Shin Bet: Aisha Rabi, « un attentat terroriste dans tous les sens du terme »
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Shin Bet: Aisha Rabi, « un attentat terroriste dans tous les sens du terme »

Accusé par les activistes d'extrême-droite de violer les suspects juifs, le Shin Bet a dit que son traitement avait été "identique" à celui des terroristes présumés palestiniens

Un suspect dans l'affaire du meurtre d'Aisha Rabi est embrassé par l'un de ses soutiens devant la cour des magistrats de Rishon Lezion après son assignation à résidence, le 10 janvier 2019 (Crédit : Flash90)
Un suspect dans l'affaire du meurtre d'Aisha Rabi est embrassé par l'un de ses soutiens devant la cour des magistrats de Rishon Lezion après son assignation à résidence, le 10 janvier 2019 (Crédit : Flash90)

Démarche hautement inhabituelle, les services de sécurité du Shin Bet ont indiqué jeudi que l’adolescent juif israélien inculpé dans la journée pour homicide involontaire dans le meurtre, au mois d’octobre, d’une mère palestinienne de huit enfants a commis un « acte terroriste dans tous les sens du terme ».

L’agence a fustigé les extrémistes qui, selon elle, œuvrent avec ferveur à « obstruer l’enquête » et a rejeté les critiques émises par la droite de l’échiquier politique de ses méthodes d’interrogatoire.

Elle a expliqué n’avoir commis aucune illégalité lors de l’interrogatoire des suspects et avoir géré l’enquête sur les suspects juifs de manière strictement identique aux dossiers portant sur des terroristes présumés palestiniens.

Ce meurtre a été l’incident le plus grave de terrorisme juif présumé depuis l’attaque à la bombe artisanale perpétrée au domicile d’une famille palestinienne à Duma, dans le nord de la Cisjordanie.

L’Israélien de 16 ans, lycéen au sein de la yeshiva Pri Haaretz dans l’implantation de Rehelim, en Cisjordanie, a été accusé d’homicide involontaire, de jet de pierre aggravé contre un véhicule en circulation et de sabotage intentionnel d’un véhicule. Chacune de ces charges est liée au meurtre d’Aisha Rabi, une Palestinienne âgée de 47 ans et mère de huit enfants, commis, selon l’acte d’inculpation, « dans le cadre d’une action terroriste ».

S’il est condamné, le suspect pourrait écoper d’une peine d’emprisonnement lourde. Une condamnation pour terrorisme et homicide involontaire dans ce contexte peut être assortie d’une peine maximale de 20 ans d’incarcération.

Une voiture appartenant à une famille Palestinienne impliquée dans un accident meurtrier à cause de jets de pierres qui auraient été lancées par des habitants d’implantation au carrefour de Tapuah en Cisjordanie, le 12 octobre 2018 (Crédit : Zachariah Sadeh/Rabbis for Human Rights); Aisha Muhammad Talal Rabi (Autorisation)

En raison des limites apparentes imposées par les preuves disponibles aux procureurs, le suspect a évité d’être inculpé pour meurtre – ce qui lui aurait fait risquer la réclusion à perpétuité.

Suite à l’annonce de l’inculpation, le Shin Bet a émis une réponse publique à une campagne de dénigrement menée par les activistes d’extrême-droite, qui allèguent que l’agence a torturé le suspect et que ses droits les plus basiques lors de l’interrogatoire lui ont été retirés.

Dans son communiqué, l’agence a rejeté ces accusations, insistant sur le fait que « tous les éléments de l’enquête ont été menés sous la supervision juridique étroite du procureur de l’Etat et des tribunaux. Pendant l’enquête, les suspects ont bénéficié des conditions qui leur sont garanties par la loi en liaison avec leur âge et leur foi religieuse ».

Les activistes avaient dit que les suspects n’avaient pas été autorisés à prier et à exercer d’autres obligations religieuses au cours des moments d’interrogatoire prolongées.

Le Shin Bet a également accusé les activistes d’extrême-droite d’avoir mené des « efforts persistants… pour obstruer l’enquête. Notamment dans la matinée qui a suivi l’attentat terroriste – c’était le Shabbat – le déplacement d’un groupe de jeunes activistes de Yitzhar à la yeshiva de Rehelim afin d’informer les élèves de la yeshiva sur la manière dont se préparer et de gérer un interrogatoire du Shin Bet ».

Les activistes d’extrême-droite ont également lancé « des initiatives intensives et persistantes visant à calomnier le Shin Bet et ses agents et à délégitimer leurs activités. Le comportement de ces parties, qui ont tenté de convaincre même ceux qui n’étaient pas impliqués dans des activités criminelles d’éviter toute coopération avec les forces chargées de faire respecter la loi, est un problème très grave et instille chez ces jeunes la conviction incorrecte qu’ils n’auront pas à assumer la responsabilité de leurs actions ».

Une photo rendue publique le 6 janvier 2019 par le Shin Bet montrant un drapeau israélien brûlé par des adolescents juifs soupçonnés d’avoir tué une Palestinienne en Cisjordanie (Crédit : Shin Bet)

L’agence a assuré avoir traité les terroristes présumés juifs comme elle traite tous les suspects impliqués dans ce type d’actes.

« Au vu des affirmations manipulatrices qui sont mises en avant par les parties intéressées et comme cela apparaît clairement dans l’acte d’inculpation, il est important de dire que ce qu’il s’est passé a été un attentat terroriste dans tous les sens du terme et que les actions semblables commises par des attaquants arabes, et notamment des mineurs, sont traitées par les services de sécurité et les forces chargées de faire appliquer la loi de manière identique. Leurs auteurs ont paru devant les magistrats et ont écopé de fortes condamnations ».

