Shira Mirvis, la seule Israélienne à être guide spirituel d’une communauté
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Shira Mirvis, la seule Israélienne à être guide spirituel d’une communauté

La rabbanit, qui dirigera la communauté orthodoxe de Shirat Hatamar, dans l'implantation d'Efrat, dit avoir toujours cherché un modèle référent féminin

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Capture d'écran de la vidéo de la Rabbanit Shira Marili Mirvis s'adressant à sa communauté après sa nomination en tant que chef spirituel de la synagogue Shirat Hatamar à Efrat, avril 2021. (Crédit : YouTube)
Capture d'écran de la vidéo de la Rabbanit Shira Marili Mirvis s'adressant à sa communauté après sa nomination en tant que chef spirituel de la synagogue Shirat Hatamar à Efrat, avril 2021. (Crédit : YouTube)

La synagogue orthodoxe de l’implantation d’Efrat, en Cisjordanie, a nommé une femme au poste de guide spirituel de sa communauté. C’est la première fois que cette fonction est occupée par une femme dans une communauté orthodoxe en Israël.

La rabbanit Shira Marili Mirvis à été élue à 83 % des voix dans la synagogue Shirat HaTamar au début de la semaine, selon un communiqué de la synagogue diffusé mardi.

Si d’autres femmes ont exercé des fonctions de chefs spirituels dans des communautés orthodoxes en Israël, dans le passé, c’était uniquement aux côtés d’un homme qui était le rabbin de la communauté.

« Plusieurs fois dans ma vie, la présence d’une figure féminine issue du monde de la Torah m’a manqué, jusqu’à ce que je réalise que je pouvais être cette figure pour d’autres femmes », a déclaré Mirvis dans une interview accordée à la radio de l’armée jeudi.

Elle a raconté avoir eu un déclic lors des funérailles de son père, quand un membre de la société funéraire lui a dit qu’elle ne devait pas déchirer ses vêtements, comme le veut la tradition juive, parce qu’il est impudique pour les femmes de le faire.

Se souvenant du bouleversement émotionnel qu’elle subissait à ce moment-là, Mirvis a raconté qu’elle avait quand même déchiré ses vêtements. C’est à ce moment-là qu’elle a réalisé qu’elle voulait qu’une femme lui dise ce qu’elle devait faire en matière de religion.

La Rabbanit Shira Marili Mirvis, nommée chef spirituel de la synagogue Shirat Hatamar à Efrat, en avril 2021. (Autorisation)

Mirvis a admis qu’il y avait des « tensions » dans son mode de vie – en tant que féministe dans un monde orthodoxe qui ne la reconnaît pas comme rabbin et ne lui accorde pas les mêmes droits qu’aux hommes – mais elle a le sentiment de choisir le mode de vie qu’elle veut.

Pendant son séjour à l’étranger, Mirvis a été exposée pour la première fois à des communautés réformées où elle a vu des femmes assumer des rôles et des activités qui ne sont pas communément acceptés dans le monde orthodoxe. Ces expériences l’ont amenée à remettre en question certaines des restrictions imposées aux femmes dans l’orthodoxie, mais elle a souligné que, même si certains aspects la dérangent, elle choisit en toute conscience le cadre dans lequel elle vit et c’est ce qui compte le plus pour elle.

Mirvis a expliqué que son ascension à la tête de la communauté du quartier de Tamar, à Efrat, a commencé de manière spontanée et naturelle, lorsque les gens lui posaient des questions sur la loi juive parce qu’ils savaient qu’elle étudiait le sujet. À partir de là, elle a commencé à enseigner le Talmud et à faire des conférences à la synagogue.

Depuis cinq ans, Mirvis étudie au Susi Bradfield Women’s Institute of Halakhic Leadership, une division de l’institut Ohr Torah Stone, qui propose aux femmes un cours sur le leadership communautaire et la halakha, le corpus de pensée religieuse qui régit la vie orthodoxe.

Selon la déclaration de la synagogue, le cursus vise à reproduire la formation dispensée par le rabbinat israélien aux hommes pour devenir rabbins.

Mère de six enfants, Mirvis a participé ces dernières années à un programme de l’organisation de leadership spirituel Beit Hillel dans lequel elle a répondu à des questions de halakha. Elle fait du bénévolat dans la communauté d’Efrat pour aider les femmes lors de l’immersion rituelle au mikveh et est membre de la société funéraire locale. Par le passé, elle a également été directrice d’un centre d’études religieuses.

« Nous félicitons la Rabbanit Shira pour son élection à la tête de notre communauté », a déclaré Shirat Hatamar dans son communiqué. « Il s’agit d’une reconnaissance claire de ses réalisations remarquables en tant qu’enseignante et leader communautaire et nous sommes convaincus qu’elle continuera à servir de véritable modèle. »

« La chance de voir la Rabbanit Shira Mirvis assumer ce rôle représente un moment important car nous reconnaissons que la place des femmes dans le leadership juif peut aller pleinement de pair avec la halakha et notre massorah (tradition) », a déclaré le rabbin Kenneth Brander, président et doyen de Ohr Torah Stone. « Je suis profondément optimiste et confiant que nous nous souviendrons de ce moment comme de celui qui a ouvert une nouvelle direction halakhique pour la place légitime des femmes leaders spirituelles au sein de la communauté orthodoxe. »

« Il ne fait aucun doute que c’est un grand pas à la fois pour elle, personnellement, mais aussi pour la place du leadership féminin de la Torah dans les communautés juives en Israël et dans le monde », a déclaré la directrice de la WIHL, Rabbanit Devorah Evron.

Le chef du conseil municipal d’Efrat, Oded Revivi, a également salué sa nomination en déclarant qu’il s’agissait d’un « processus naturel et bienvenu » et que d’autres femmes suivraient son exemple.

Le grand rabbin fondateur d’Efrat, Shlomo Riskin, figure de proue de la communauté sioniste orthodoxe, a également apporté son soutien à cette évolution, a rapporté le site Kipa.

Le mouvement Massorti en Israël s’est également félicité de la nouvelle et le courant juif conservateur a publié sur sa page Facebook que « lorsque vous brisez le plafond de verre, vous le faites pour des générations de femmes pour lesquelles les rôles de leadership spirituel dans le peuple juif sont des objectifs possibles et dignes qu’elles peuvent viser. »

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