Shoah: L’héritière de Bahlsen minimise la souffrance de ses travailleurs forcés
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Shoah: L’héritière de Bahlsen minimise la souffrance de ses travailleurs forcés

"Bahlsen n'a rien à se reprocher", a indiqué Verena Bahlsen ; Appel au boycott des produits du fabricant de biscuits allemands

Camion publicitaire du du biscuiter Bahlsen. (Domaine public)
Camion publicitaire du du biscuiter Bahlsen. (Domaine public)

Le fabricant de biscuits et gâteaux allemand Bahlsen s’est retrouvé mardi plongé au milieu d’une vive controverse après des déclarations de sa jeune héritière minimisant les souffrances des travailleurs forcés dans l’entreprise à l’époque nazie.

« Tout cela s’est passé avant mon époque et nous avons payé les travailleurs forcés comme les Allemands, nous les avons bien traités », a déclaré Verena Bahlsen au quotidien Bild, avant d’ajouter : « Bahlsen n’a rien à se reprocher ».

Ces déclarations lundi au journal populaire ne sont pas passées inaperçues en Allemagne, d’autant qu’elles interviennent dans un contexte où la politique traditionnelle de repentance du pays à l’égard des atrocités commises sous le IIIème Reich, est remise en cause notamment par l’extrême droite et le jour où un rapport officiel sur l’antisémitisme a constaté un bond de près de 20 % dans le pays.

L’une des organisations allemandes travaillant sur la question des travailleurs forcés sous le nazisme a critiqué les propos de l’héritière de 26 ans du groupe allemand et l’a invitée à se rendre aux expositions qu’elle organise.

« La famille Bahlsen n’est pas la seule à faire montre d’un manque de connaissance considérable, la question du travail forcé du temps du nazisme reste une page blanche dans la mémoire collective », a dénoncé sur twitter le Centre de documentation sur le travail forcé.

Sur les réseaux sociaux, les condamnations se sont multipliées après ces propos.

Logo du biscuiter Bahlsen. (Crédit : Wikimedia)

Une pétition a été lancée pour appeler au boycottage des biscuits du groupe Bahlsen, qui génère un chiffre d’affaires annuel de plus de 500 millions d’euros et emploie près de 3 000 personnes. Ses promoteurs accusent l’entreprise d’avoir « tiré une partie de sa richesse des esclaves du travail nazi ».

L’entreprise fut fondée par l’arrière-grand-père de Verena Bahlsen, Hermann Bahlsen, à la fin du 19 e siècle. Durant la Deuxième guerre mondiale, elle employa environ plusieurs centaines de travailleurs forcés, originaires pour la plupart de territoires occupés par l’Allemagne nazie, afin de produire des rations alimentaires pour l’armée allemande sur le front.

Un responsable d’une organisation allemande pour le travail de mémoire à Hanovre, Karljosef Kreter, a qualifié les déclarations de la jeune femme d’irréfléchies », dans le groupe de presse régional RND.

« Bahlsen était considérée comme une entreprise importante pour l’effort de guerre et a de ce fait été alimenté en travailleurs en provenance des territoires de l’Est », a-t-il dit.

Ce sont principalement des femmes qui travaillaient dans les fabriques du groupe, les Polonaises portant une lettre « P » sur leur blouse et les Soviétiques la mention « Ost » pour Est.

« Les travailleuses forcées vivaient dans des conditions proches de l’incarcération », a dit le responsable.

L’hebdomadaire Der Spiegel a aussi critiqué les propos de l’héritière, qui témoignent d’un « oubli complet de l’histoire » dans une partie de la jeune génération allemande, plus de 70 ans après la fin de la Deuxième guerre mondiale.

Cette polémique autour de Bahlsen s’ajoute à une autre déclenchée quelques jours plus tôt par la jeune héritière, lors d’une conférence à Hambourg.

En réponse à de récentes propositions d’un responsable de l’organisation des Jeunes sociaux-démocrates, Kevin Kühnert, en faveur de la nationalisation de grandes entreprises allemandes, elle avait clamé sa fierté d’être « une capitaliste ».

« Je suis une capitaliste. Je possède un quart de Bahlsen, je veux gagner de l’argent et m’acheter avec mes dividendes des yachts et autres choses de ce genre ! », avait-elle lancé.

Cette sortie lui a valu également une volée de bois vert de la part de mouvements de gauche principalement.

Sur Twitter, plusieurs personnes lui ont conseillé d’aller faire une année de service civique, comme le font de nombreux jeunes Allemands, pour se confronter à la réalité sociale.

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