Selon le chef d’inculpation, le suspect – dont l’identité est placée sous embargo parce qu’il est encore mineur – a quitté la yeshiva Pri Haaretz en compagnie de plusieurs autres lycéens, tard dans la soirée du 12 octobre.

Le groupe est arrivé au sommet d’une colline située entre le carrefour de Rehelim et celui de Tapuah, surplombant la Route 60 — principale artère reliant le nord de le sud de la Cisjordanie. Le suspect s’est alors emparé d’une pierre d’environ deux kilos et s’est préparé à la lancer sur un véhicule palestinien « pour un mobile idéologique fait de racisme et d’hostilité envers les Arabes où qu’ils se trouvent », explique l’acte d’inculpation.

Au même moment, Rabi, son époux et leur fillette de neuf ans circulaient depuis le carrefour de Rehelim jusqu’à celui de Tapuah, en direction de leur habitation située dans le village de Biddya.

Selon l’acte d’inculpation, le suspect, après avoir identifié la plaque d’immatriculation palestinienne, a lancé sa pierre sur le véhicule qui circulait à la vitesse de 100 kilomètres-heures environ. Le projectile a fait exploser le pare-brise du côté passager et a frappé la femme à la tête. Le mari de Rabi est parvenu à conserver le contrôle de sa voiture et à calmer sa petite fille paniquée avant de se rendre à une clinique avoisinante de Naplouse où la mort de son épouse a été prononcée peu après.

Dans son long communiqué, le Shin Bet a lié les jeunes Juifs soupçonnés dans l’attentat et le mouvement des ‘Jeunes des collines’, qu’il a décrit comme un mouvement d’adolescents « renvoyés du système d’éducation, des criminels qui rejettent l’autorité des rabbins ou de leurs parents, qui errent dans les collines de Cisjordanie sans surveillance et se prêtent à des activités violentes, certaines secrètes, à l’intérieur des villages arabes avoisinants, mettant en danger la sûreté de la région entière ».

Il a expliqué que les jeunes « adhèrent à une idéologie de ‘messianisme actif’ qui voit dans l’Etat et dans ses institutions [qu’ils qualifient de ‘sionistes’] un ennemi qui doit être remplacé à travers le renversement de la règle démocratique et l’institution, à sa place, d’un ‘Etat halakhique’. »

Il a noté que ces jeunes ne font pas leur service militaire au sein de l’armée israélienne et qu’ils ne reconnaissent pas l’autorité des agences d’Etat israéliennes et qu’ils « n’hésitent pas » à attaquer les services israéliens de sécurité.

« L’année 2018 a été marquée par une hausse significative des incidents violents de la part de ces activistes, et notamment contre les services de sécurité, et une agente de la police des frontières qui a été blessée à la tête par une pierre qui avait été lancée délibérément dans sa direction », a noté l’agence.

Itamar Ben-Gvir, activiste d’extrême-droite et avocat de la défense dans le dossier, a indiqué que le communiqué émis jeudi par l’agence « démontre que le Shin Bet ne doit pas être autorisé à ouvrir des enquêtes sur les jeunes des collines ».

Il a qualifié les accusations d’obstruction de preuve que « le Shin Bet ne comprend pas le travail des avocats de la défense et tente de priver de défense juridique les jeunes des collines ».

L’implantation de Rehelim. (Conseil régional de Samarie)

En raison de la « frustration et de la haine » qui paraissent dans le communiqué, a-t-il ajouté, « je demande que le Shin Bet cesse d’enquêter sur les suspects et transmette leurs dossiers à la police ».

C’est la police qui a procédé à la première série d’arrestations dans l’affaire en appréhendant trois adolescents soupçonnés d’être impliqués dans le dossier, le 30 décembre – presque deux mois après la mort de Rabi. Deux arrestations supplémentaires ont eu lieu une semaine plus tard.

Le Shin Bet avait partiellement levé un embargo placé sur les informations relatives au dossier le 7 janvier, annonçant que cinq jeunes avaient été arrêtés dans le meurtre de Rabi. Il avait révélé que tous étaient lycéens à l’internat religieux Pri Haaretz, à Rehelim.

Dans les jours qui avaient suivi l’attaque, un embargo strict avait été imposé à l’enquête, qui avait été conjointement menée par les services de sécurité du Shin Bet et l’unité des crimes nationalistes. Toutefois, des responsables de la Défense avaient fait savoir aux médias israéliens qu’ils pensaient que de jeunes habitants d’implantation étaient responsables des jets de pierre.

Les cinq suspects n’ont pas eu le droit dans un premier temps de rencontrer leurs avocats dont ils ont eu ultérieurement la visite. La loi israélienne permet aux autorités de reporter la visite avec un avocat dans une affaire de terrorisme de 21 jours maximum – une telle décision peut toutefois faire l’objet d’un appel.

Les enquêtes israéliennes sur le terrorisme juif – comme de tels dossiers sont souvent définis – sont hautement sensibles. Les militants de gauche ont accusé les autorités de traîner les pieds dans de telles affaires en comparaison avec les enquêtes consacrées à des attentats palestiniens, tandis que les leaders du mouvement pro-implantation et le camp national-religieux ont accusé le Shin Bet d’avoir utilisé la torture lors des interrogatoires de jeunes suspects juifs.

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