shapiro a indiqué que lui et Obama étaient sceptiques, « mais Kerry et Netanyahu voulaient avancer ».

Les pourparlers de Kerry, qui étaient alors dirigés par la ministre de la Justice Tzipi Livni et le haut-négociateur palestinien Saeb Erekat, avaient été officiellement lancés le 29 juillet 2013. Neuf mois plus tard, ils avaient été rompus en raison, selon un négociateur israélien, d’erreurs variées de la part des parties dans leur ensemble (même s’il en attribue la part du lion à Kerry).

« Manifestement, la manière dont cela s’est déroulé, il y a eu toutes sortes de désaccords et de plaintes émanant de personnalités variées », a dit Shapiro au Times of Israel mardi en fin d’après-midi.

Kerry avait offert de lancer une nouvelle initiative de négociation d’un accord final durant le voyage de trois jours en Israël effectué par Obama, a-t-il dit.

« Le Premier ministre a dit : ‘Oui, faisons-le’ », selon Shapiro.

« Maintenant, certaines de ces rencontres n’ont pas tardé – Kerry est venu environ 15 fois cette année-là – à devenir contentieuses sur telle ou telle question », a-t-il dit. « Mais lors de cette visite du mois de mars 2013 – Oui, le Premier ministre voulait lui donner une chance ».

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu en compagnie du président américain Barack Obama, lors de sa visite à la Maison Blanche, le 4 mars 2014 (Crédit : Saul Loeb/AFP)

Shapiro, qui a été ambassadeur américain en Israël entre 2011 et 2017, a expliqué qu’Obama et son hésitation étaient dus au fait qu’il avait été témoin des efforts de paix manqués dirigés par l’envoyé spécial au processus de paix pour le Moyen-Orient de l’administration, George Mitchell, en 2010-2011.

« Nous avions expérimenté le premier mandat et le travail livré par Mitchell et nous avions constaté combien les choses avaient raté pour des raisons variées », s’est souvenu Shapiro.

« Mon scepticisme était causé par le fait que rien n’avait tellement changé en termes de dynamique entre les parties – les mêmes responsables, les mêmes circonstances politiques, les mêmes vides substantiels. Ce qui m’a rendu sceptique sur le fait que nous puissions connaître une issue différente si nous devions réessayer ».

Obama s’était également souvenu de l’échec de Mitchell mais Kerry, qui venait tout juste de rejoindre l’administration, « était enthousiaste » sur les perspectives de lancement d’une autre initiative de négociation de paix israélo-palestinienne, a dit Shapiro.

Kerry était retourné en Israël quelques jours après la visite du président Obama, au mois de mars, et lors de ses premières rencontres avec le Premier ministre « avait fait part de sa vision en termes très généraux sur la manière de procéder », a expliqué Shapiro qui avait assisté à de nombreuses réunions.

Netanyahu « avait manifestement sa propre idée » de ce à quoi devaient ressembler les négociations de paix, a-t-il ajouté. Mais il avait été heureux de tenter un nouveau round de négociations, a poursuivi l’ancien ambassadeur.

Le secrétaire d’État John Kerry rencontre le Premier ministre Benjamin Netanyahu dans un hôtel de Jérusalem le 13 décembre 2013. (Marc Israel Sellem/POOL/Flash 90)

« Que Netanyahu ait pensé que cela puisse réussir ou non, c’était une question différente », a continué Shapiro. « Il a pu avoir le sentiment que le bon positionnement pour Israël était de se montrer ouvert aux négociations, d’essayer, de faire le difficile avec des attentes très basses sur le fait que les Palestiniens répondraient à ses besoins, mais qu’au moins, il tenterait honnêtement d’arriver à quelque chose ».

Netanyahu avait été probablement mu par un désir authentique de faire la paix et par des « considérations tactiques », selon Shapiro, se référant à la volonté visible du Premier ministre de ne pas être considéré comme étant à l’origine de l’absence de pourparlers de paix.

Le secrétaire d’État américain John Kerry, la ministre israélienne de la Justice et négociatrice en chef Tzipi Livni et le négociateur en chef palestinien, Saeb Erekat, le 30 juillet 2013 (Crédit département d’Etat des Etats-Unis/domaine public)

Quand il était devenu clair que l’initiative de Kerry allait échouer, l’intérêt porté par Netanyahu aux négociations de paix avait diminué de manière significative, a dit Shapiro. « Il était convaincu que cela ne fonctionnerait pas. Il était convaincu qu’Abou Mazen [le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas] ne ferait pas ce qu’il fallait faire. Peut-être connaissait-il aussi les limites de sa propre flexibilité, mais même alors il a maintenu – et peut-être que c’était plus tactique – qu’il voulait des négociations sans conditions préalables. Il le dit encore à ce jour ».

Le positionnement adopté par Netanyahu a été pendant longtemps de demander des négociations sans conditions préalables et il n’est donc pas surprenant qu’il ait répondu positivement à l’idée de Kerry au mois de mars 2013, a continué Netanyahu.

« Il sait très bien qu’il ne croit pas qu’Abbas puisse souscrire à l’accord qu’il désire. Il sait très bien quelles sont les difficultés, quelles sont les failles, quels sont ses propres obstacles politique. Mais pourquoi diable aurait-il adopté une autre position que : ‘Oui, essayons’ ? »

On peut dire que Netanyahu n’avait pas d’autre choix que de dire « oui » à l’initiative de Kerry, a reconnu l’ex-envoyé. Mais ce n’était pas comme quelqu’un qui aurait tenté de lui forcer la main. Ça a été : ‘Oui, essayons !’ ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...